QUELQUES OBSERVATIONS SUR LES SALÉNIES EN GÉNÉRAL
A mesure que, depuis Liunée, l'on a commencé à subdiviser les Oursins en plusieurs genres, on a reconnu la nécessité de restreindre les caractères génériques à des particularités d'organisation auxquelles on n'avait d'abord attaché que peu d'importance. Néanmoins, le nombre de genres que l'on admet maintenant dans la famille des vrais Oursins, est encore peu considérable; et cependant les différences organiques qui existent entre les espèces qu'on a laissées dans le genre Echinus, ont souvent une valeur générique aussi grande que les caractères d'après lesquels on a distingué les genres adoptés jusqu'ici, savoir, les genres Cidaris, Diadema, Arbacia (Gray) ou Echinocidaris (Desmoiûïns ) , Salenia, Echinomefra et Echinus. En effet, c'est surtout à cause de la structure de leurs ambulacres, composés, comme dans les Cidaris, de deux paires de pores seulement, que l'on a détaché les Arbacia et les Salenia du genre Echinus ; et les grands tubercules ambulacraires des Cidaris ont servi à les distinguer des Diadèmes. Or, si l'on examine attentivement les espèces placées dans chacun de ces genres, on sera frappé des différences qu'elles présentent, et l'on. éprouvera une très-grande difficulté à y introduire un grand nombre d'espèces inédites, dont l'examen, loin de faire naître l'idée de réunir derechef des genres déjà établis, fait plutôt sentir le besoin d'en créer de nouveaux, avec des limites plus étroites qui permettent de grouper plus naturellement les espèces suivant leurs affinités les plus intimes. C'est surtout l'étude des espèces fossiles qui fait sentir le besoin de multiplier les genres ; car à mesure qu'on les connaît mieux, on s'aperçoit qu'elles cadrent mal avec les espèces vivantes auxquelles on a l'habitude de les associer ; par exemple , le Cidaris crenuîaris, placé successivement dans les genres Cidaris et Diadema, est le type d'un genre particulier que j'appellerai Hemicidaris, dont les piquans sont si bizarres que souvent même ils ont été envisagés comme des polypiers. Je connais maintenant une dizaine d'espèces inédites de ce genre. Un autre genre également nouveau, et voisin des Hemicidaris, est celui des Gijmnocidaris , caractérisé par l'absence à-peu-prês complète de gros tubercules à la face supérieure du test. Dans les collections de Paris, j'ai rc-
connu un genre tout nouveau, voisin des Cidaris, que j'appellerai Acrocidaris, et dont les piquans me sont également connus ; ils ressemblent à ceux de XEchinometra mammillata. D'autres lypes génériques voisins des Cidaris semldent indiqués par les piquans que l'on confond sous le nom de Cidaris gîandifera, et dont je connais cinq ou six espèces distinctes, des terrains jurassiques et crétacés. Les piquans dont on a fait le Cidaris Schmidelii, paraissent aussi se rapporter à un genre particulier. Il en est de même d'une espèce inédite de l'oolitlie inférieure, dont les piquans se terminent en larges lames spatuliformes. En résumé, le nombre des espèces de Cidaris, dans le sens le plus étendu de ce genre, que je connais maintenant et que j'ai examinées en nature, est au moins triple de celui qu'ont signalé les auteurs.
Quant aux Diadèmes, il est évident pour moi que les fossiles jurassiques et crétacés que l'on a rapportés à ce genre, diffèrent génériquement des Diadèmes vivans, tant par la structure de leur test, que par la nature de leurs piquans. J'ai cru en conséquence devoir reporter ces derniers dans le genre Asteropyga, établi par Gray. Mais je ne me suis pas arrêté là : j'ai encore été conduit à admettre plusieurs coupes génériques dans les fossiles , en séparant des vrais Diadèmes trois genres nouveaux , les Tetragramma, les Acropeltis et les Pedina; le premier caractérisé par la présence de quatre rangées de tubercules principaux sur les aires interambulacraires , le second par un appareil oviducal tout particulier, analogue à celui des Salénies , et le troisième par sa forme généralement aplatie et la disposition de ses ambulacres.
Les espèces à tubercules non perforés , qu'on avait jusqu'ici confondues parmi les Diadèmes , ne pouvaient dès lors plus rester réunies à ce genre, quelle que fût l'analogie de leurs formes. J'en ai fait plusieurs genres distincts : le genre Cyphosoma , à ambulacres simples avec deux rangées de tubercules principaux sur les aires ambulacraires et interambulacraires ; le genre Cœlopleurus , dont les aires ambulacraires sont épineuses , les interambulacraires , au contraire , dépourvues de tubercules dans toute la partie supérieure du test , et les genres Echinopsis, Codiopsis et Terina. Malgré ces restrictions, il me reste encore dans les vrais Diadèmes cinq lois plus d'espèces qu'on n'en a décrit jusqu'à présent.
Les Arbacia vivantes différent génériquement des espèces jurassiques que j'avais rangées dans ce genre. Le nombre des espèces s'est aussi doublé depuis la publication de mon Prodrome.
Mais c'est dans le groupe des Salenia que j'ai fait le plus d'acquisitions ; car le nombre en a été quintuplé , et j'ai reconnu trois genres nouveaux qui étaient confondus dans cette division.
Je n'étendrai pas plus loin mes indications sur les additions que la classe des Ecbinodermes est sur le point de recevoir. Je me bornerai seulement à faire remarquer à cette occasion, com-
bien nos connaissances en paléontologie sont encore incomplètes, puisque dans une classe dont on s'est tant occupé depuis Lamarck, et sur laquelle il a paru des travaux si remarquables , quelques visites dans les collections existantes m'ont fourni une pareille masse de matériaux nouveaux, et combien les résultats scientifiques présentés jusqu'à présent subiront probablement de modifications. Ne voulant m'occuper, pour le moment, que des Salénies et des genres qui s'en rapproclient le plus , je vais indiquer les caractères généraux de ce groupe ; j'entrerai plus tard dans des détails très-circonstanciés sur les genres Echinometra et Echinus proprement dits , qu'il faut également subdiviser en plusieurs genres , mais dont l'énumération m'entraînerait au delà de mon but actuel.
Les Saléxies, telles que Gray les a caractérisées [Proceed. of the Zool. Soc. 1835, p. 58), et telles qu'on les a envisagées jusqu ici , sont des Oursins à aires ambulacraires plus étroites que les interambulacraires , n'ayant qu'un gros tubercule imperforé sur chaque plaque coronale, et dont les plaques ovariales et interovariales , soudées entre elles de manière à ne pas se disloquer facilement, forment un disque saillant traversé par l'appareil anal dont l'ouverture est tantôt centrale, tantôt antérieure et tantôt postérieure. En examinant cependant attentivement ce groupe , j'ai reconnu des différences notables dans la structure de l'appareU oviducal ; et comme , par une particularité digne de remarque, cet appareil se trouve conservé dans tous les exemplaires tant soit peu reconnaissables , au point que lorsqu'il s'agirait de déterminer un oursin qui réunirait tous les caractères des Salénies, mais auquel il manquerait l'appareil oviducal, on pourrait sans crainte de se tromper le rapporter à d'autres genres , j'ai cru devoir attacher une importance toute particulière à cette partie du test, et diviser le groupe des Salénies en (^atre genres suivant les modifications qu'elles présentent. Ce sont : 1° le genre Salenia proprement dit , 2" le genre Goniopijgm , 3" le genre Peltastes et 4° le genre Goniophorus , qui tous paraissent particuliers aux terrains crétacés , puisqu'on n'en a jusqu'à présent trouvé aucune espèce ni dans les terrains plus anciens, ni dans les plus récens. Goldfuss àla vérité cite aussi son Cidariles scutiger dans la formation jurassique , mais cette indication mérite confirmation.
Comme les Salénies sont généralement de petite taille , et leurs caractères par conséquent difficiles à saisir à l'œil nu , j'ai eu soin de faire représenter les différentes parties du test grossies à côté des figures de grandeur naturelle. Chaque espèce se voit de profil et parles faces supérieure et inférieure ; les parties grossies sont, pour chaque espèce , une aire ambulacraire et une interambulacraire, le pourtour de l'ouverture inférieure du test, l'appareil oviducal et un tubercule vu de profil.