CHAPITRE XII
DU GENRE ECIIINOCYAMUS v. Phels.
Ce genre, quoique très ancien, est cependant celui dont l'étude m'a offert les plus grandes difficultés. Van Phclsum qui l'établit y rangeait quatorze espèces , auxquelles il assignait comme principal caractère , suivant Leske , d'avoir l'anus à la face inférieure et rapproché de la bouche. Lamarck circonscrivit ce genre à peu près de la même manière (*) ; mais au lieu de lui conserver le nom primitif d Echinocyamus , il le changea en celui de Fibularia. Dans ce genre ainsi délimité sont compris deux types très différens, ainsi que nous allons le voir. Goldfuss, dans son grand ouvrage sur les pétrifications d'Allemagne , leur en a même associé un troisième , en les confondant avec les Ecbinonées. M. de Blainville a de nouveau réintégré le genre Echinocyamus, en prenant pour type VEchinocyamus pusillus décrit ci-dessous; mais d'un autre côté il confond les Fibulaires et plusieurs espèces de vraies Echinocyames dans un même genre avec les Ecbinonées et les Galérites, ce qui est une grave erreur.
Cette confusion , que je n'ai pu éviter entièrement dans mon Prodrome , faute de matériaux sufflsans , tient à deux causes principales, qui sont , en premier lieu, la rareté de ces animaux, que les collecteurs ont sans doute dédaignés à cause de leur petitesse et de leur peu d'apparence, et en second lieu , la rareté plus grande encore de l'ouvrage de van Phelsum. A défaut de l'original , j'ai été obligé de me contenter de l'extrait qu'en donne Leske dans sou édition de Klein , et quoique les descriptions des espèces y soient peu précises, j'ai cependant pu y reconnaître les deux types mentionnés ci-dessus, savoir: des espèces globuleuses, ou des Fibulaires, et des espèces aplaties , ou de vrais Echinocyames. Les premières paraissent être les plus nombreuses dans l'ouvrage de van Phelsum.
(*) Corpus subglobosum , obofaliim aut oibictdaïc , margiiu nitUo vel roliindalo ; spiiiis minim'u, Amhidacra quiiumc , brefia, iigiisln , circiimscripln. Os Infenim , centrale ; aiw ori vici/w yvl mcdiaiio inira os et margiiiem.
J'ai déjà insisté dans rintroduction (pag. 20) sur les différences profondes qui distinguent ces deux genres en apparence si voisins. Tandis que la cavité intérieure des Fibulaires est complètement unie et ne présente d'autres aspérités que les cinq auricules destinées à supporter les mâchoires, les Echinocyames ont l'intérieur du test garni de cloisons calcaires, qui rayonnent du centre à la périphérie et divisent ainsi la cavité en dix sections correspondant aux aires ambulacraires et interambulacraires ; c'est absolument la même structure que nous avons reconnue dans les Scutellines. Cette structure particulière implique nécessairement une disposition des organes intérieurs, et notamment du canal intestinal, fort différente de ce qu'elle doit être dans les Fibulaires. Quant aux Echinonées, que Goldfuss confond avec ces dernières , M. DesMoulins a déjà fait remarquer que celte association d'espèces si différentes doit être rejetée d'emblée. Dans mon Prodrome je les avais également déjà séparées.
Circonscrit dans les limites que nous lui assignons ici , le genre Echinocyame tient donc d'une part aux Scutellines, par la structure cloisonnée de l'intérieur du test, et d'autre part aux Fibulaires par son apparence extérieure , par la forme de ses pétales amhulacraires et par la position de l'anus, qui est plus ou moins rapproché de la bouche. D'un autre côté, les mêmes caractères qui le rapprochent de l'un de ces genres , l'éloignent de l'autre ; il diffère par conséquent des Scutellines par la position de l'anus à la face inférieure, et des Fibulaires par la structure cloisonnée de sa cavité intérieure. Comme ce dernier caractère est lié à l'organisation intime de ces animaux , les différences doivent être plus profondes entre les Echinocyames et les Fibulaires qu'entre les Echinocyames et les Scutellines. En conséquence, j'ai non seulement séparé les Fibulaires comme genre , mais je crois encore qu'elles doivent être complètement éloignées du groupe des Scutelles et reportées dans un autre groupe ; car j'envisage quelles sont bien plus voisines du type des Galérites et surtout des Echinonées que du groupe des Scutelles.
Un caractère important des Echinocyames consiste dans leur forme ovale et renflée sur les bords. Les pétales ne sont pas limités d'une manière bien distincte, et, sous ce rapport, ce genre forme en quelque sorte le passage entre les Clypéastroïdes à ambulacres bornés et ceux à ambulacres continus. Les zones porifères sont très rapprochées , mais les pores ne sont pas réunis par des sillons transverses , ou , si ces sillons existent , ils sont si petits, qu'ils cessent en quelque sorte d'être un caractère important. Il n'y a que VE. occitanus dans lequel ils soient très distincts. La surface entière du test est recouverte de tubercules spinifères ordinairement très développés relativement à la taille de ces oursins et entourés de tubercules miliaires ; cette même granulation s'étend aussi sur la rosette apiciale, ensorte qu'Userait assez difficile de la reconnaître
»i elle n'était ordinairement un peu plus saillante que le reste ilu test. Les pores génitaux sont au nombre de quatre et ordinairement très petits. Les pores ocellaires sont généralement imperceptibles. Les soies sont assez développées sur toute la surface du test ; celles de la face inférieure sont comme d'ordinaire cylindriques et plus longues que celles de la face supérieure , qui sont tronquées et légèrement renflées à leur extrémité.
L'appareil masticatoire se compose de màcboires très hautes , à peu près comme celles des Laganes , ensorte que les dents, pour atteindre l'ouverture buccale, devaient nécessairement être très-arquées.
Les espèces que je décris ici sont au nombre de onze : deux sont de l'époque actuelle , sept proviennent des terrains tertiaires, et deux, V Echinocyamus alpinus et YEcliinoc. occitanus, de l'époque crétacée : cette dernière, qui est la plus grande de tout le genre, deviendra peut-être un jour le type d'un genre à part; car elle diffëre notablement des autres espèces (voyez cidessous la description de l'espèce).
La synonymie des espèces de ce genre est très-diflicile à établir. Il m'a été impossible de retrouver dans les collections les originaux des descriptions de la plupart des auteurs ; même ceux des espèces de Lamarck et de Blainville ne se trouvent pas au Musée de Paris , et la brièveté de leurs descriptions ne permet pas de déterminations rigoureuses : aussi, sur les onze espèces ci-dessous décrites, il n'y en a qu'une seule que j'aie cru pouvoir rapporter aux synonymes de van Pbelsum et de Leske. Il ma paru préférable de passer sous silence toutes les citations douteuses et de m'en tenir à la description des espèces que je possède moi-même. J'ajouterai sous forme d'appendice, à la fin de ce chapitre, les indications les plus importantes que j'ai recueillies dans les divers ouvrages qui traitent de ces petits animaux.