CHAPITRE II
DU GEXRE PYlllNA DesMoul.
M. DesMoulins a réuni sous ce nom plusieurs espèces fossiles de la craie qu'il caractérise de la manière suivante : « forme générale régulière, circulaire ou ovale, plus ou moins bombée en des- » sus ; surface inférieure plate, ou légèrement pulvinée, ou légèrement concave; sommet médian; » quatre pores génitaux; aires interambulacraires doubles ou triples des aires ambulacraires ; am- » bulacres complets, droits , plans, bordés de cbaque côté d'une seule paire de pores fort rappro- » chés, unis ou non par un sillon; boucbe symétrique, centrale, ronde, peu ou point enfoncée; anus » supra-marginal, ou entre le bord et le sommet, ovale ou arrondi, quelquefois énorme.» (*) Cette diagnose est évidemment trop vague ; aussi ne doit-on pas s'étonner de voir figurer parmi les Pyrines de DesMoulins , des espèces qui diffèrent dans des points essentiels de leur organisation. Des sept espèces que l'auteur énumère dans ses Tableaux synonymiques , trois seulement sont connues par des descriptions et des figures : ce sont les Pyrina Castanea , Rolula et depressa, ( Nucleolûes Castanea , Rotula et depressa de M. Alex. Brongniart) (*'). Or, le P. Rolula est une véritable Discoïdée ; l'espèce appelée Castanea est, comme nous l'avons vu plus haut, une véritable Galérite ; et comme M. DesMoulins convient lui-même que le genre Pyrina ne diffère des Galérites que par son anus supère , il n'y aurait que l'espèce figurée par Brongniart sous le nom de Niicleolites depressa qui put rester dans le genre Pyrina. Néanmoins , je crois avec M. Agassiz que, restreint à ses limites les plus précises , ce genre représente une coupe naturelle du groupe des Galérites. Il suffit en effet de supprimer de la diagnose de M. DesMoulins « la forme circulaire et les ambulacres unis par un sillon », pour en éliminer à la fois les Discoïdées et les Catopygus, et avoir ainsi
(*) DesMoviliiis Etudes sur les Echinites. Prodr. p. 20.
(•') Les quatre autres espèces ne me sont connues que par les citations purement nominales de M. DesMoulins. Il paraît cependant , d'après le synonyme de Leske , que le Pyrina dubia est une véritable Galérite ; le Pyrina pctrocoriensis , que l'auteur dit différer de ce dernier par la position plus supère de l'anus , pourrait bien être une espèce de Globator. Le P. cassiduluris ( Echinoncus cassidularis DeBl.) paraît être un Catoiivgas. Le P. ediinonea m'est complètement inconnu.
l'expression de la véritable physionomie du genre Pyrina tel que M. Agassiz l'a circonscrit dans ses Characteres diagnostici annexés à son Catalogue systématique des moules d'Ecliinodermes fossiles du Musée de Neuchâtel. Les Pyrines ainsi délimitées sont des Oursins allongés, ovoïdes, renflés, à tubercules irréguliers , ayant la bouche centrale et l'anus situé à la face postér'ieure. Voisins à la fois des Galérites et des Globator, ils diffèrent des uns et des autres par leur forme régulièrement ovale, les Galérites étant coniques et subpenlagonaux et les Globator circulaires. Ce même caractère les éloigne aussi des Nucleopygus. En revanche , ils se rapprochent beaucoup , par leur apparence extérieure , des Catopygus qui sont également de forme ovale et ont l'anus supra-marginal, mais qui présentent, en même temps, cette différence capitale , d'avoir des ambulacres pétaloides. Quant à la bouche des Pyrines, au lieu d'être ronde et symétrique, comme le dit M. DesMoulins, elle est au contraire anguleuse comme dans les Galérites et, déplus, allongée dans le sens du diamètre longitudinal ; mais il faut avoir à sa disposition des exemplaires parfaitement conservés pour s'en assurer. Je n'ai pas pu étudier l'appareil génital d'une manière détaillée ; mais tout ce que j'en ai vu me fait présumer qu'il est construit sur le même plan que celui des vrais Galérites.
Les espèces ici décrites sont le P. OvuIumA^., le P . ovata Ag.,\eP. depressaDesM.,et le P. pygcea Des. qui figure, dans le Catalogue syst. des moules de M. Agassiz, sous le nom de Galérites pygœa. Les trois premières sont de la craie moyenne et supérieure , la dernière est propre au terrain néocomien.
L Pyrixa Ovclcm Ag.
Tab. 5, fig. 35-37.
Sv.N. Pyrina Ovuliim Ag. Catal. syst. Ectyp. p. 7.
La physionomie de cette espèce me paraît renfermer l'expression la plus parfaite de ce petit groupe de Galérites ovoïdes , dont on a fait , à tort ou à raison , le genre Pyrina. Aussi large devant que derrière , elle forme un ovale régulier. Le côté postérieur est marqué d'un sillon trèsélargi au dessous de l'ouverture anale , et paraît par conséquent tronqué lorsqu'on l'examine d'en bas ( fig. 37), tandis qu'il l'est moins vu d'en haut (fig. 35). L'anus lui-même est elliptique et situé au bord supérieur de la face postérieure , de manière qu'on l'aperçoit aussi bien d'en haut qu'eu face. L'ouverture buccale laisse apercevoir des traces distinctes de sa forme anguleuse, et si elle paraît ici oblique (fig. 37), ce n'est sans doute qu'accidentellement. Les tubercules sont
plus serrés que dans aucune espèce de Galérite ; examinés au microscope, ils présentent l'aspect de fig. 37 c; c'est-à-dire que les gros tubercules sont distinctement mamelonnés; le mamelon luimême est perforé an sommet et entouré d'une collerette de plis très-apparens à sa base. Des tubercules miliaires en très-grand nombre occupent l'espace entre les tubercules principaux. Les aires ambulacraires comptent, sur le milieu du test, six rangées de tubercules qui se réduisent à quatre près du sommet (fig. 35a). Les pores sont superposés d'une manière assez régulière , au moins à la face supérieure (fig. 35a), tandis qu'à la face inférieure, ils forment de petites lignes obliques composées de plusieurs paires superposées, ainsi que le montre la fig. 37 6, qui représente une aire ambulacraire prise à la face inférieure.
Je ne connais de cette espèce que l'exemplaire figuré qui a été communiqué à M. Agassiz par M. DesIIayes; il provient des terrains crétacés de France.
IL Pyrina ovata Ag.
Tab. 5 , fig. 32-34.
Syn. Pyrina ovata K^. CaltU. syst. Ecly|). p. 7.
Entre cette espèce et la précédente , la différence n'est pas grande , et il se pourrait fort bien qu'elles ne fussent que des variétés d'une seule et même espèce. La forme du P. ovata , comme celle du P. Ovulum, représente un ovale régulier. Le côté antérieur et le côté postérieur sont d'é^^ale largeur. La face supérieure est aplatie ; la face inférieure est légèrement pulvinée. L'ouverture buccale, de forme anguleuse, en occupe le centre. La seule différence que j'aie remarquée, c'est que l'anus s'élève un peu moins haut et que le sillon sous-anal est moins accusé. Les tubercules aussi sont un peu moins serrés.
Plusieurs exemplaires de cette espèce ont été comuniqués à M. Agassiz par M. d'Orbigny, qui les a recueillis dans la craie inférieure de Saintes , prés de la Charente.