MONOGRAPHIE "JJ
raire, fut sa verte réplique — brochure de 79 pages — aux insinuations malveillantes, aux données inexactes contenues dans r Histoire du Canada de l'abbé Brasseur de Bourbourg, jeune prêtre français qui, en 1852, visitait le Canada. Puis parurent ses Notes sur les Registres de Notre Daine de Qnébee, utile compilation dont le public demandait, plus tard, une seconde édition. En 1865, paraissait dans le Foyer Canadien un travail fort précieux de l'abbé Ferland sur la Gaspésie, intitulé : JoiLrnal d'nn voyage sur la côte de Gaspé, " " Voyage an Labrador, " ^^ Lonis Olivier Gainaehe ; " en 1863, Notiee biographiqne snr Mgr. Joseph Oetave Plessis, e'véqne de Qncbec. C'est plus qu'une sympathique biographie d'un grand évêque, injustement attaqué par l'abbé Brasseur ; c'est un résumé de l'histoire religieuse et politique de la province de Québec, de 1791 à 1825. Son viagnnm opns enfin, le Conrs d'histoire dn Canada 1 534-1 759, contenant le résumé de ses mémorables leçons comme professeur d'histoire à l'Université- Laval, vit le jour en 1861, c'est-à-dire que le premier volume se publiait sous sa direction cette année-là, à l'atelier de M. Côté. La mort terminait à Québec, le 8 janvier 1864, les jours bien remplis de ce savant. Un autre homme dévoué et érudit, l'abbé Chs. Laverdière, mort aussi à Québec, en 1873, se chargeait de mettre en ordre les matériaux et les notes laissés par l'abbé Ferland^ pour le second v^olume de son œuvre, lequel parut à Québec en 1S65.
Chez l'abbé Ferland, comme écrivain, il y a deux hommes tout à fait distincts. Il y a d'abord l'élégant, le gracieux chroniqueur, esquissant avec une verve toute gauloise la carrière accidentée et mystérieuse du légendaire pirate de l'Ile d'Anticosti, Louis Olivier Gamache, ses relations quotidiennes avec son familier, le Prince des Ténèbrcb, etc. Puis, la scène change, c'est un polémiste vigoureux, frappant d'estoc et de taille, donnant des 'eçons d'histoire, quelquefois de bienséance, à un jeune
y^ FERLAND
écrivain français irréfléchi, l'abbé Brasseur de Bourbourg ; ou bien encore, un antiquaire, nouveau ^.lonteil, exhumant, sur l'origine de nos familles mille détails curieux et inconnus, tirés des archives poudreuses de nos églises Daroissiales
Chez !M. Ferland, il y a surtout le docte, le grave professeur d'histoire — comblant avec une rare industrie les lacunes, corrigeant les erreurs de dates chez ses devanciers ; méthodique en tout, annaliste infatigable développant, avec un rare talent, les origines, les épreuves, les succès de cette iTiission de la vieille France dans la nouvelle, qu'il préconise comme providentielle. Il en est qui prétendent trouver dans le Cours d'Histoire du Canada les annales seules du progrès du catholicisme dans la colonie, mais il est facile d'y découvrir un programme bien plus vaste.
Dans une lettre que M. Garneau adressait à AI. l'abbé Ferland en 1861, le remerciant pour le premier volume du Cours d'Histoire du Canada qu il avait eu la complaisance de lui envoyer, nous trouvons des lignes qui font également honneur aux deux hommes : " M. Garneau est passé chez M. Ferland pour lui exprimer personnellement toute sa reconnaissance et parler avec lui de leur chère patrie, mais il n'a pas été assez heureux pour le rencontrer. M. Garneau aurait voulu causer avec une des lumières du Canada sur la foi qu'on doit avoir en notre nationalité et sur les moyens à suivre pour en assurer la consommation. Celui qui a su développer avec tant d'exactitude nos origines historiques doit être pénétré plus qu'un autre des sentiments de la foi. "
L'on trouve chez le vénérable historien trois éminentes qualités : érudition, pureté de style, charme indicible de diction. Ajoutons à cela, dans le commerce de la vie, une aimable franchise, une constante loyauté dans ses procédés, de la noblesse dans les sentiments, une prodigieuse me-
moire de faits, de dates, toujours à la disposition de ceux qui le consultaient, et l'on aura une ide'e du mérite de ce savant si justement regretté.
Faillcn.
Etienne [Michel Paillon naquit à Tarascon, département des Bouches du Rhône, le ler mai 1799.
Vers 1812 il alla commencer ses études classiques au co'lège d'Avignon. L'atmosphère religieuse de cet antique séjour des Papes, au moyen-âge, depuis le Xlle au XlVe siècle, semble avoir exercé une durable influence sur le jeune Faillon.
Vers l'année 1S18, il vint à Paris faire son cours de théologie, et entra à St. Sulpice vers 1S20.
En 1829 on le retrouve directeur du Séminaire de Paris.
Une de ses premières entreprises littéraires fut d'esquisser la carrière de M. Olier, fondateur de St. Sulpice, lequel, comme l'on sait, avait pris une large part à la colonisation de la Nouvelle- France — surtout, à l'établissement de Ville-Marie.
En 1S54, M. Faillon publiait la "Vie de la Vénérable Marguerite Bourgeois, " fondatrice de la Congrégration de Notre Dame, qui vint au Canada avec M. de Maisonneuve, le fondateur de Montr^éal, Vers le même temps paraissait en deux volumes 8vo., une biographie de Mademoiselle Mance — fondatrice de l'Hôtel-Dieu— et une biographie de Madame d'Youville, fondatrice des Sœurs Grises (Sœurs de Charité) en Canada.
C'est par ces importants travaux, qui embrassent une notable partie de notre histoire, qu'il préludait à son œuvre principale, Y Histoire de la Colonie française en Canaela.
Ce colossal travail, imprimé avec luxe à Paris, devait comprendre dix volumes, in-quarto, dont trois seulement ont paru — deux en 1865 — le 3e, en 1867
Il ne va pas au-delà de 1675, mais l'infatigable annaliste a laissé les matériaux, pour mener le récit jusqu'à l'année ^759.
FAILLoN^ 8f
Dans le but de se renseigner sur les lieux, l'abbé Faillon entreprit trois voyages au Canada.
Il arrivait à Montréal en 1849, repartait en 1850, revenait en 1854. II y séjourna trois années, de 1858 à 1S61, obéré de travail, livré à d'incessantes recherches, employant comme copistes six assistants, trois secrétaires. Aux jours si sombres pour la France de l'année 1871, M. Faiiloi'»' expirait à Paris, le 25 octobre, âgé de 72 ans.
Saluons ce zélé chercheur — ce travailleur infatigable qui a passé au Canada sept années de sa laborieuse existence, pour compléter nos annales, et qui, par ses travaux, ses recherches colossales, a mérité le nom de Bénédictin de la Nouvelle France.
De son récit qui devait s'étendre depuis la première navigavion de Jacques- Cartier, jusqu'à la fin de l'occupation du gouvernement français en 1760, il n'y a eu que trois volumes de terminés ; ils nous conduisent jusqu'à l'année 1675.
Pour remplir le cadre que messire Faillon s'était tracé il reste encore à publier sept volumes ; et, si nous sommes bien renseignés, nous avons lieu de croire que cette tache, herculéenne sera menée à bonne fin.
Si l'o'ii veut juger de l'étendue de ses recherches, on en trouvera la preuve dans les citations qu'il donne si abondamment à la marge des pages. Les ouvrages qui concernent l'Amérique sont comme l'on sait fort nombreux. Charlevoix en cite à lui seul plus de quatre-vingts ; on en retrouve la plupart, dans les citations de M. Faillon; il faut de plus y ajouter d'autres sources considérables d'informations, où il est allé puiser.
" Il a, " dit son biographe, M. Desmazures, " parcouru les actes de l'Etat Civil des principales paroisses du Canada; il a lu les documents déposés dans les communautés religieuses du pays et ensuite les documents des maisons-mères de ces communautés, en France ; il a compulsé les archives de la marine, celles du ministère des att'aires-
étrangères, celles du ministère de la guerre, du dépôt des fortifications, les archives de] l'Etat, les manuscrits des grandes bibliothèques de Paris, du séminaire de St-Sulpice, de la préfecture de Versailles, de l'archevêché et de la préfecture de Rouen, du Musée Britannique, " ajoutons, de la Propagande, à Rome.
" Dans son introduction où il parle des premiers voj'ages du commencement du seizième siècle accomplis par Jacques-Cartier, il ne se contente pas de faire mention des opinions des principaux auteurs sur la date des premières explorations du continent transatlantique, mais il les cite, tels que Davity, qui écrivait en 1660, Brutel de la Rivière en 1727, l'Art de vérifier les dates, et Ramusio : en indiquant avec soin l'édition, l'endroit, la page, de manière à faciliter toute recherche à ceux qui voudraient vérifier les textes, les constater et en apprécier la valeur. Ensuite il prend le récit de Jacques-Cartier et l'analyse, puis le commente avec les réflexions les plus judicieuses ; enfin il prend soin de l'appuyer des pièces justificatives qu'il a su trouver en grand nombre ; il cite les lettres patentes de François 1er, accordées à Jacques-Cartier en 1540, sur la recommandation instante de Philippe de Chabot, grand amiral de France ; il cite encore les'passages des relations de Champlain, de Lescarbot, du pilote Alphonse de la Saintonge, qui confirment les assertions de leur illustre devancier.
Voilà sous quels traits M. l'abbé Desmazures nous révèle l'historien Faillon, et bien que chez ce dernier je cherche en vain cet élan de patriotique enthousiasme de l'historien enfant dn sol, François-Xavier Garneau, je vous avouerai que pour sa profonde science, grande est mon admiration. Je regrette, toutefois, oserai-je vous le dire, de rencontrer dans l'habile annaliste, non l'historien impartial de l'origine et des progrès de tout un peuple, mais plutôt l'historien de la grande cité de Ville-Marie, le panégyriste perpétuel de l'ordre de St-Sulpice — dont M.