‹ Monographies d'échinodermes, vivans et fossiles (volume 2)Chapitre 1 sur 187 · PROFESSEUR DE CONCHILIOLOGIE , A PARIS · texte numérisé non relu

PROFESSEUR DE CONCHILIOLOGIE , A PARIS

tCviileiiï.

PREFACE

J^a nature des résullats généraux auxquels l'étude des poissons fossiles m'a conduit ; la certitude que j'ai acquise par là que les changemens que cette classe a subis à travers Tensemble des formations géologiques, présentent une sorte de transformations progressives , annonçant un ordre de choses supérieur, accompli dans l'époque actuelle avec l'apparition de l'homme ; le désir d'apprendre à connaître les tendances diverses qui se sont manifestées dans le développement des autres embranchemens du règne animal ; enfin le besoin toujours plus pressant d'embrasser d'un coup-d'œil général les rapports qui existent entre tous les êtres vivans dans leur apparition sur la terre, toutes ces considérations nx'ont engagé à faire des recherches sur plusieurs classes d'animaux dont je m'étais occupé moins spécialement jusqu'alors.

La classe des Echinodermes m'a paru d'abord devoir mériter une attention toute particulière. La solidité du test de la plupart des espèces, à laquelle il faut attribuer la conservation souvent très-parfaite de nombreux débris de ces animaux , dans toutes les couches de l'écorce de notre globe qui contiennent des fossiles, me donnait par avance la certitude de pouvoir examiner les caractères de ces animaux sur l'échelle la plus étendue , en même temps que la nature compliquée de ces enveloppes solides me promettait de nombreux termes de comparaison et par conséquent la possibilité d'une étude plus complète et plus significative de leur organisation que ne l'eut offert l'examen des coquilles des Mollusques. Une autre circonstance me paraissait encore, de prime abord , devoir faciliter des recherches dans cette classe , et conduire plus promptementà des résultats certains: c'était le nombre comparativement moins considérable d'espèces connues. Cependant , je m'aperçus bientôt <pi"a cet égard je m'étais singulièrement trompé j car à mesure que je me mis

à comparer entre elles les espèces provenant de différentes localités et qui avaient été envisagées comme identiques par suite de déterminations faites la plupart d'après des figures, ou mêjiie d'après de simples descriptions, j'acquis la certitude que non-seulement ces espèces étaient fréquemment différentes, mais encore qu'elles appartenaient même quelquefois à des genres différons. La nécessité de revoir avec plus de soin la classe tout entière , me fut dès-lors démontrée, et je fis tous mes efforts pour réunir les matériaux nécessaires pour une comparaison directe de toutes les espèces décrites ou signalées par les auteurs. Il me parut également essentiel de remonter aux sources premières pour établir la synonymie d'une manière authentique, et pour éviter ces doubles-emplois trop fréquens dans les ouvrages de pure compilation , et aussi funestes aux progrès de la science que lénumération de toutes ces espèces nominales dont l'existence ne repose, le plus souvent , que sur des indications superficielles , ou sur de mauvaises descriptions applicables à plusieurs espèces à-la-fois , ou sur le peu de soin que l'on met généralement à comparer les ouvrages anciens.

Afin d'atteindre plus sûrement mon but , et pour éviter , autant qu'il dépendrait de moi, les diverses sources d'erreurs que je viens de signaler, je me rendis à Paris , peu de temps après la publication de mon Prodrome d'une Monographie des Radiaires ou Echinodennes ( inséré dans le I" vol. des Mémoires de la Soc. des se. nat. de Neucliâtel l836) , pour y étudier en détail la collection d'Ecbinodermes du Muséum , la plus considérable qui existe en Europe. Encouragé dans mes recherches par l'obligeante amitié de M. Valenciennes qui voulut bien mettre à ma disposition la collection entière , j'en examinai une à une les différentes espèces, que je déterminai pour la plupart et parmi lesquelles j'en distinguai un grand nombre de nouvelles ainsi que plusieurs genres entièiement nouveaux. J'y retrouvai surtout les originaux de presque toutes les espèces de Lamarck , portant pour la plupart encore des étiquettes de sa main. Un grand nombre d'espèces décrites par M. de Blainville, dans le nouveau Dictionnaire des sciences naturelles, s'y trouve également , avec des étiquettes de la main de l'auteur. Grâce au zèle persévérant de M. Valenciennes , cette classe de Rayonnes est maintenant en progrès d'arrangement dans les galeries du Muséum ; de sorte que ceux qui voudront en faire une étude approfondie y trouveront toutes les

facilités désirables. Les exemplaires sont montés d'une manière très-ingénieuse et propre à mettre en évidence les caractères des espèces.

M. Brongniart m'a également communiqué , avec son obligeance accoutumée , les espèces fossiles qu'il a décrites ou indiquées dans ses différens ouvrages ; je dois aussi à M. Defrance la connaissance de toutes les espèces fossiles qu'il a décrites. L'examen de ces collections originales a eu d'autant plus de prix pour moi, que c'est aux ouvrages de ces auteurs que se rattacbent les travaux plus récents qui ont été faits sur les Ecbinodermes, et qu'avant d'avoir vu les originaux de leurs descriptions, il pouvait me rester des doutes graves sur l'identité de leurs espèces avec celles qui ont été décrites plus tard par MM. Gray, Goldfuss, le comte de Munster et Cb. Des- Moulins.

Outre ces espèces originales , j'ai rencontré dans ces collections un grand nombre d'espèces nouvelles qui ont été mises à ma disposition avec la même libéralité. Mais c'est à M. DesIIayes en particulier que j'ai du la communication du plus grand nombre d'espèces nouvelles ^ surtout de fossiles. On aura de la peine à croire que sa seule collection renferme plus de cent espèces d'Ecbinites qui ne sont encore mentionnées dans aucun des nombreux ouvrages qui traitent de l'histoire des Ecbinodermes. Mu par cette noble confiance qui caractérise les naturalistes dont le but unique est de favoriser les progrès de la science, M. DesIIayes a eu la bonté de me confier toute sa collection en m'autorisant à la garder aussi long-temps qu'elle me serait nécessaire dans mon travail. J'ai trouvé le même empressement à mettre à ma disposition tout ce qui pouvait être de quelque intérêt pour ma publication, chez la plupart des géologues et naturalistes français, qui possèdent des collections. M. Elie de Beaumont m'a remis plusieurs espèces alpines trèsintéressantes quant à leur gisement; M. Voltz, différens Oursins du néocomien de Bourgogne et du midi de la France ; M. Milne-Edward , des espèces d'Italie et d'Egypte; M. Alcide d'Orbigny de superbes Oursins de la craie, du grès-vert et du coral-rag de l'ouest de la France , et quelques espèces vivantes de l'Amérique du sud ; il possède en outre une collection lemarquable de Crinoïdes. M. Michelin m'a confié les exemplaires les plus intéressans de sa magnifique collection d'Ecbinites vivans et fossiles, renfermant des espèces de diverses localités et de différens terrains. J'ai vu chez M. de Verneuil une

fort belle collection de Crinoïdes, surtout du Mountain-Limestone ; M. Dutressier, de Besançon, m'a communiqué un nombre assez considérable de Cidarides fossiles avec leurs baguettes à-peu-près intactes, 31, Leymeric des Diadèmes de l'époque triasique, et M. Deslongchamps, de Caen, une trèsbelle suite d'espèces provenant des terrains de Normandie. Précédemment déjà j'avais examiné à Londres les espèces du Musée Britannique décrites par M. Ronig dans ses Icônes sectiles, et par 31. Gray dans différentes notices; celles de la collection de 31. Stockes, qui est très-ricbe en espèces vivantes, et une partie de celles de la Société géologique, recueillies dans tous les terrains d'Angleterre. A Brigliton j'ai vu celles de la collection de 31. 3Iantell, provenant pour la plupart, du terrain crétacé. A Bristol, j'ai examiné la magnifique collection de Crinoïdes de 3Iiller, qui se trouve au 3Iusée de cette ville, et les espèces que 31. Cumberland a découvertes. Plusieurs espèces nouvelles de la collection de Sir Philipp Egerton , et celles du 3Iusée de Scarborougli , offrent également un grand intérêt. 3Iais j'ai été surtout réjoui de retrouver au 3Insée de Cambridge les espèces figurées dans Ag. Scilla. En Suisse, 31. Studer a mis à ma disposition la magnifique collection d'espèces fossiles du 3Iusée de Berne; celle du 31usée de Soleure m'a été communiquée par 31. Ilugi, celle de Bâle par 31. 3Iérian. Lors de la réunion de la Soc. géol. de France à Porrentruy, j'ai examiné la plupart des espèces mentionnées par 31. Tburmann. Enfin, 31. Gressly m'a remis toutes les espèces nouvelles qu'il a découvertes en explorant le Jura suisse, y joignant en même temps des observations précieuses sur leur gisement et en particulier sur leur association avec d'autres fossiles, circonstance bien digne de l'attention des géologues et sur laquelle il a le premier insisté d'une manière précise comme devant surtout contribuer à éclairer l'bistoire du globe terrestre. Déjà les tableaux sjnonjmiques des Echinites de 31. Des3Ioulins m'ont été de la plus grande utilité, comme résumé de nos connaissances sur cet ordre de la classe, à l'époque de leur publication. J'apprécie d'autant plus ce travail, que j'ai pu me convaincre des difficultés sans nombre qu'il présente lorsque, de mon côté, j'ai rédigé de semblables tableaux pour mon usage particulier. Je me félicite d'être par là en grande partie dispensé d'eu publier les détails, et de pouvoir me borner à signaler les différences que je trouve entre sa synonymie et celle que j'avais établie.

Si j'ai mentionné tontes les facilités qui m'ont été offertes pour mon travail, ce n'est point pour en faire parade; c'est au contraire un sentiment de justice , qui m'a déterminé à rendre un honunage public à la libéralité de tous ceux qui ont contribué à me mettre en état de donner à mon ouvrage une extension qu'il n aurait jamais eue si j'avais été réduit à travailler sur les seuls matériaux que possède le 3Iusée de Neucliâtel. J'ai d'ailleurs la conviction que ce n'est qu'en indiquant fidèlement toutes les sources oii l'on a puisé, en rendant à chacun ce qui lui est dii, en ne cherchant jamais à usurper une priorité qui ne serait pas justement méritée, en ne visant pas à une suprématie tyrannique dans la science, que l'on peut mériter de ses contemporains une confiance sans laquelle les travaux scientifiques les plus considérables perdent de leur autorité, et que la seule position d'un savant dans le monde ne saurait ni lui donner ni lui conserver. Et puis il y a si rarement de notre fait dans les circonstances favorables dans lesquelles nous pouvons nous trouver, qu'il serait ridicule de vouloir nous en glorifier.

Pour compléter l'inspection des collections originales, il me reste encore à voir ou à revoir avec plus de soin les espèces décrites par Goldfuss, celles du comte de Munster, celles de 3IM. Ch. DesMnnlins et Crateloup, celles de MM. Philipps, Risso , Marcel de Serres , et celles de M. Rœmer. Dès que mes occupations me le permettront, je m'empresserai de terminer cette partie de la tâche que je me suis imposée pour compléter, autant que possible, l'histoire naturelle de cette classe. Les relations que je soutiens avec la plupart de ces savans me donnent la certitude que je trouverai chez eux les mêmes facilités que j'ai déjà rencontrées ailleurs dans la suite de mes recherches.

Qu'il me soit permis d'ajouter encore quelques mots sur le plan de cet ouvrage. 31on intention est de décrire et de représenter toutes les espèces nouvelles ou peu connues , et même celles qui ont été mal figurées jusqu'à présent. Mais ne pouvant, dans l'intérêt même de cet ouvrage, m'astreindre à un mode de publication régulier, et afin de réussir à mettre au jour, en premier lieu, les parties de mes recherches sur lesquelles j'ai réuni le plus de matériaux nouveaux et les renseignemens les plus complets, je publierai successivement de petites monographies embrassant chacune un groupe naturel et formant ainsi des touts complets , dont l'ordre de suc-

cession devient dès-lors assez indifférent , mais qui se lieront en dernière analyse par les considérations générales qui termineront cet ouvrage. Ces monographies, dont l'étendue sera proportionnée à leur contenu, paraîtront à des époques irrégulières. C'est, je crois, la seule marche qu'un auteur qui doit puJjlier par livraisons puisse suivre, sans encourir des reproches continuels de négligence et de lenteur, souvent si peu mérités. De cette manière, cet ouvrage pourra être envisagé, en quelque sorte, pendant toute la durée de sa publication, comme un journal ou une revue destinée à l'étude de la classe entière des Echinodermes. Je me ferai un plaisir d'y consigner tous les faits nouveaux que l'on voudra me transmettre. Les espèces nouvelles, qui n'auront point été mentionnées au chapitre du genre dont elles font partie, seront décrites dans des supplémens qui accompagneront les monographies chaque fois qu'il y aura lieu.

Désirant mettre tous les naturalistes en état de vérifier l'exactitude de mes indications et de contrôler directement la valeur des caractères que j'ai assignés à mes nouveaux genres et aux espèces nouvelles que j'ai distinguées, je les ai fait mouler en plâtre toutes les fois que l'état des exemplaires le permettait, et j'offre ces collections aux Musées qui désirent les posséder, dans l'espoir d'obtenir en échange de nouveaux matériaux pour mon travail.

Pour ne pas prolonger indéfiniment cette publication , et pour en achever ]>lutôt les détails descriptifs, j'ai associé à mon travail un de mes amis, M. Desor, qui a fait, sous ma direction, une étude très-approfondie des Echinodermes , et qui déjà s'est chargé du soin de la rédaction de mes notes et de la direction des artistes occupés à dessiner les matériaux considérables que j'ai maintenant sous les yeux.

Nenchâtel, le 22 décembre 1838.

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