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LE BARON MASERES

On a pu effectuer depuis la confédération ce qui était impossible ou presqu'impossible, avant 1S67 : avoir accès aux archives publiques de la Métropole, puiser largement le précieux minerai dans ces mines littéraires si riches que renferment le Britisli Muscinn, le War office, la Tour de Londres et les divers ministères.

L'on sait que les autorités métropolitaines, pour des raisons qu'il serait trop long d'énumérer ici, avaient apposé les scellés de l'Etat à une foule de documents, indispensables comme matériaux pour l'histoire, mis à notre disposition depuis que le Canada s'est développé en une vaste et puissante Confédération. Plusieurs éminents légistes anglais, sans visiter le pays, l'avocat- Géneral Sir James Marriott, les Procureurs et Solliciteurs Généraux, "\'orke, de Grey, Thuriow, Wedder burne, au moyen à.ç.^ rapports officiels. Réquisitoires et Mémoires qu'ils ont été appelés à présenter au roi George III, sur les affaires coloniales, se trouvent identifiés avec cette époque, ou font partie de son histoire. D'autres, comme le juge Mabane, et le baron Masères ont joui de l'avantage de se renseigner sur les lieux même-s, par suite de leur séjour et de leur position officielle parmi nous. Ils sont devenus par la nature des choses témoins oculaires de nos luttes ; ils ont pu étudier, voir de leurs yeux les phases émouvantes de cette ère de transition. Un antiquaire distingué, M. l'abbé Bois, a fait la biographie du premier, le consciencieux juge Mabane, mort, près de cette ville, à Woodfield, en 1792 ; je vais tâcher d'esquisser rapidemctjt la carrière du second, le baron Masères, de 1766-69 Procureur-Général du Roi d'Angleterre en Canada, et pendant plusieurs années résidant à Québec.

Le 19 mai 1824, l'Angleterre prenait le deuil pour la perte d'un de ses plus éminents enfants, Francis Masères, Baron de l'Echiquier, légiste, mathématicien, linguiste, historien, publiciste ; la voix populaire le nommait le "Vétérans

de la science", la littérature le proclamait la Mécène des hommes de lettres de la Grande-Bretagne.

Cette année là, la mort avait mis un terme à ses travaux littéraires, si vastes, si variés : Masères, chrétien fervent avait dit adieu au monde, à ses pompes, à ses vanités, à l'âge avancé de 93 ans, retiré à sa belle villa de Reigate, dans le comté de Surrey ; l'amitié inscrivait pour devise sur le marbre de sa tombe : " Quando ullian invcniaui parcm'\ Quand verra-t-on son pareil ?

Si Francis Masères, en dépit de son nom, fut par ses goûts, ses aspirations, ses convictions, sa loyauté, un vrai fils d'Albion — un anglais type, l'on pourrait dire ; — il n'oublia jamais, et il en donna d'abondantes preuves, que pour ses pères, il fut une autre patrie que l'Angleterre et que la vieille France pour 'aquelle ils avaient été prêts à prodiguer leur sang; possédait le dépôt sacré de leurs cendres.

Un écrivain Anglais a drt " Qu'il faut trois générations pour faire " un English gentleman, " un vrai gentilhomme." Trois générations avaient suffi pour faire de Masères un véritable Anglais.

Francis Masères naquit à Londres, le 1 5 décembre 1731. Son père y pratiquait la médecine, dans Broad-street, Soho. Son aïeul, né en France, professait la religion dans laquelle étaient nés Henri IV, Catherine de Rohan, Condé, Coligny.

Trois de ses frères servaient comme officiers dans l'armée française.

La révocation de l'Edit de Nantes, en 16S5, pour la famille Masères, comime pour nombres d'autres familles distinguées, fut le signal du départ. Préférant l'exil au sacrifice de ses convictions religieuses, M. Masères, l'aïeul du Baron, fit voile pour l'Angleterre.

Le roi Guillaume III, discernant son mérite, lui donna, du service militaire en Irlande et plus tard en Portugal, d'où il revint avec le grade de colonel.

Son fils, devenu médecin, ayant plus tard quitté Broad-

lO LE BAROX MASERES

Street, acquit une demeure dans RatJibone Place : cette résidence passa à son petit-fils John, le frère de Francis ; plus tard, elle échut au Baron lui-même qui y passa bien des moments agréables sans toutefois l'occuper permanemment.

Francis Masères gradua à l'Université de Cambridge, en 1752-1755. Le jeune maître-ès-arts " montrade bonne heure de rares aptitudes pour les sciences et les lettres. Il les cultivait avec un entrain extraordinaire et avec un succès marqué, sans beaucoup se soucier d'amasser de grands biens ; cependant cette déesse capricieuse, que l'on nomme la Fortune, fut loin de lui être ingrate.

Pendant son séjour à Cambridge, il publia une étude sous le titre " A Dissertation on the négative sign in Algehra, containing a démonstration of the rnle concerningit : le but de cet écrit était d'applanir la voie aux élèves qui abordent pour la première fois cette science.

M. Masères quitta l'Université pour se livrer à l'étude du droit. Admis au barreau, il suivit les cours de circuit, sans toutefois s'y distinguer : et cependant plus tard, sa connaissance de la jurisprudence anglaise, comme science, était telle que les membres des deux chambres tenaient à honneur de le consulter. Puis vint sa mission au Canada, comme Procureur-Général. En 1765, la promulgation de l'acte des Timbres avait mis en feu toute la Nouvelle-Angleterre \ pendant la période qui s'écoula depuis cette date jusqu'à son retour en Angleterre, en 1773, le savant jurisconsulte rendit des services signalés à la couronne : le roi le nomma Cnrsitor Baron of the Exchequer, charge qu'il remplit jusqu'à sa mort. Après avoir cessé d'être Procureur- Général, il occupa comme procureur ou agent pour la minorité protestante de Québec, auprès de la Métropole, et revendiqua ses droits civils et religieux. Il fut un des premiers de ce groupe d'hommes instruits : Etienne Charest, Adam Lymburner, L. J. Papineau, D. B. Viger, John Neilson, James Stuart, Arthur Roebuck, auxquels la minorité

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