VILLA MASTAI
léans, ses massifs de verdure, ses gracieux coteaux ; au nord, le sombre rideau des Laurentides.
La rivière des Taupières est un petit cours d'eau historique : nouveau Scammandre, il évoque de martials souvenirs. En 1690 — en 1759 — en 1775 — 6, on eut pu voir embusqués sur ses bords, les mousquetaires du seigneur Juchereau, les fantassins de Montcalm, ou les ardentes milices de Guy Carleton, prêts à repousser les envahisseurs du sol. En 18 14, la rivières des Taupières à l'ouest et le ruisseau de l'Ours, à l'est définissaient la limite de ]a. parole accordée aux prisonniers de guerre américains.
A la partie est du site, un lopin d'environ soixante arpents, on voyait sur la berge de cette rivière la longue maison blanche de feu le juge DeBonne, jadis propriétaire du sol.
Revenons au fondateur de Glenalla.
M. Douglas, s'était épris des découvertes modernes de la science,surtout de ce que les voyageurs avaient exhumé dans l'ancien royaume des Pharaon. Pour étudier sur les lieux mêmes, les papyrus, les inscriptions, les monuments, les momies des braves gens qui florissaient au temps de Cheops et de Nechao. il fit voile pour l'Orient, avec son fils, plus tard professeur de chimie au collège Morrin et l'un des zélés TJré^idents de la Société Littéraire et Historique^ et passa près de deux années draiisces contrées lointaines.
Il en revint avec tout un chargeaient de navire de reliques : antiquités Etrusques, Grecques, Romaines, momies, statue^ ; entres autre celle de V Esclave grec, de Y Aveitgle do. Pompéi, etc., tableaux, peinture des grands maîtres. Il déposa sa riche collection de momies Egyptiennes dans son musée archéologique. — Une savante horticulture également régnait à Glenalla. Un mode d'ornementation qui distinguait cette villa, ce lut ses pittoresques ponts en fil-defer suspendus au-dessus des pièces d'eau et des méandres de la rivière des Taupières : c'était beau à contempler, mais les oscillations du pont suspendu vous donnaient le
vertige ; les momies, les momies brunes et racornies de l'Egypte : voilà ce qui surtout alléchait les archéologues à dix lieues à la ronde.
Aux anniversaires marquants, M. Douglas, entouré de quelques savants, comme lui, avides scrutateurs des secrets du passé, se faisait fête de dérouler de ses bandelettes une de ses momies.
Dégager ses vieux Egyptiens des vêtements qui les emmaillottaient en entier, excepté la figure ; étudier les petites pièces d'or ou les pierreries ensevelies avec les propriétaires ; recueillir les pendants d'oreilles ou les bracelets de ces antiques dames ; leur assigner un état, une position sociale au temps de Sesostris : toutes jouissances exquises pour l'excentrique archéologue de la Canardière.
Il se passa un incident assez plaisant à l'un des congrès scientifiques du vieil Esculape.
Il avait convié quelques gros bonnets de la science de Québec, pour assister au déroulage d'une momie qu'il avait prononcée être une princesse ou du moins une femme de •qualité, ayant découvert dans sa cassette, des fragments de bijouterie en or.
" Qui scait, avait ajouté l'ingénieux archéologue si ce ne fut pas une autre Cléopatre, au temps de Cheops ? Grande était l'attente, grande, la curiosité des vieux savants : mais, bientôt, un éclat de rire homérique ébranla jusqu'au toit du musée: la princesse se trouva être un Egyptien
M. Douglas ayant vu engloutir son ample fortune dans des exploitations minières, se vit forcé de dire adieu à Glenalla, en 1876 •. se retira à Philadelphie, avec ceux de ses trésors archéologiques qu'il prisait d'avantage. Quelques uns de ses Egyptiens furent acquis par l'Université Laval, pour soq Musée, où ils attirent encore bien des regards.
En 1877 le Dr J. E. J. Landry, propriétaire de \ Asile des Aliènes, acheta la Villa, et en changea le nom en celui de Villa Mastaï — nom de la famille du souverain Pontife,