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LE BARON MASERES

fortune, à la publication de recherches scientifiques faites par d'autres, et plus d'un écrivain désireux de favoriser la science de ses conquêtes, sans en avoir les moyens, s'adressa au Mécène Anglais, rarement en vain. Ainsi, en 1S02, il fournit à M. John Hellins les fonds pour éditer une œuvre que lui, Masères, admirait fort: la traduction du savant traité composé par Donna Agnesi, sous le titre IiistiUttloui Aiialy fiche.

L'argent, h ses yeux, n'était qu'un moyen de faire une 'bonne œuvre. Il porta en une occasion le désintéressement au point de prêter pour vingt ans et sans intérêt, à un écrivain pauvre, une somme de six mille piastres, pour publier ses écrits, et cependant, à sa mort, il laissa plus de fortune qu'on avait droit de le supposer, vu sa libéralité proverbiale.

Pendant son séjour, à Québec, il put étudier de près les besoins de la colonie, apprécier la mal-administration ou le vice du système judiciaire bâtard qui y existait, se renseigner sur le malaise général des anciens et des nouveaux sujets, leurs tiraillements mutuels, les réformes à faire dans la jurisprudence ancienne et nouvelle. Bien que ferme soutien du trône, il n'hésita pas à se prononcer contre la prétention du Roi.sur un point d'une importance vitale aux Canadiens. Masères, devenu Procureur-Général de la Province de Québec, dit Bibaud-jeune, " nia au Roi le pouvoir qu'il s'était arrogé de législater pour le Canada," indépendamment de son Parlement ; " les lois françaises avaient été selon lui, les lois de la colonie,de 1764 a 1774 ; l'avocat Général Marriott maintenait le contraire.

Ardent ami des libertés populaires, il avait auprès du roi le tort d'être Whîg ; ennemi de l'arbitraire et de l'intolérance religieuse, il se montra constamment favorable au maintien de l'ordre et de l'autorité publique. L'étude des classiques Grecs et Latins fit ses délices, en tout temps. Ses auteurs favoris parmi les anciens étaient Homère, Lucain, Horace : il les lisait, les relisait ; il les

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savait par cœur, disait-on. Milton, parmi les modernes, lui était cher. Il affectionnait fort et parlait avec pureté la langue de ses pères, le français, mais le bon vieux français, siècle Louis XIV, l'idiome de Racine, de Corneille de Sévigné. Il riait de bon cœur de ce qu'il nommait l'argot parisien et badinait ceux des émigrés français •qui fréquentaient ses salons, sur leur famélique accent moderne, tout en les comblant de bons procédés ; sa bourse et sa table étaient à leur disposition ; on y voyait, disent les Mémoires du temps, des Archevêques, des Evêques et autres membres éminents du clergé échappés à la guillotine de Robespierre, On )■ remarquait surtout un membre du Parlement de Paris, banni de France, lequel trouva pour lui et sa famille une affectueuse hospitalité à la villa de Masères, à Reigate.

Si le baron jMasères abhorrait les niveleurs de- 93 et les doctrines subversives de Voltair e, 1 sut néanmoins apprécier les bons écrits de l'auteur de Zaïre, etc. Sans morgue, d'une intégrité inflexible, doué d'un heureux tempéramment,d'une humeur enjouée et égale, hospitalier à l'extrême, il n'avait pas de plus grande jouissance que de s'entourer dans sa charmante résidence de campagne, de quelques amis lettrés comme lui, surtout de mathématiciens. Le dogmatisme tranchant,parfois brutal du célèbre Dr Samuel Johnson lui agaçait les nerfs : une fois il rencontra le vieil ours chez son libraire. Le bénédictin de Londres se mit comme à l'ordinaire à fronder les auteurs contemporains, entr'autres Hume et Voltaire : c'en fut assez. Il déclara qu'il ne désirait jamais rencontrer JohnsoD.

On cite parmi ses amusements le jeu d'échecs. Il savait perdre la partie avec tant de bonhomie qu'un de ses amis disait de Masères, qu'il était le seul joueur de ses connaissances sur la figure duquel on ne pouvait lire une victoire ou une défaite.

Esprit pratique, il préférait à la méthode de démonstration philosophique de Newton, celle de Huyghens et de

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Galilée, comme étant plus claire et, partant, plus à la portée de la jeunesse.

Les mémoires du temps revêlent le " Vétéran de 'a science", dans l'intimité du foyer, sous un aspect affectueux et qui rappelle la piété et la simplicité révérentieuse de l'illustre Newton, lequel par respect pour l'Etre suprême qu'il nommait '"le gentilhomme d'en haut, " ne prononçait jamais son nom sans se découvrir.

Il pratiqua jusqu'à sa dernière heure le train de vie digne et rangé, l'exquise politesse, la mise simple mais soignée des hommes de robe des anciens jours, portant le tricorne, la grosse perruque poudrée, le blanc jabot, etc.

A qui aime à repeupler le vieux Québec de ceux qui en parcouraient j^idis les rues en chair et en os, l'imagination ne peut manquer de rappeler parmi les scènes de cette ère voisine du grand siège, lorsque 527 édifices publics et privés démolis par les bombes de Wolfe et de Saunders, avaient surgi de leurs cendres, la douce figure du courtois fonctionnaire se dirigeant par la place d'Armes vers le Château, ou par la côte du Palais vers rintendance,en quête des documents confiés à l'archiviste]. A. Panet : brefs de cornmissions.octrois du domaine public, patentes de noblesse française, pour le guider dans son important travail(i) ; ou bien, causant avec le juriste Cugnet, au coin d'une rue, sur la coutume de Paris ; ou bien assistant aux séances du Conseil Supérieur présidé par le Lrouverneur de la colonie ; ou bien encore, qui sait, à l'instar de nos laborieux hommes de robe d'aujourd'hui, se procurant l'exercice ou l'agrément de la promenade quotidienne, obligée, sur la Grande Alice ou chemin St-Louis.

(1) '"An account ot' the noblesse or (îentiy in Canada. "*

William Smith, Historien 1769- 1847.

William Smith, le second nls du juge William Smith de Québec, naquit à New-York, le 7 février 1769, la même année que Napoléon. Il fut envoyé à Londres, où il acquit son instruction à " Kensington Grammar School '" ; le 23 octobre 1786, il débarquait à Québec avec son père, fameux loyaliste — qui avait été nommé juge en chef du Bas-Canada, 'e ler septembre 1785.

Afin de faire connaître l'entourage et le milieu social où s'écoula la jeunesse du futur historien, il n'est pas hors de propos d'esquisser ici rapidement la carrière et les antécédents de son savant père.

L'honorable juge en chef Smith naquit à New-York, le 18 juin 1728. Il suivit un cours classique au collège Yale, dans le Connecticut, où il passa plusieurs années ; il s'y distingua surtout par ses profondes connaissances du Grec et même de l'Hébreux, ainsi que par ses aptitudes pour les mathématiques. Nommé d'abord membre du conseil de Sa Majesté, le roi de la Grande-Bretagne, il fut fait plus tard juge du Banc du Roi pour la province de la Nouvelle York ; finalement, il atteignit la haute dignité de juge en chef de la Nouvelle York, le 24 avril 1780. Lorsque la révolte des colonies éclata, il se distingua par sa fidélité au Roi ; plus tard, il sacrifiait courageusement son avenir et quittait New-York dans le même vaisseau qui portait le;» troupes de Sa Majesté, ainsi que notre gouverneur aimé, Sir Guy Carleton. M. Smith débarquait à Plymouth, le 16 janvier 1784. Pour récompenser sa loyauté, ses services à la couronne, et vu sa grande science légale et ses éminentes qualités personnelles, George III le nomma

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juge en chef du BaS-Canada. Il accompagna son ami Lord Dorchester au Canada, dans la frégate " Thistle. Tout 'Jeux débarquaient, le 23 octobre i786, sous le Cap-aux-Diamant-i : l'un pour s'installer avec pompe au Château St-Louis, l'autre en quête d'une résidence convenable pour un juge en chef, venu des vieux pays. A en juger d'après le contenu d'une longue et curieuse lettre qu'il adressait cette automne là à sa femme, Janet Livingston, à Xew-York, il était assez difficile de se procurer ici parmi les maisons à louer — un logement convenable à son rang et au train de vie qu'il était accoutumé de mener.

Nous ne pouvons nous refu-er le plaisir de citer un passage ou deux de cette letcre (reproduite in extenso à la page 388 de Pictnresquc Québec,) laquelle tout en jetant du jour sur les goûts littéraires du jeune historien, lève le voile qui enveloppe les allures sociales du monde fashiouable de la vieille capitale au temps où florissait le juge-enchef Smith.

" Québec, 10 décembre, 1786

Ma chère Janet,

" Je n'ai pu encore, dit-il, trouver un logem.ent convenable pour louer.

"Il' nous faudrait un salon — une cha-n'ore à dîner — une pièce pour ma bibliothèque — une chambre cà coucher pour nous — une pour nos filles — une chambre à coucher pour Haie et William — une autre pour votre bonne (housekeeper j et une autre pour votre coiffeuse. Moore et un autre serviteur occuperaient la huitième pièce. Je doute si parmi les maisons à louer, à Québec, il s'en trouve une comme cela ; sans parler du logement qu'il nous faudrait pour nos serviteurs secondaires — lesquels, je pense, devraient être, de préférence, des nègres que nous ferions venir de New-York ; ils nous causeraient moins d'embarras. Je donne à mon serviteur Thomas 24 guinées, et cela réuni au salaire de trois serviteurs que vous ferez venir d'An-

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