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HALDIMAND HOUSE

Voici pour Haldimand House un maître nouveau, d'une illustre lignée celui-là. Il en fera ses délices chique été, de 1791 à 1794

Jeudi, le 11 août 1791, grande commotion chez cet important élément de notre population, le monde officiel, aussi bien que dans les rangs àtsfashio7iables. Deux vaisseaux de guerre anglais, V Ulysses et la Résolution jetaient, l'ancre sous nos battions, ayant à leur bord, après une traversée de sept semaines de Gibraltar, le 7e régiment de Fantassins, Royal Fusilccrs, commandé par le quatrième fils du roi de la Grande Bretagne, Edward, Duc de Kent, le futur père de notre reine.

C'était un athlétique gaillard de vingt-cinq ans, plein de santé et de bravoure. L'aménité de son caractère, ses manières courtoises, sa verte jeunesse le rendirent bientôt le iontoii du beau sexe de tous les degrés. A l'exception de son frère, le Duc de Clarence, plus tard Guillaume IV et qui ne fit que passer en 1787, jamais Québec n'avait été honoré de la présence d'un prince du sang. Milord Dorchester, qui devait sous peu faire voile pour l'Angleterie, se hâta d'annoncer un grand lever officiel au château Saint-Louis, pour souhaiter la bienvenue au fils de son roi.

Serait-il possible de restaurer le monde officiel, les noms des hauts dignitaires, des membres de la noblesse qui à ce mémorable lever du 12 août 1 791— firent acte de présence, à l'invitation d'un gouv^erneur aussi chéri que l'était Milord Dorchester ? Essayons.

Voici, à la droite de Son Excellence, le Lt. Gouverneur, le général Alured Clarke, auquel il doit sous peu remettre les rênes de l'administration pendant son absence : puis des juges, des Conseillers Législatifs en robe, en jabot, avec queue, ample perruque, poudrés à blanc par le perruquier fashionable M. Jean Laforme ; d'abord le savant juge en chef l'hon. William Smith; le juge Mabane, grave et préoccupé comme à l'ordinaire ; le Secrétaire Provincial, PownaU ; les hon. MM. Finlay, Dunn Harrison, Collins,

Caldwell, MM. Lymburner, Haie ; puis, des noms connus à l'armée, dans la robe, au forum ; quelques-uns inscrits en grosses lettres, sur des parchemins aux armes de la France : de Longueuil, Baby, de Bonne, Duchesnay, Dunières, Giieroult, de . Lotbinière, de St-Ours, Dambourgès, de Rocheblave, de Rouville, de Boucherville, Lecompte Dupré, de Bel'estre, de Tonnancourt, Panet, de Salaberry.

Je vous entends vous écrier: " Ces braves gens y étaientils tous à ce lever ?

Je ne le jurerai pas : comme loyaux sujets, autant qu'en leur qualité de grands dignitaires, ils devaient s'y trouver, s'il étaient à Québec ; tel le voulait l'usage.

L'après-midi il y eut, pour les dames, réception au château, m-iis avec moindre entrain. La renommée aux cent bouches répétait que la belle jeune femme que le Duc de Kent avait amenée avec lui de Gibraltar n'était pas Duchesse : Alphonsine Thérèse Bernadine Julie de Montgenet de Saint Laurent, Baronne de Fortisson ; — feu M. Fortisson paraît avoir été colonel dans l'armée française.

Une dame portant un nom illustre et que je nommerais si cela n'était pas indiscret, fit la moue : " elle n'irait pas au château de crainte d'être présentée à Mme de St-Laurent " laquelle pourtant ne fut pas présente à la réception.

La séduisante française vécut vingt-huit ans avec le Prince Edouard. Désabusée cTes grandeurs de ce monde, €lle s'arrachait, en 18 18, aux charmes d'une union morganatique pour redemander à la solitude du cloître l'oubli du passé

Le célèbre voyageur Isaac Weld nous peint en août 1796 la villa Haldimand, à peu près sous les mêmes traits que la Baronne de Riedessel le fît, en 1782.

La majeure partie de Haldimand House subsiste comme le Prince Edouard la laissa : on y voit encore son cabinet de travail, une couchette et une table en noyer qui lui appartinrent.

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