CHAPITRE XI
DU GENRE LAGANUM Klein.
Au premier coup d'œil , les Laganes ont plus de ressemblance avec les vrais Clypéaslres et notamment avec les espèces plates telles que les Clypeaster placunarius, C. latisiimut, C. senti for mi s, etc.» qu’avec les Scu telles. Leur forme pentagonale ou subpentagonale contraste surtout avec la forme arrondie de ces dernières ; cependant cette différence est plus apparente que réelle , car il suffit d’avoir observé l'organisation intérieure de ces animaux pour se convaincre qu’ils sont construits sur le même plan , et , chose singulière , c’est le genre Rotula , celui qui a le moins de ressemblance extérieure avec les Laganes, qui s’en rapproche le plus par sa structure intérieure.
Le genre Laganum a eu le même sort que beaucoup d’autres genres de l'ordre des Echinites ; c'est-à-dire qu'il a été circonscrit de la manière la plus variée. Klein qui l’établit, y rangeait des espèces très diverses, préoccupé qu'il était de l’idée que le caractère essentiel des Echinites consiste dans la position de l’anus ; c’est ce qui fait qu’il rangea dans son genre Laganum de véritables Sculelles. Lcskc ne tint pas plus compte de ce genre que des autres et confondit les Laganes de Klein dans son genre Echinodiscus. Lamarck et DcsMoulins en Grent des Scutclles. Ce fut M. DeBlain ville qui réunit de nouveau les Laganes en un genre particulier; mais au lieu de lui conserver le nom de Laganum de Klein, il l’appela fMgana.
Je range dans le genre Laganum les espèces de forme subpenlagonale ou ovoïde ayant le bord postérieur tronqué ou subtronqué f et le bord antérieur tantôt arrondi, tantôt plus ou moins anguleux. Le diamètre longitudinal l’emporte ordinairement de beaucoup sur le diamètre transversal. Quoique la hauteur ne soit pas très considérable , le bord est généralement renflé; en revanche , la face supérieure n’en est que plus plate, et dans plusieurs espèces dont le sommet est à peine plus élevé que les bords , il régne une dépression sensible sur tout l’espace compris entre le sommet et les bords.
La rosette ambulacraire est grande ; les pétales se ferment plus ou moins à leur extrémité ;
je ne connais aucune espèce dans laquelle ils ne dépassent la moitié du rayon entre le sommet et le bord. La bouche est centrale, circulaire et proportionnellement plus grande que dans les genres précédens. L’anus , tantôt circulaire , tantôt allongé , oscille entre le bord postérieur et l'ouverture buccale, sans être jamais complètement marginal. Les sillons ambulacraires ne se bifurquent pas dans leur trajet et sont rarement visibles au delà de mi-bord , bien qu’ils soient criblés de pores microscopiques. Les aires interambulacraires sont bien moins larges que les aires ambulacraires, surtout à la face inférieure où elles sont réduites, dans la plupart des espèces, à une bande très étroite que l’on poursuit du centre à la circonférence. La surface du lest présente une granulation très homogène qui diffère complètement de celle que nous avons observée dans les genres précédens , en ce que les tubercules spinifères y sont bien moins serrés et bien moins nombreux , tandis que les tubercules miliaires y sont excessivement abondans. Ceux de la face inférieure ne différent guère en général de ceux de la face supérieure , si ce n'est par leurs dimensions plus considérables. 11 n’existe non plus aucune différence sensible entre ceux des aires ambulacraires et ceux des aires interambulacraires. La même uniformité se reproduit dans les soies. Cependant celles de la face inférieure sont en général un peu plus longues et un peu plus grêles que celles de la face supérieure.
Ainsi que je l’ai fait remarquer ci-dessus , c’est dans la cavité intérieure que j'ai puisé les caractères les plus importans pour la classification de ce genre. C’est surtout en étudiant la structure de l'appareil masticatoire que j’ai été conduit à ranger les Laganes dans le groupe des Scutcllcs, au lieu de les envisager comme un groupe à*part. En effet, quoique les mâchoires des Laganes se distinguent par leur apparence massive , clics sont cependant conformées de la même manière que celles des genres précédens : c'est-à-dire que les dents sont articulées dans un sillon de la face supérieure des mâchoires , et si parfois elles paraissent très inclinées et presque verticales , ce n’est que par l’effet du développement excessif des lamelles inférieures ; ce qu’il importe de constater, c’est qu'elles ne sont jamais fixées dans un sillon vertical de l’extrémité des mâchoires, comme cela a lieu dans les vrais Clypéastres; mais un caractère qui leur est commun avec ces derniers, c’est que l’extrémité des dents est seule émaillée.
Il n'existe aucune trace de cloisons ni de piliers entre l’appareil masticatoire et le canal intestinal ; ces deux organes ne sont séparés que par une membrane. En général , l’intérieur du test est moins celluleux que dans les genres précédens ; il n’y a guère que les bords de la cavité qui présentent un labyrinthe de piliers calcaires; d’où je conclus que les appendices du canal intestinal sont moins nombreux que dans les espèces qui ont la cavité intérieure très cellulaire. Le
trajet du canal intestinal est le même que dans les autres Scutellcs, ainsi qu'on peut le voir par la fig. 5 de Tab. 25 , qui représente la cavité intérieure du Laganum roslratum vue par dessous. L'intestin sort de la cavité centrale , en passant par dessus la mâchoire antérieure droite ; de là il se déploie, sous forme d'estomac, sur le ûanc gauche, passe sur le flanc droit, où il remonte jusqu'à la hauteur de la mâchoire antérieure droite et rétrograde de nouveau vers l'anus , en contournant une cloison tendineuse très solide.
La structure et la position relatives des différons organes intérieurs sont indiquées par des lettres concordantes dans les fig. 25 , 27 et 28 de Tab. 22 : n est l'intestin qui est également plissé sur le flanc droit et sur le flanc gauche ; r (fig. 27) représente l’œsophage qui est plus étroit et marqué de plis plus serrés ; s. s (fig. 28) sont les appendices de l'intestin en communication avec ce dernier; x. x (Gg. 25 et 27) sont les ovaires étendus sur l’intestin; k (Gg. 28) est, suivant M. Valentin, une partie des branchies inférieures; t (fig. 25 et 27) est l'extrémité des rayons de l'appareil masticatoire. La fig. 29 enfin représente l’un des suçoirs des sillons inférieurs de la même espèce sous un grossissement de 102 diamètres.
Il est un point de l’organisation des Laganes qui offre de graves difficultés, c’est la variété qui régne dans le nombre des pores génitaux , une partie des espèces en ayant invariablement cinq , tandis que d’autres n’en ont que quatre. J'ai vainement cherché à rattacher ce fait à quelque autre caractère constant de l'organisation ; mais n’ayant reconnu dans la structure de l'appareil génital à l'intérieur aucune différence entre les espèces qui ont quatre pores et celles qui en ont cinq , j'ai dù renoncer provisoirement à les diviser. Plus tard , les naturalistes reviendront sans doute sur ces différences, et peut-être sépareront-ils les espèces du type du Laganum Peroiui (qui ont généralement quatre porcs très distans) de celles du type du L. Bonani (qui en ont cinq très rapprochés) , en faisant en outre du L. roslratum le type d’un genre à part distinct de celui du L. Bonani , etc., par ses quatre pores génitaux et par sa forme rétrécie en arriére. En attendant des renseignemens plus complets, que l'anatomie comparée de ces divers animaux ne manquera pas de nous fournir avec le temps , je me contenterai de réunir ces divers types sous la rubrique du genre Laganum, qui comptera ainsi 14 espèces, dont 12 vivantes et 2 fossiles.
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