‹ Monographies et esquissesChapitre 56 sur 107 · CLERMONT · texte numérisé non relu

CLERMONT

furent de tout temps également bien représentées, à SiUery. Il y a de cela deux siècles et plus, le procureur-général Ruette d'Auteuil, personnage considérable dans la colonie, y venait passer la belle saison : il en est parmi les vivants qui se rappellent aussi quand le Procureur- Général, Charles Richard Ogden, l'assistant-juge Andrew, W- Cochrane, M. le juge J. K. Ramsay, R. S. M. Bouchette et autres hommes de robe, résidaient aux environs.

Je ne sais si tous ceux qui vont admirer à Clermont les verts bocages, les avenues ombreuses qui serpentent sous de grands arbres, les parterres si artistement alignés, les haies touffues, barrières contre le vent du Nord, les vistas ou points-de-vue taillés dans la. forêt primitive ; je ne sais, dis-je, s'ils connaissent tous le nom de l'habile jardinierpaysagiste qui a présidé au plan et à la création de ces gracieuses choses : eh bien / le jardinier paysagiste de Clermont, ce fut l'excellente châtelaine.

Clermont était bien l'œuvre de madame Caron, œuvre qu'elle avait inventée ou créée sans doute, pour retremper le courage, les forces d'un époux chéri après d'orageuses luttes parlementaires ou de longues heures de bureau, à son étude dans la rue St-Louis. Oui sait si madame Caron n'avait pas lu et médité sur ce charmant passage de IMoreh dans sa Théorie des Jardins :

•'La campagne, des utiles présents que la nature nous prodigue, théâtre de sa magnificence et de sa libéralité, la campagne est pour cekii qui l'habite, i'asiie du bonhei r et des jouissances ; la vie s'y coule sans inquiétude et i,ans remords dans des occupations agréables et fructueuses ; l'âme y est saine et le cœur en paix. Son séjour calme la violence des passions destructives et malfaisantes, et entretient, par une douce fermentation, la bienveillance pour ses semblables et tous les sentiments honnêtes. L'homme débile y recouvre ses forces; le malade, sa santé. Elle procure le plus salutaire délassement au citadin laborieux qui vient s'y distraire des travaux 3e la ville,

elle fait les délices de la vieillesse et l'espoir des jeunes gens. Le philosophe l'aime la contemple et s'en occupe ;

le sage en connaît la prix et en jouit ; les poëtes la chantent, les peintres l'imitent ; son attrait se fait sentir à tous les cœurs ; il est indépendant des caprices, de la mode et de la variation des opinions. En un mot la campagne a eu et aura des partisans, et la nature des admirateurs dans tous les siècles. Plus les mœurs seront simples et pures, moins le goût sera corrompu, plus les biens et les plaisirs qu'elle procure seront recherchés."

Clermont, après avoir été habité par M. Thos. Beckett, vient de passer aux mains du col. Ferdinand TurnbuU, inspecteur de nos écoles de cavalerie, qui arrive en ce moment de la campagne du Nord-Ouest.

THE HIGHLÀNDS : Sillery.

Pour le quart d'heure, arrière l'histoiie, — les antiquailles,, la poésie même avec tout son parfum enivrant ! Vive la chasse ! Vive le sport !

Retraçons, pour l'instruction et l'édification d'une postérité reculée, une page palpitante de vénerie, identifiée avec une de nos radieuses villas : The HIGHLANDS, — sur les hauteurs de Sillery, à quatre milles de Québec,

Allons par une tiède après-midi d'automne, mais avant la chute des feuilles, chevaucher sur cette ombreuse route du Cap Rouge, là où le père Le Jeune, dit Casgrain, (i) enseignait la grammaire algonquine aux "Filles-Blanches" de la Duchesse d'Aiguillon, les Hospitalières ; où, en 1641 le vieux seigneur Puyseau a dû plus d'une fois conduire ses hôtes, M. de Maisonneuve, Mlle Jeanne Mance et consorts ; là où caracolaient, en 1664, le fastueux Marquis de Tracy et son éclatant état-major ; plus d'un siècle et demi plus tard, en 1838, le non moins fastueux comte de Durham et les gardes de la Reine Victoria ; où notre am.i Marmette nous présente, avec tant d'entrain, l'héroïne de son roman, Berthe de Rochebrune, galopant en croupe, soutenue par le bras vigoureux de son amant Raoul de Beaulac, un des braves officiers canadiens de La Roche- Beaucourt, qui patrouillait sur ces hauteurs, en 1759.

Si vous avez quelque vénération pour ce giand saint qui, veille sur les jours des chasseurs. Saint Hubert, inclinezvous en passant devant cette somptueuse loge, au nord du chemin, d'un sportsnian distingué, connue sous le nom The HigJilands : car c'est là qu'origina en i ^jy, grâce au propriétaire d'alors, M. Charles V. Temple, petit-fils du juge en chef Sewell, le premier, le seul club de chasse à courre

(1) Histoire de VHôtel-Dicu page 82.

ESQUlSSKH 209,

que l'on ait encore vu en ces parages : le STADaCONA FoX HUNT. Là, fut hébergée à grands frais, pendant plusieurs année.--, la bruyante meute du ciub.

L'idée de M. Temple était sans doute excellente, bien^ qu'elle entrainât des dépenses assez considérables.

Il se mit en tête de doter sa ville natale d'une de ces associations de chasseurs qui font les délices du sport, en France, et surtout en Angleterre.

Il y avait à Québec, de bons chevaux, d'intrépides cavaliers, comme il en faut pour le steeple-chase, pour suivre à travers la campagne, franchissant d'un bond ; haies, clôtures, ruisseaux, — la meute sur la piste du renard, au risque> sur un faux pas de sa monture, de se rompre les os. Il y en avait à Québec, comme il en est à Montréal, à Toronto, des veneurs dont les exploits feraient honneur aux vieux pays. Pourquoi donc Québec comme Montréal et Toronto n'aurait-il pas son Fox Hunt, son club de chasse ?

Le sport, en 1877 était bien vu en haut lieu. Notre sympatique vice-roi, Lord Duffer4n, y portait un vif intérêt. M. Temple organisa un chenil à sa vîUa, avec douze chiens d'abord. D'autres amateurs, le col. Turnbull, M. J. U. Laird, le Maire de Québec, Owen Murphy, i\I. C. Sharples M. A. C. Stuart lui vinrent en aide : chacun, de lui fournir d'autres bons spécimens de Fox Hoimds. Bref, le chenil fut bientôt au grand complet. Le comte de Dufiferin accepta la présidence du club naissant ; le commandant de notre garnison, le lieutenant-colonel T.-B. Strange, fut choisi comme vice-président ; M Temple comme " Grand Veneur " et secrétaire-trésorier ; le personnel des membres, petit d'abord, s'accrut rapidement.

En 1880, l'association se réorganisa sur une nouvelle base. Son Excellence, le Marquis de Lorne, en prit la présidence ; Son Honneur, le lieutenant-gouverneur Théodore Robitaille fut nommé vice-président ; le commandant de la batterie A, le colonel Irwin, fut choisi comme ''Masîer of tJie hoimds,'" M. Temple et le colonel Andrew C. Stuart,

2IO THE HIGHLAXDS

comme "Whips" : le major Jas. Patton et le Capt. Wilson comme "veneurs," avec un nombreux personnel de membres et d'amis, comme souscripteurs.

Oa y comptait entr'autres les lieutenant-colonels Turn- "buU, Forsyth, Colfer, le capitaine Sheppard, A. D. C, le capitaine A. Hunt, 8e R. R„ MM. W. Griffith, William de Léry, D. D. Young, W. Tozer W. E. Holmes, Thos. Stevenson, Jos. Laird, Thos. Beckett, Chs. Sharples, James Gibb, E. J. Haie honorable C. Harbord, A. D, C, du marquis de" Lorne, le juge de Police Chauveau, le juge-en-chef Andrew Stuart, Edmond Joly, David Morgan, le capitaine James Rhodes, George Thomson, R Tozer, William \\^est, William Breakey.

Les dames, — celles qui s'en sentaient le courage au moins, — étaient admises à suivre à cheval la meute ; les réunions, ou Jllcrt, avaient lieu d'ordinaire, le samedi, à midi, en automne. A part ces réunions hebdomadaires, le club organisa, sous le patronage de Son Excellence le marquis de Lorne et de S')n Honneur le lieutenant-gouverneur Robitaille, un siccplc-cJiasc annuel. En 1880, une solennelle réunion fut fixée pour le 27 octobre : (i) grande affluence d'habits rouges, ce jour-là.

Le lieutenant-gouverneur, comme vice-président, convia vers cette date les membres du club, ainsi que leurs invités, à un somptueux déjeuner à la fourchette, à Spencer- Wood.

Il y eut beaucoup d'entrain, à cette mémorable réunion de Nemrod et d'Amazones : la photographie fut chargée de reproduire le joyeux groupe ; ici, comme à Montréal et Toronto, les dames accoururent, bien montées, sur leurs robustes palefrois. On y voyait entre autres, madame Irwin, épouse du commandant de la garnison. Mme Davenport, célèbre écuyère de Lévis ; Mme Jephson, de Thornhill ; Mme Whitehead, épouse du col. Whitehead, de Montréal ; Mlle LeMoine, de Spencer-Grange ; Mlle

(1) L'habit rouge du sport , fort ('•datant, n'avait rien de commun par les souvenirs, avec les uniformes militaires anglais.

Aima Stuart, fille du juge-en-chef Andrew Stuart, et plusieurs autres dont les noms nous échappent.

Le Stadacona Hniit a eu bien des viecty à Lorette, à Ste- Foye, à Charlesbourg, à Lévis. Une malencontreuse aventure à ce dernier lieu, où l'agneau favori du curé de l'endroit fut, par erreur, occis par la meute, tandis que sieur renard gagna le bois brandissant, à sa suite, le trophé tant convoité, sa queue — mit tellement en verve la barde de l'association, le capt. Peters, qu'il intercala dans le compte-rendu de la réunion de ce jour le quatrain suivant :

"The priest lie hacl a little lamb, But it was very stupid Got killed by Stadacona hoand's Led on by captain Cuxiid."'

Le jovial capitaine "Cupid" (i) guide en ce moment les pas, ou mieux les avirons de nos voyageurs canadiens vers les cataractes du Nil.

Que Dieu lui soit en garde à lui et à eux ! Québec, ler Février 1885.

(1) Le Capitaine Wilson de la Batterie A.

BKAUVOIR, Sillery

Voici les lieux chers à ma rêverie ; Voici les prés, dont j'ai chanté les fleurs.

Ç?. nie semble un nom de fantaisie inspiré au premier propriétaire, l'hon. John Stewart, par la beauté du paysage aussi bien que par l'essaim d'intéressants souvenirs qui y bourdonnent. M. Stewart légua cette propriété à son gendre, fcu M. Kenry LeMesurier ; sa veuve la céda avec les vastes estacades, etc., sur le fleuve,àM. Richard R. Dobell, le propriétaire actuel.

Que d'incidents pour l'historien dans toute cette côte St-Michel, patrouillée chaque jour, pendant l'été de 1759, par la cavalerie du capitaine LaRochebeaucourt, et où l'amoureux capitaine rencontra son amie Mlle de Rochebrune.

Dans cette vaste anse, au bas de la côte si gracieusement arrondie, combien de héroïnes chrétiennes, parmi ces blanches Hospitalières de la duchesse d'Aiguillon, ont foulé les sentiers ombragés de la vieille mission de Siliery, dociles à la -voix et aux enseignements du bon père Ennemond Massé, qui y dort du suprême sommeil sous les voûter de sa petite église, depuis le 12 mai 1640! Je me rappelle avec plaisir la célébration du 29 Juin 1870: une foule recueillie s'était réunie en ce lieu pour faire la dédicace du joli monument élevé en l'honneur du dévoué missionnaire, Ennemond Massé, aussi bien que du fondateur de la mission, en 1637, le commandeur de Siliery : M. Dobell, appelé à prendre la parole, à propos du monument auquel lui et son associé, M. Beckett, avaient si généreu-sement contribué, s'exprima comme suit :

Messieurs,

L'un des noms gravés sur le marbre de ce monument rappelle une carrière pleine d'intérêt. A l'époque où celui

-qui le portait entra dans la vie, la France occupait le centre de la gloire chevaleresque. Peu d'années auparavant, elle avait vu sur son territoire, quatre des plus puissants souverains de l'Europe se donner la main sur le fomeux " Champ du Drap d'or. "

Parmi le groupe de jeunes nobles qui se réunissait à la Cour, nul n'avait un avenir plus brillant que le jeune Noël Brulart de Sillery. Il naquit en l'année 1577, le jour de Noël et à cause de cette coïncidence,, reçut au baptême le nom de Noël. Son père appartenait à une famille respectable de Savoie. On le destina de bonne heure à l'ordre des chevaliers de Malte. II fut envoyé dans cette île à l'âge de 18 ans pour y compléter son éducation. Là, il gagna en peu de temps la confiance du grand maître, qui, dit-on, remarqua en lui des talents hors ligne et le nomma son page. De retour à Paris, après douze ans d absence, il fut admis à la Cour, devint bientôt le favori de Marie de Médicis qui lui conféra le titre de chevalier. Nommé plus tard ambassadeur aux cours d'Espagne et de Rome, il semblait devoir atteindre successivement le sommet des grandeurs humaines. Tout ce qui pouvait enflammer l'ambition d'un jeune soldat, brillait devant ses yeux. Il avait la renommée des armes, la réputation d'un diplomate habile et la faveur de la première cour d'Europe.

Ce fut au plus beau milieu de cette carrière de prospérité, pendant qu'il se rendait à Rome comme ambassadeur, qu'il se décida à jeter de côté tous les honneurs qu'il regardait comme de vains jouets et qui étaient incapables de satisfaire une âme inquiète. Il abandonna tout pour se dévouer complètement au service de Dieu. Il entra dans l'état ecclésiastique où son zèle l'entraîna à consacrer ses immenses revenus aux intérêts de sa religion — et, particulièrement, aux missions étrangères. Il fit de nombreuses donations, et pourvut à l'établissement d'une résidence de sauvages chrétiens. Ce fut sur le terrain où nous sommes réunis, à l'endroit même où ce monument est élevé, que les premiers fruits de ses nobles offrandes furent répandus.'

{Journal de Québec, 30 Juin 1870 )

Inutile de vous répéter tout ce que les journaux ou la commune renomnée vous diront du charme incomparable de Beauvoir, de ces serres à raisin, de ses étangs, de ses fleurs et Je la généreuse hospitalité du maître de céans, M. bobell.

Bien que vos goûts soient ceux d'un antiquaire, que vous rafolliez d'Elzcvirs et à'' Incunables, je dois vous signaler en passant un point où Beauvoir laisse dans Vombrc toutes les villas voisines : la merveilleuse verdure, le velouté de

Page 1