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I I O APPENDICE

de la Grande Bretagne, contre la France. Quelqu'un lui ayant fait la remarque qu'il était dangereux d'enrégimenter les Sauvages d'Ecosse^ de leur donner des armes, en 1757, douze années seulement, après le désastre de CuUoden, qui avait mené à l'échafaud Lord Lovât, le chef de ce Clan: " Ne craignez rien," aurait-il dit, " je réponds de leur fidélité, avec leurs dispositions présentes contre la France. "

Il y avait donc des Ecossais dans les deux camps, au conflit

de 1759-

En cette conjoncture, des Ecossais occupaient même de hautes positions en Canada. Le iS septembee 1759, un Ecossais, le général Murray, réclamait les clefs de Québec, d'un descendant d'Ecossais, le chevalier de Ramsey \ et les Mémou'es de ce dernier, publiés en i86r, par \z. Société Littéraire et Historique, à. la demande d'un de ses membres les plus éminents, M. G. B. Faribault, a prouvé que la ville n'avait pas capitulé mie journée trop tôt.

La Société Littéraire et Historique a cru rendre un service à l'histoire canadienne en publiant, en 1867, dans la série des Relations du siège, les trois (i\ Mémoires attribués au chevalier Johnstone, puisés dans les Archiver de la guerre à Paris, et dont >3. P. L. Morin, dessinateur, alors attaché au Bureau des Terres de la Couronne, avait fait une copie pour la bibliothèque parlementaire du Canada.

Voici sous quels traits l'historien William- Hov.-.tt peint le chevalier Johnstone, auteur d'un fort intéressant compte-rendu sur la bataille de CuUoden, en 1745, où il avait eu sa large part des dangers :

"La carrière du chevalier Johnstone vous produit l'effet d'un roman hérissé d'aventures désespérées, de périls imprévus, de hasards incroyables ; 1 on dirait un des émouvants récits de l'auteur de Waverley. Ça rappelle les incidents et les héros de Sir Walter Scott.

"Le chevalier était fils unique de James Johnstone, marchand d'Edimbourg. Par son origine et ses alliances, sa famille se rattachait à quelques-unes des premières maisons de l'Ecosse.'

"Sa sœur, Cécilia, épousa Lord Rollo, qui hérita en 1765, du titre et des propriétés de cette noble famille. Quant à lui, il avait ses entrées dans les premiers cercles de la capitale ; lady Jane Douglas, alors en grand crédit, lui fît l'accueil affectueux d'une parente.

"Elevé dans les principes religieux des Jacobites, à la première nouvelle de 1 apparition du prince Charles Edouard en Ecosse, il quitta Edimbourg — se réfugia à la résidence de lord Rollo, près de Perth, où il attendit l'approche du prince— lui-même fut l'un

(1) Campaign of Louisbotirg, 1750-58.

i)ialogiio in Hatles, between Montcalm and Wolfe, 1759.

Campaign of 17S0 in Canada.

LE CHEVALIER JOHXSTOXE I I I

des premiers gentilshommes, parmi les /oic-landcrs, à se ranger sous le drapeau de l'héritier des Stuart.

'"Il servit comme aide de camp de lord George Murray, et aussi du prince Charles Edouard ; après la bataille de Preston- Pans, on lui conféra un brevet de capitaine. Il prit part à tous les mouvements des insurgés qui précédèrent la détaite de CuUoden.

"De ce sanglant champ de bataille, il s esquiva et après des périls sans nombre, il se réfugia à Killihuntly ; la châtelaine de céans, Madanle Gordon, lui offrit avec une hutte dans les montagnes le soin d'un petit troupeau de moutons, afin de faire croire qu'il était un pâtre ; mais son caractère remuant, énergique, lui rendit impossible ce genre de vie

''Il s'enfuit, et vint à Rothiemurchus, dont le jeune seigneur le pressa de faire sa soumission aux autorités, conseil qu'il avait donné à d'autres, voir à Lord Balmerino. Pour lui cet acte eût été, comme il le fut pour Lord Balmerino, un arrêt de mort.

'"De maison en maison, de ville en ville, il trouvait moyen de s'évaàer après d'incroyables hasards et sous tous les espèces de déguisements. Il allait et venait, entouré de soldats anglais, dont la mission était de tout dévaster ; son sang bouillonnait à la vue de toutes ces atrocités, mais se faire connaître, manifester la moindre émotion, lui eût valu une mort certaine.

" Il s'installa, pendant dix sept jours, sous le toit d'un paysan très pauvre, du nom de Samuel, à Glen-Possen, tandis que la fille de la maison était de garde au sentier de la montagne qui menait à Glen-Possen. Revenir à Edimbourg, tel était son rêve, si c'était réalisable ; puis, s'évader et se cacher en Angleterre ; enfin traverser la Manche : il avait cent chances contre une de ne pas réussir dans ce projet désespéré.

" Des soldats à tous les points : les issues soigneusement gardées, fortes pénalités et punitions exemplaires contre les bateliers qui oseraient transporter un rebelle à la rive opposée de la Tay ou du Forth ; ses instances engagèrent deux jeunes demoiselles à le conduire à la rame, de l'autre côté de la Tay : mais il éprouva toutes les peines imaginables, après un voyage fatiguant à l'extrême dans le Fifeshire, à pénétrer dans Edimbourg en traversant le Forth.

'' Le récit de ses négociations et de ses désappointements à Dubbiesïdes, où des pêcheurs avaient d abord refusé de le traverser, mais où il réussit enfin à trouver un jeune -gentilhomme aidé d'un pêcheur ivre, qui lui rendit ce service— ressemble fort aux dramatiques aventures de Waverley. A Leith, une cachette sûre l'attendait, grâce à l'amitié de sa vieille nourrice ; à Drumsleagh, Lady Jane Douglas lui rendit un semblable office. Puis, il se dirigea vers la frontière anglaise, déguisé comme un colporteur écossais, avec un pony pour monture.

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" Chemin faisant, il fit rencontre d'une espèce de Cartouche, un voleur de grand chemin ; plus tard, d'un personnage mystérieux qui le suivit dans l'auberge à Stamford, s'installa à la même table et après un copieux repas, le questionna sur les insurgés en Ecosse. Il parvint à éluder cet importun atroce, en lui cédant, a moitié prix, quelques mouchoirs indiens de sa pacotille. Arrivé à Londres, où ses amis le tinrent longtemps caché, il eut une aventure fort intéressante pour lui où l'amour joua son rôle. Pendant cette captivité, plus d'une fois il put voir passer, de ses fenêtres, quelques-uns de ses infortunés compatriotes, que l'on menait à la boucherie à Tower Hill. Un jour', son hôte le convia, comme passe-temps, à l'accompagner à Tower Hill, pour y voir exécuter deux rebelles : les Lords Kilmarnock et Balmerino.

" En fin de compte, il mit le pied en Hollande,— déguisé comme l'un des serviteurs de son amie Lady Jane Douglas ; — il accepta une commission d'enseigne dans l'armée française, vint à l.ouisbourg, en Amérique, (ût la campagne de Québec et de Montréal, 1759-1760), et revint en France où l'attendaient l'indigence et la vieillesse. Tel vécut, tel expira, un des Jacobites de 1745. Combien d'autres, et de plus infortunés encore, dont l'histoire ne fait aucune mention. "

Howitt ne donne pas l'année de son décès ; en référant au magnifique travail fi) de ]\L Francisque Michel, sur le rôle joué et la carrière fournie en France, depuis 1420, par les braves et aventureux fils de la Galédonie, on voit que le chevalier ne fut pas le seul qui vint en Amérique servir sous le drapeau blanc après la terrible défaite à CuUoden ; il y eut encore le chevalier Tryon, le brave McEachren qui prirent du service dans l'armée Française, pour échapper à Tower Hill. Johnstone fit voile pour Louisbourg vers 1748, et prit une part active à la défensQ de cette place forte.

(1] "Les Ecossais eu France," Tome II.

A IVIONSIEUR

LEON DK ROSNY

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