‹ Monographies d'échinodermes, vivans et fossiles (volume 2)Chapitre 171 sur 187 · DE LA MEMBRANE BUCCALE ET DES ORGAIVES QUI EIV DEPENDENT · texte numérisé non relu

DE LA MEMBRANE BUCCALE ET DES ORGAIVES QUI EIV DEPENDENT

Il règne tout autour du bord de l'ouverture inférieure du test une membrane trés-solide qu'on désigne sous le nom de membrane buccale [membrana oris) (Tab. I, fig. 3 et Tab. IV, fig. 57). Elle est renflée au milieu , plus ou moins déprimée ou aplatie sur les bords , et percée au centre par Youverture buccale {orificium oris), qui est occupée par l'extrémité des cinq dents. Suivant qu'elles sont plus ou moins distantes , ces dents laissent entr'elles un passage plus ou moins large qui conduit au pharynx et au canal intestinal.

Ou s'aperçoit, au premier coup d'oeil, particulièrement dans les grands exemplaires de VE.brevispinosus, moins distinctement dans VE. lividus, que l'ouverture buccale, qui paraît circulaire, ne l'est cependant pas parfaitement, mais qu'elle est au contraire légèrement pentagonale, et que la membrane buccale y adhère par cinq lambeaux ou lèvres [labia). Ces lèvres sont peu prononcées et en apparence simples dans E. lividus; dans YE. brevispinosus elles sont, au contraire, divisées en deux lambeaux montrant une organisation différente. Les lèvres internes [labia oris interna) composées de plis très-minces et légèrement adhérens parleur surface opposée, ont leur plus fort renflement dans l'espace intermédiaire entre deux dents. Ce renflement, qui alterne par conséquent avec les dents, ainsi qu'avec les ambulacres buccaux, et, par la même raison, avec les aires ambulacraires , correspond aux aires interambulacraires. De plus , ce renflement est divisé en deux parties par une incision longitudinale plus ou moins profonde, qui correspond à l'espace intermédiaire entre deux dents. Enfin, ces mêmes lèvres se distinguent encore par la présence d'une quantité de petits renflemens ronds ou anguleux ressemblant fort aux galets d'un pavé. Les lèvres externes ( labia oris exlernd) forment cinq lambeaux triangulaires en forme de croissant , dont le renflement semble correspondre plus ou moins à ceux des lèvres internes , avec cette seule différence qu'ils sont dirigés en dehors, tandis que ces derniers le sont en dedans. Elles sont également marquées, du côté de l'ouverture buccale, de tubercules qui passent sans modifications aux lu-

hercules de la lèvre interne à laquelle ils sont contigus, tandis que la partie dirigée vers la périphérie de l'animal a la même apparence que le reste de la memhrane huccale. Je dois cependant faire ohserver ici que j'ignore si cette duplicature des lèvres est complète , ou si elle ne se montre qu'après la mort, comme c'est par exemple le cas des paupières de YOdopus. Dans YE.hvidus, celte disposition des lèvres est moins compliquée. Nous avons ici de grandes lèvres simples garnies de très-petits tuhercules (Tah. V, fig. C8 6), mais présentant des plis rayonnants très-développés qui s'étendent vers la périphérie, tandis que dans VE. brevispinosiis, ils sont hien plus faibles, presque indistincts et n'existent qu'à la face extérieure des lèvres externes.

Les lèvres juxta-posées se confondent à leur base et passent ainsi à la membrane huccale interne pour ne former qu'une seule memhrane qui se divise en deux régions : 1" la région interne, s'étendant de l'ouverture buccale au cercle interne des pédicellaires buccaux , et 2*' la région externe , s'étendant du cercle interne des pédicellaires buccaux jusqu'à la soudure de la membrane buccale avec l'ouverture ou le bord du test. Vue à l'œil nu, la première région paraît complètement molle et sans trace de dépôts calcaires ; tandis que c'est tout le contraire dans la région externe. Sous le microscope , il en est tout autrement , ainsi que nous le verrons plus bas. La région interne est plus libre que la région externe et n'adhère pas immédiatement à la charpente dentaire. Enfin , la membrane buccale forme une saillie plus ou moins prononcée au milieu , et sa surface extérieure est plus ou moins colorée; elle est généralement brune dans \E. lividus et violette dans FE. brevispinosus. Ces teintas résultent d'une couche de piment adhérente à la face extérieure de la membrane buccale.

Sous un faible grossissement , les renflemens tuberculeux de la membrane buccale de YE. 6rempHosMs apparaissent comme de petites touffes plus ou moins claviformes au sommet, mais en général molles ; leur largeur est de 0'/,0040 à 0",0060 et à 0",01 10 , dans la partie renflée en forme de massue. A l'état frais , ces renflemens sont entourés d'un épithélium, qui ne permet pas de les étudier en détail sans préparation préalable. Leur forme cependant rappelle , sous le microscope , les villosités du canal intestinal des animaux supérieurs. Lorsqu'on est parvenu à rendre ces renflemens transparens, au moyen d'une solution de potasse, l'on remarque, à l'intérieur de la couche épithélienne, une masse fibreuse dont les fibres rayonnent de l'axe du renflement vers les bords (Tah. V, Cg. 69); circonstance qui rappelle, jusqu'à un certain point, la structure des villosités intestinales. Ces fibres rayonnantes sont fines, délicates et de couleur jaunâtre , après avoir été exposées à l'action de la potasse. On aperçoit parfois entre elles des fibres isolées plus fortes , plus développées, qui, par leur couleur, rappellent un tissu élastique ,

mais qui ne se ramifient pas d'une manière aussi caractéristique que les autres. Leur signification m'est demeurée inconnue jusqu'ici.

Ces renflemens tuberculeux semblent n'être autre chose que des excroissances de la membrane buccale. Je ne saurais dire s'ils contiennent un réseau de vaisseaux ; cependant la chose me paraît probalile; car dans les endroits où la base des renflemens passe aux plis, l'on voit des cylindres isolés qui ont tout-à-fait l'apparence de vaisseaux sanguins , et dont la largeur est d'environ 0'', 00065. Ces cylindres ne s'aperçoivent que lorsque l'organe a été rendu transparent par la potasse.

De la face interne de chaque lèvre interne , une paire de carènes , qu'on désigne sous le nom (le ligamens labiaux dentaires internes (ligamenta labiorum dentalia interna) (Tab. V, fig. 75) , s'étend vers l'espace intermédiaire entre deux dents. Ces carènes sont garnies latéralement d'appendices, tandis que leur surface interne, qui occupe l'espace entre deux dents , montre des coUicules disposés en séries , comme on les observe sur l'ésophage de beaucoup de reptiles.

Dans la membrane buccale elle-même, les plus petits vestiges des réseaux calcaires s'étendent jusque dans le domaine des lèvres internes.

Les lèvres externes , qui , sans alterner avec les lèvres internes , sont cependant disposées différemment, sont formées de doubles plis qui se continuent, d'une part, dans le feuillet externe des lèvres internes correspondantes , et, d'autre part , dans la partie avoisinante de la membrane buccale ; elles sont épaisses et marquées de taches de piment à leur face externe , moins , à ce qu'il paraît, sur leurs bords , et encore moins à leur face interne. On les isole très-facilement , et l'on distingue alors parfaitement les lèvres internes, leurs ligamens labiaux dentaires et leurs rapports avec les dents et la charpente dentaire. Leur structure correspond parfaitement à celle des parties buccales , et compte le même nombre de pièces constitutives ; elles ont le même épithélium , la même couche pimentée, les mêmes couches fibreuses, et l'on y remarque aussi de nombreux fragniens très-distincts de réseaux calcaires. Les lèvres simples de \'E. livtdus (Tab. V, fig. 68) , examinées à l'œil nu, ont tout-à-fait l'apparence de la membrane buccale, bien qu'elles soient garnies d'une quantité de plis et de bandes (fig. 68 a) qui divergent vers la périphérie et ne disparaissent que là où commencent les pédicellaires buccaux, c'est-à-dire à l'intérieur du cercle des tubes ambulacraires buccaux. Leur face interne est en général brune ; mais elle affecte aussi des teintes plus claires , et l'on y reconnaît, ainsi que dans VE. brevispinosus , les plis labiaux dentaires (plicae lahii dentales), les renflemens pairs et les sillons principaux situés entre ces derniers. En revanche, les tubercules en pavé sont moins développés , plus limités dans leur répar-

tition , et entourés , à l'extrémité de la surface interne des lèvres , d'une rangée de tubercules plus grands et moins colorés : le bord des lèvres lui-même paraît être festonné ; au moins les festons buccaux cylindriques de couleur noire sont-ils ici disposés par séries saillantes.

Le double pli des lèvres se laisse déployer très-facilement , et sa liaison avec la membrane buccale, qui est retroussée près de l'ouverture buccale, est très-faible. On voit très-bien les plis longitudinaux de la face externe de la lèvre se prolonger jusqu'au bord de l'ouverture buccale, et en partie sur la face interne de la lèvre , en donnant lieu à des verrues en pavé et polygonales , colorées en brun ou en noir par le piment. Sous un grossissement considérable , chacune de ces verrues en pavé apparaît sous la forme dun corps isolé polygonal , opaque , jaunâtre , revêtu de piment , à bords distincts , et séparé des corps environnans par des espaces transparens dans lesquels on reconnaît quelquefois des troncs de vaisseaux. Traitées à la potasse, ces mêmes verrues se montrent sous la forme de festons buccaux mous (Tab. V, fig. Tib) , reconnaissables à leur enveloppe épithélienne et à leurs fibres rayonnées , comme dans l'^. brevispinosus , et garnis de petits amas rayonnes de piment très-élégans.

La membrane pimentée qui revêt la surface des lèvres ne se laisse pas isoler facilement ; mais l'on remarque, dans les fragmens que l'on est parvenu à détacher, une disposition très-élégante du piment qui suit tantôt les sillons longitudinaux , tantôt les fibres de la membrane buccale , et d'autres fois affecte une disposition plus rayonnée; par exemple, à la surface des festons buccaux. Au dessus du piment sont les couches épithéliennes.

Lorsque la membrane pimentée est enlevée, la couche qui forme la substance de la lèvre apparaît à nu à la surface du feuillet externe. On y remarque , même sans préparation, particulièrement dans les vieux exemplaires, les réseaux calcaires (*) que nous décrirons plus loin en traitant en détail de la membrane buccale. On y distingue en outre diverses couches de fibres : 1° les fibres musculaires du contracteur des lèvres (muscuH decurlatores labiormn) qui rayonnent de l'ouverture buccale vers la périphérie, en formant leurs plexus; 2° des fibres s'entrecroisant obliquement et d'une manière irrégulière, mais qui, au lieu d'être de nature musculaire, semblent plutôt former la masse tendineuse des lèvres et de la membrane buccale. Je ne saurais dire s'il existe en réalité des fibres musculaires circulaires sur les lèvres. J'en ai cependant vu quelquefois à l'extrémité supérieure de la membrane labiale interne ; mais il me reste de forts doutes sur la membrane labiale externe.

(•) Sans préparation, les mailles paraissent au premier coup d'œil si transparentes, qu'on pourrait ètretento de les comparer à certaines glandes cutanées des reptiles; mais il suflit d'un examen un peu attentif pour reconnaître leur véritable structure.

Desséchée, la membrane buccale montre dans son intérieur (Tab. V, fig. 73), une quantité de pièces calcaires. Dans le nombre, il y a dix grandes plaques, les plaques ambulacraires buccales ( fig. 72 et 73 c), dont chacune est percée au milieu d'une ouverture ( fig. 72 b), destinée à faciliter la communication du tube ambulacraire buccal avec les branchies buccales internes. Autour de ces plaques ambulacraires buccales se voient de nombreuses plaques isolées (fig. 72 c), disposées en cercle autour de l'ouverture buccale, et qui, examinées sous un fort grossissement, se montrent composées de réseaux calcaires. Mais ce ne sont pas là les seuls tissus calcaires de la membrane buccale. En traitant celle-ci à la potasse , on remarque qu'il existe, entre les grandes plaques calcaires , de nombreuses pièces réticulées grandes et petites ; de semblables pièces calcaires s'étendent aussi vers les lèvres à l'intérieur des plaques ambulacraires buccales (Tab. V, fig. 71), mais sans atteindre, au moins dans VE. lividus, ces dernières; cela n'a lieu que dans les grands exemplaires de l'^. Sphœra. Il est évident que les plus intérieures de ces plaques (fig. 71 (i et d'), sont les moins développées ; elles se composent de simples piliers plus ou moins rameux , qui cependant augmentent de grosseur et sont de plus en plus rapprochés à mesure qu'on les poursuit à l'extérieur. Les réseaux qui en résultent paraissent de plus en plus compliqués, ainsi que le montre la fig. 71. Il en résulte , qu'il se forme constamment de nouveaux dépôts de réseaux calcaires à l'intérieur, et il semble permis d'en conclure que même l'accroissement des parties molles de la membrane buccale a lieu de l'extérieur à l'intérieur.

Les parties qui entrent dans la composition de la membrane buccale sont : 1) l'épithélium externe, 2) une couche pimentée assez considérable, 3) la couche substantielle compacte, 4) le revêtement intérieur, y compris son épithélium vibratile. La structure de la couche substantielle est assez difficile à observer; en en déchirant u:ie parcelle on en voit sortir des fibres particulières qui ne ressemblent en rien aux fibres musculaires , et diffèrent également des fibres tendineuses de l'animal, mais que je crois pouvoir paralléliser avec les fibres du corion des autres animaux ; on y remarque en outre de petits filamens cellulaires très-fins. Les fibres du corion s'entrecroisent et ont une direction oblique tantôt circulaire , tantôt rayonnante.

Le revêtement interne de la membrane buccale ne s'étend que jusqu'à l'origine des lèvres, d'où il passe sur la surface de la pyramide dentaire; ce passage est marqué à la partie supérieure de la pyramide , par de fines stries transversales, telles qu'elles sont indiquées dans la fig. 75.

Nous allons maintenant passer aux organes situés sur la membrane buccale , qui sont les tubes ambulacraires buccaux et les pédicellaires buccaux.

Il existe dans le domaine de la membrane buccale, à-peu-près au milieu de sa largeur, cinq

paires de tubes que j'appelle tubes ainbuJacmircs buccaux et que Tiedemann désignait comme de petits processus terminés par une ventouse ronde. Ces tubes situés dans le milieu des plaques ambulacraires buccales , sont composés , comme les autres , d'un disque libre et déprimé ; ils sont supportés par une tige et percés à l'intérieur ; cependant cette tige est plus courte et plus large que dans les tubes ambulacraires du corps de l'animal ; le disque lui-même est ordinairement un peu plus grand , et le tube entier plus court et plus mou. Je lui ai trouvé , dans les exemplaires conservés dans l'esprit de vin, une longueur d'environ 1'", depuis son insertion sur la membrane buccale jusqu'au milieu du disque de la ventouse. Ces tubes buccaux sont situés dans le prolongement des ambulacres ( Tab. I. fig. 3, Tal). IV, flg. 57), et forment entre eux un cercle dont le diamètre moyen est de 4'" à 4'" 5. Cbaque paire est à une distance de 1'" 25 à 1,''' 50 de la paire voisine.

En comparant entre eux les tubes buccaux tels qu'ils se présentent dans les exemplaires conservés dans l'esprit de vin , l'on trouve que le disque de la ventouse , quoique uni et aplati dans quelques-uns, est cependant en général plus ou moins déprimé. On pourrait être tenté d'attribuer cette particularité à l'absence depiquans et admettre, que n'étant pas protégés comme les tubes ambulacraires proprement dits , ils auraient flécbi sous le poids du corps. Quoi qu'il en soit , on est en droit de supposer que leur squelette calcaire est relativement plus petit que dans ces derniers ; supposition qui se trouve pleinement confirmée par l'observation. En revanche, les parties organiques annulaires qui entourent le squelette à l'extérieur sont un peu plus larges. J'ai trouvé dans une ventouse de 0'',04130 de large , la largeur du squelette de 0",00808 et de 0",00700. Le reste était occupé par les parties organiques.

Lorsqu'on est parvenu à rendre la ventouse d'un tube transparente, au moyen de la potasse, on remarque que la rosette calcaire , là où elle est le plus simple, se compose de quatre pièces isolées que j'ai trouvées disposées ainsi que suit dans le tube gauche de la paire correspondante aux zones porifères antérieures : une pièce impaire regardait linlérieur ; deux pièces paires correspondaient aux flancs, et la quatrième pièce était dirigée en dehors.

Les pièces latérales et notamment celle de gauche étaient semi-circulaires ; dans celle de droite, le bord interne du croissant était singulièrement aminci. La pièce interne et la pièce externe étaient plus allongées et la première avait une épaisseur plus considérable sur certains points. Le plus grand diamètre des pièces interne et externe était de 0",0141 ; le diamètre transversal du croissant latéral gauche mesurait 0",0193 ; celui du croissant droit 0",0185. La plus grande largeur de la pièce interne était de 0",0066; celle de la pièce externe de 0",0091 ; celle de la pièce

latérale droite de 0",0092 ; celle de la pièce latérale gauche de 0",0104. Le nombre quatre nest cependant pas constant : j'ai trouvé des tubes qui comptaient jusqu'à six pièces remarquables par leurs pointes saillantes au bord, tandis que lorsqu'il n'y en avait que quatre , elles se distinguaient ordinairement par leurs pointes peu marquées et par leurs réseaux calcaires plus épais. Dans quel- <|ues cas rares, la ventouse ne compte que trois pièces , dont deux grandes, semi-lunaires, correspondant aux pièces latérales que nous venons de mentionner, et une autre impaire plus longue.

Lorsque la ventouse a passé quelque temps dans la potasse , il est facile d'en détacher avec le scalpel une membrane foncée, et la rosette apparaît sous la forme d'une tablette blanche. Examinée au microscope , elle se montre entourée d'épines (Tab. V, fig. 64c) semblables à celles que nous avons déjà mentionnées dans les tubes ambulacraires du corps. La fig. 64 représente un squelette calcaire composé de trois pièces et hérissé d'épines sur ses bords. Quelquefois ces épines sont aussi très-distinctes au bord interne. Je les ai surtout trouvées développées dans les grands exemplaires de VE. brevispinosus.

Je n'ai pas pu remarquer, dans les tubes ambulacraires buccaux, l'anneau poreux, aplati et quadrangulaire des tubes ambulacraires ordinaires. L'absence de cet anneau , joint au peu de développement de la rosace , la prédominance des parties molles et l'ouverture plus grande du canal intérieur déterminent une plus grande mollesse du tube non-seulement dans la tige, mais encore dans la ventouse.

A l'état frais , les tubes buccaux sont trop peu transparens pour que l'on puisse en observer les différentes parties sans préparation préalable. C'est tout au plus si l'on réussit à se faire une idée claire de l'épithélium qui le recouvre et de la couche pimentée qui est au dessous. Quant aux parties intérieures, il est indispensable d'employer la potasse pour les reconnaître , et il importe surtout de répéter les expériences si l'on veut bien saisir tous les détails. La ventouse est composée des mêmes élémens que nous avons signalés dans les tubes ambulacraires du corps. On y reconnaît les bourrelets entourant les aspérités du squelette calcaire , les entonnoirs renversés et les fibres musculaires, surtout les rayonnantes. J'ai en outre remarqué , sur quelques points situés à l'extérieur du squelette calcaire d'un E. brevispinosus , des cellules remplies de petites granules , sur la signification desquelles je n'ai pas une idée bien claire : elles ressemblent à-peu-près, par leur forme, à ces cellules particulières qui servent à former dans l'embryon du cheval la substance cornée du sabot. Je ne les ai rencontrées que rarement et toujours groupées en petits amas.

La partie cylindrique du tube a des parois proportionnellement trés-minces et une cavité mté-

— IVJ —

rieure assez grande, qui s'observe à l'œil uu et dans laquelle on parvient sans peine à introduire une soie. Ouail aux fibres musculaires renfermées, d'une part , entre l'épitbélium externe et la coucbe pimentée, et d'autre part, entre cette dernière et l'épithélium interne, il est assez diflicile de les observer ; mais il parait cependant qu'elles suivent la même direction que dans la partie cylindrique des tubes ambulacraires du corps.

J ai observé en outre , dans les exemplaires à l'esprit de vin de \'E. brevispinosus, au dessous de la couche pimentée , de petits corps calcaires linéaires, légèrement arqués ou semi-lunaires , réunis en amas et pourvus d'un ou de plusieurs rameaux latéraux à leurs extrémités ; on les remarquait quelquefois aussi dans la ventouse. Rendus transparens au moyen de la potasse , ils ne dégageaient point d'air au contact avec l'acide acétique , mais se dissolvaient dans l'acide muriatique. Ces mêmes petits corps calcaires se retrouvèrent aussi dans \'E. lividus; mais c'étaient de petits croissans plus simples , sans épines ni rameaux latéraux. L'acide muriatique les dissolvait également en dégageant une quantité d'acide carbonique. Ce sont évidemment des organes analogues à ceux que nous avons étudiés en traitant des tubes ambulacraires du corps.

Lorsqu'on injecte de mercure le canal intérieur d'un tube buccal , le métal s'introduit dans la cavité correspondante des branchies buccales. C'est un sujet sur lequel nous reviendrons en traitant des branchies internes.

A la limite externe dos lèvres , là où celles-ci passent dans le prolongement de la membrane buccale, commencent les pédicellaires buccaux (Tab. I, fig. 3, et Tab. IV, fig. 57), qui sont trèsserrés jusque près de la partie périphérique de la membrane buccale. Tiedemann (*) les appelle des appendices filiformes se terminant en trois pointes. Délia Chiaje ("') et Sharpey (*") semblent les avoir envisagés de la même manière. Ils correspondent parfaitement aux pédicellaires ophicéphales que nous avons mentionnés dans le chapitre précédent , et montrent même à l'œil nu une petite tête renflée, portée sur une tige grêle. Leur couleur blanche et leur dureté sont une preuve qu'ils contiennent , au moins à leur sommet et à leur base , des parties calcaires plus dures. En même temps , l'on s'aperçoit qu'il existe dans ces mêmes pédicellaires deux squelettes calcaires différens, la tête et la massue, qui tous deux se dessinent d'une manière très-nette lorsqu'on est parvenu à rendre les parties molles transparentes au moyen de la potasse. La partie moyenne de ces pédicellaires est flexible, car elle ne se compose que de parties molles sans squelette calcaire. Ce-

(') Anatoniiep. 98.

(') Memorie p. 37(1. Tab. ixiii, fig. 2, G, 7, 8, 9.

{') Echinoderniala p. 'i.

pendant ces dernières sont également très-fragiles, bien qu'on rencontre aussi des pédicellaires plus élastiques qui reprennent en se détendant leur ancienne position lorsqu'on les en a dérangés.

La tête calcaire se compose de trois parties constamment adhérentes : les cuillers , les pièces renflées et les arcs semicirculaires.

A l'état parfaitement intact, les trois pinces ou cuillers qui se trouvent dans chaque tète de pédicellaire sont rapprochées , ensorte que l'extrémité supérieure est arrondie et fermée au sommet (Tab. IV, fig. 49). Suivant la position de la tête, il peut arriver que l'on ne voie que la principale partie d'une cuiller et le bord ou plutôt le profil d'une autre (Tab. IV, fig. 47) ; ou bien l'on voit deux cuillers avec leurs bords qui se regardent; dans ce cas, la troisième cuiller n'est visible qu'autant que les deux premières sont plus ou moins béantes (Tab. IV, fig. 49 et 50) ; ou bien l'on distingue les carènes médianes saillantes des trois cuillers par leur face postérieure, ou seulement une cuiller avec sa carène médiane et ses deux carènes marginales (Tab. IV, fig. 48). Dans ce dernier cas, les trois carènes médianes convergent en un dôme arrondi au sommet. Dans le premier de ces cas , on distingue déjà les découpures du bord latéral de la cuiller, et même les fines dentelures qui les bordent (fig. 47). Quelquefois même on reconnaît aussi les bords découpés de deux cuillers voisines.

En soumettant la tête à une faible pression , on voit les cuillers en sortir à-peu-prés comme une paire de mandibules. Cette opération peut se répéter plus ou moins sans que l'organe en souffre ; et c'est par l'étude réitérée des cuillers , ainsi poussées au dehors, que l'on parvient à se faire une juste idée de leur structure.

Chaque cuiller représente en quelque sorte une nacelle dont le fond est occupé par une carène longitudinale saillante que j'appelle la carène médiane (Tab. IV, fig. 51 et 52) ; les parties latérales de la nacelle sont occupées par un réseau calcaire très-élégant, entre les mailles duquel on aperçoit souvent de petites carènes transversales (fig. 48 et 51). Il existe en outre une carène latérale , près du bord de la paroi latérale ; mais elle n'a point de réseaux calcaires , et ne converge qu'au sommet avec les autres carènes latérales et la carène médiane ; les bords présentent une série d'entailles garnies de très-fines dentelures. Il m'est arrivé de distinguer quelquefois , dans la masse calcaire de ces entailles ou découpures, une structure fibreuse rayonnant du centre vers les dentelures du bord ; mais peut-être sont-ce moins des fibres que des sillons.

Les découpures des deux bords d'une seule et même cuiller sont presque toujours assymétriques ; souvent celles de l'un des bords sont plus saillantes ou plus plates que celles de l'autre, et vice versa ; quelquefois aussi on dirait que la cuiller n'a de découpures que d'un côté , et des

— (il —

épines de l'autre ; cependant je crois mètre assuré que cette différence n'est qu'une conséquence de la position oblique des découpures de l'autre bord.

Les carènes transversales donnent quelquefois lieu à des dépressions isolées plus profondes près de la base des cuillers. De là les trois cuillers passent dans les renflemens basilaires qui en sont les prolongcniens immédiats, et qui souvent sont si rapprochés qu'ils ont l'air de se confondre en une seule pièce. J'ai cependant vu dans quelques cas rares une séparation distincte et dentelée , formant la continuation de la séparation entre les cuillers. Chaque cuiller présente , sous ce rapport , la disposition indiquée dans la fig. 53 de Tab. IV ; les deux carènes latérales et la carène médiane se continuent immédiatement dans le renflement correspondant qui est criblé de petites ouvertures , quelquefois disposées par séries longitudinales et plus grandes au milieu que sur les bords ; le bord inférieur est limité par une carène transversale.

Les arcs semicirculaires sont des processus plus ou moins développés, dont les convexités sont renflées à peu prés comme les ampoules des canaux semicirculaires de l'organe auditif (Tab. IV, fig. 47). Ils sont composés d'une masse calcaire compacte, et il n'y a que leurs extrémités renflées qui montrent des trous ; cependant ces trous manquent aussi parfois. Ces arcs semicirculaires sont ordinairement disposés de telle sorte qu'ils paraissent recouverts par trois pilastres d'une cuiller recourbée en arrière.

En tournant la tête du pédicellaire et en l'examinant sous ses différentes faces , on s'aperçoit qu'à chaque cuiller de la partie antérieure correspond une portion de la pièce renflée de la région postérieure ; mais il est très-difGcile de placer la tête dans une position telle , que les deux parties de l'organe puissent être vues en même temps. Quant au renflement , les carènes fines et épaisses que l'on remarque sur ses parois divisent sans doute l'intérieur en une quantité de cavités latérales régulières correspondant aux saillies de la surface.

Çà et là on rencontre aussi de petites têtes isolées , à trois pinces semblables à celles du test. J'ai , de plus , rencontré dans VE. brevispinosus , une autre forme de tête qui correspond à celle des pédicellaires ophicéphales.

Les tiges des pédicellaires buccaux sont absolument de même nature que dans les autres pédiceflaires. La tête comme la massue se d'issolvent dans l'acide acétique , en dégageant une quantité d'acide carbonique. Quant aux parties molles , l'on reconnaît, sans la moindre préparation , qu'elles enveloppent également la massue et la tête ; il existe entre les deux une cavité centrale qui semble se former à l'extrémité de la massue , entourer celle-ci et se prolonger jusqu'à l'insertion du pédicellaire dans la membrane buccale. Les^ parois sont composées, à l'inté-

rieur, de fibres qui se tordent facilement; l'épithélium et la couche pimentée sont l'un et l'autre extérieurs. Quelquefois l'on voit à l'intérieur des parois des canaux longitudinaux qui ont l'apparence de vaisseaux sanguins.

En traitant les pédicellaires buccaux à l'acide acétique, le canal intérieur affecte une transparence toute particulière , après que le carbonate de chaux de la tête et de la massue s'est transformé en acétate de chaux. 11 a tout-à-fait l'apparence d'un tissu isolé, ayant ses parois composées de fibres longitudinales et transversales, et sa surface garnie d'un épithélium distinct; ensorte que nous aurions ici la même disposition des tissus que dans les petits vaisseaux sanguins de l'homme et des animaux supérieurs; comme dans ces derniers, leurs contours forment aussi parfois des ondulations très-distinctes. On remarque de plus, autour de la base des têtes , et surtout de celles à trois pinces , un large anneau de fibres transversales , qui paraissent être de nature musculaire et servent peut-être à fermer la pince et les cuillers. Les réseaux calcaires de la tète ainsi que ceux de la massue présentent un squelette organique grenu , de couleur grise, qui correspond exactement, par sa forme, aux contours extérieurs, et dont l'intérieur contient souvent de petits corpuscules globuleux renfermant un petit noyau.

11 est évident que les pédicellaires buccaux jouissent aussi de la faculté de s'allonger et de se rétrécir, et probablement même de saisir de petits objets au moyen de leurs pinces; mais en tout cas ils ne semblent pas s'ouvrir autant que les autres pédicellaires.

Enfin , il existe encore à la surface de Irf membrane buccale de petits piquans microscopiques (Tab. y, fig. 72) , dont la structure ne diffère en rien de celle des autres piquans.

Page 1