‹ Monographies et esquissesChapitre 79 sur 107 · HALDIMAND HOUSE · texte numérisé non relu

HALDIMAND HOUSE

M. Patterson, seigneur de Beauport et propriétaire des grands moulins et usines qui l'avoisinent, en fit l'acquisition vers 1815, et y vécut nombre d'années.

Son gendre M. George Benson Hall lui succéda ; Haldimand House, meublé avec luxe, entouré d'un parterre de fleurs, et de gazon est maintenant occupée par M. Patterson Hall, le fils aine de M. George Benson Hall, rancîen propriétaire.

MONTMORENCY COTTAGE, Beauport

A quelques acres en aval d'Haldimand House, au Sault Montmorency, et tout près du bord de la chute même, M. Peter Patterson, (natif de Whitby, Angleterre, établi à Québec, vers 1790, et possesseur des vastes scieries au bas), y érigeait, vers le commencement du siècle, un corps de logis pour le gérant de ses moulins.

M. George Benson Hall, son homme de confiance et plus tard son gendre, occupa nombre d'années cette loge,, avant son installation au manoir principal.

Agrandie et améliorée, la loge devint bientôt une pittoresque villa : elle se dresse si près de la mugisante cataracte, que le vent du nord-est porte le revolin des eaux jusque sur sa toiture, tandis que le glas-as perpétuel et assourdissant de i'eau tourbillonnante, assoupit les sens : il est difficile de s'y soustraire à l'influence des pavots de Morphée. Des escaliers, hauts et roides conduisent aux belvédères qui surplombent la chute.

En avant de la résidence et courant en une pente douce jusqu'aux bords escarpés du cap, il règne un gazon velouté, encadrant un délicieux jardinet, bien rempli de fleurs, avec bordure en pâquerettes roses. Le parterre vous plaira, j'en suis sûr : une mosaïque de giroflées, de pelargoniums, de balsamines, roses, veinées, panachées, blanches ; de flox écarlate, d'agérates bleu-claire, de lobélies blancs, bleu-foncé ; de dahlias pourpres, roux, souffre ; de lavende musquée, de pourpier multicolore, de salpiglossis variés.

Près de la piazze, une rangée de soleils éclatants, (l'héliante) hommage à Oscar Wilde, proclament la nouvelle école esthétique.

Même à la morte saison, la villa n'est pas sans fleurs.

sans parfums, grâce à un petit jardin dliivcr, chauffé à la vapeur, dont l'appareil est dans la demeure même.

Ce champêtre réduit, c'est la résidence de celle des filles de M. Hall, qui épousa M. Herbert M. Price.

En parlant de Haldimand House, j'ai dit que l'endroit abondait en traces et en souvenirs du grand siège : toute cette région de la côte de Beaupré a}'ant été pendant deux mois le théâtre de la lutte acharnée et des passes-d'armes journalières, entre les troupes françaises et anglaises.

Si jamais la fantaisie vous orend de vous renseigner minutieusement sur les incidents militaires qui se passèrent en ce local, vous ne sauriez trouver un cicérone plus versé, plus compétent que notre ami M. Herbert Price, zélé membre de la Société Littéraire et' Historique. M. Price a fait une étude toute spéciale des opérations de Wolfe et de Montcalm, pendant l'été de 1759. Il a réussi à collectionner une foule de relations du grand siège — des cartes et mémoires des officiers qui y ont pris part, — des gravures et tableaux des flottes anglaises à cette intéressante époque ; il est en voie de s'ériger un petit musée pour héberger tous ses trésors — ses antiquailles : vieux canons, anciens fusils, obus, boulets, sabres, bayonnettes rongées de rouille, éclats de bombes, calumets, dards de flèches indiennes, couteaux de poche, ces curieux couteaux à gaîne du siècle dernier. Tout récemment il faisait l'acquisition d'une antique pièce de 24 — où la rouille a gravé de profondes rides ; un des canons repêchés au Càp vÇr/^/t'' vis-à-vis l'Ile aux Grues au nord, par le capitaine Antonin Lavoie, de l'Ile en question — à l'endroit où YElep/iaiit, frégate française, sombrait, le ler septembre 1729. Ce vaisseau commandé par le Comte de Vaudreuil, portait entr'autres personnes marquantes : Monseigneur Dosquet, évêque de Samos, Tlntendant Hocquart ; tous y faillirent perdre la vie.

M. Price, au moyen des anciennes vues prises du tillac des frégates anglaises — par les capitaines Short et Smyth

■en 1759 — ^^ moyen des cartes et des relations du siège, ^t en feuilletant le journal si détaillé du capitaine John Knox, de l'officier du génie MacKellar, mais surtout par un examen minutieux du site des deux camps à Beauport et à l'Ange-Gardien pendant leurs opérations depuis le 9 juillet au 2 septembre 1759, vous fait comme toucher du doigt, chaque progrès, chaque reculade des deux généraux.

Les deux incidents les plus marquants de l'occupation militaire de cette région sont : l'embuscade meurtrière des sauvages sous de Langlade, au gué d'en haut, sur le Montmorency, le 25 juillet, et le combat si désastreux pour Wolfe, au gué d'en bas, sur le fleuve St- Laurent, le 3 1 juillet, 1759.

Un nom doit surnager à la suite des événements du 25 juillet de cette année là, un nom auquel l'histoire aura à rendre une justice tardive : celui du vaillant Charles de Langlade, le héros de Montmorency en 1759, comme il l'avait été de la bataille de Monongahéla, le 9 juillet 1755, à la défaite de Braddock.

Charles de Langlade, intrépide chef et ami des Peaux- Rouges, si renommé pour ses exploits dans \?i petite guerre, (i) semble avoir été un peu de l'école de Hertel de Rouville, avec la vigueur physique qui distingua Luc de la Corne St-Luc.

Né en 1729, à Michellimakinac, il terminait sa carrière aventureuse en 1800, après avoir échappé aux hasards de quatre-vingt-dix-neuf combats et escarmouches, dit son biographe Tassé. Comme la Corne, lorsque sa patrie subit ses nouveaux maîtres, il accepta loyalement la situation, et se montra un sujet fidèle et dévoué de George III.

(1) DeGère, l'un des compagnons de Langlade, affirme que personne ne savait montrer plus de sang-froid que lui sur un champ de bataille. Il semblait se complaire au milieu du cliquetis des armes et des cris des combattants. Il raconte qu'un jour des décharges trop rapides ayant échauffé son fusil au point de ne pouvoir s'en servir pendant quelques instants, il tira sa pipe de sa poche, la remplit de tabac, battit le briquât, puis l'alluma, paraissant aussi calme au milieu de la canonnade et du sifflement des balles, quo s'il eût été tranquillement assis au feu du bivouac.

{Les Canadiens de VOtiest, Tome I, Tassé.)

Le 17 août dernier, accompagné de M. Price, j'allai examiner les Sûàà's et le gué de la rivière Montmorency, à. deux milles plus haut que la chute, où il y a maintenant un moulin à scier le bois, appartenant au séminaire de Québec.

Après avoir lu et comparé les relations de Knox, de MacKellar, du journal de Jean Claude Panet, surtout celui du Chevalier Johnstone, il nous fut facile de suivre dans les bois, le sentier par où Wolfe avait lancé ses 2,000 soldats pour traverser le gué et prendre en flanc,. le camp français retranché sur les hauteurs de Beauport. Le Montmorency à cet endroit est large d'à peu près 150pas ; la rive ouest, au gué, garnie de retranchements en terre, dont on voit sensiblement les restes, domine la rive opposée d'une vingtaine de pieds ; de cette élévation et protégé par ses retranchements, il eût été facile à Lévis, de foudroyer le détachement anglais campé à ses pieds, sur la rive est, tandis que les Indiens de Langlade, perdus sous un épais rideau de la forêt, l'eussent pris en revers. Langlade était si convaincu du résultat de son hardi projet,, qu'il fît deux visites au camp de Lévis, à la chute, deux milles plus bas, redoublant d'instance,mais en vain pour obtenir de Lévis un ordre ou lettre écrite, autorisant M. de Repentigny à traverser le gué, à la tête de ses iioo canadiens, stationnés à ce lieu, pour donner main forte aux sauvages. Ils demeurèrent, comme dit une relation, embusqués, "ventre-à-terre" pendant cinq heures, dans les bois, inaperçus des anglais ; et perdant enfin patience et sans attendre d'autres secours, ils firent feu sur l'ennemi — lui tuant et blessant de cent à cent cinquante hommes — ne perdant que deux des leurs.

En examinant la configurarion du sol, les accidents du* terrain, la protection que la forêt environnante offrait aux: Peaux-Rouges, pour leur genre particulier d'attaque, on. est porté à croire qu'eussent-ils été appuyés des iioa Canadiens commandés par M. de Repentigny, le détache-

ment de Wolfe eût succombé jusqu'au dernier homme, sous les balles invisibles d'un ennemi insaisissable.

L'ingénieur en chef, le major Patrick McKellar, dans bon journal, dont une copie en manuscrit découverte parmi les M. S S du Sergent James Thompson, a été publiée à Québec, en 1872, par le Docteur Wm. Jas. Anderson, ex- Président de la Société Littéraire et Historiqice, raconte d'une manière toute différente les incidents de cette embuscade et fixe à 55 le nombre des tués et des blessés de l'armée anglaise. Selon McKellar, cette ambuscade aurait eu lieu le 26 juillet. Tassé mentionne le 25 juillet. (I)

(1) JrLT 26th. — About three o'clock this morning, the General and Brig-General Murraj-, \ïith the 35th Régiment, five Ccmpanies of Light-Infantry and one of the Rangers, aud two field-pieces, set ont froiu Montmorenci-Canip to reconnoitre two fords about five miles ahove the Falls. After we had proceeded about a mile and a half, the field pièces were sent back to Camp, the ground being too bad to get them on. About half-way between the camp and the ford the road passes through a remarkable ravine, which is about 3CiO yards long, very narrow, and the banks on each side above 20 feet high, and so steep as to admit of no outlet but where the road passes. Upon the Tnarch we -svere frequently challenged by the enemy from the opposite side of the river, for they observed ail our movements with great vigilance. Upon oiir coming to the uearest ford we fouud they had a breast-work of considérable extent upon the opposite Bank. On our side of the river there was an open space of ground ivith a house in the centre of it ; and on the left of this opening the road to the ford passes through woods. Dur Troops were now drawn up, to be in readiness in case of bemg attacked, the 35th across the road, and the Light-Iufantry upon the right along the Skirts of an opening, the whole so far in the woods as to be concealed. The ford and the Enemy's works and Position were then reconuoitred, and the company of Rangers with a French déserter was sent to reconnoitre the other Ford, v/hich is about a mile higher up. Between 8 and 9 o"clock there were about thirty Canadians and ludians seen goiug into the House, upon which thére was a platoon of the 35th ordered through the woods between them and the river, to attack them. Just as the platoon marched off it was flred upon, and the olficer wouuded by those very people, who had by this time got round them into the woods. But the platoon beingjoined by a company of Light-Infantry, they were soon beaten back across the River. There was then an Ambuscade laid, in case of a second attack, which was by posting a Company of Light-Infantry on an advauced eminence ncar the river in the woods, and below the opening, with orders, if attacked, to retreat back along the road, which would lead the eneray, if they psrsued, into the tire of the Battalion, and give a fair chance of cutting off their retreat with the Light- Infantry. There xvere two other advantageous eminences taken possession of at the same time,— one with two Companies on our left iiank, near the River, aud the other with one Company in the rear of the same flank, upon the right of the Road. About one o'clock a detachment of fifteen hundred Canadians and Indians crossed the river considérable way above the opening, amî, marching down unperc.nved, under covor of itsbanks, got up a ravine upou the right of the advauced Light-Infnutry company mens tioned. The officer commauding that company kept them in play till he called in hig sentries, and then retreated, according to Orders ; but ttgs Enemy, instead of persuine him, as was expected, aloug the road, endeavored to gain the height where the thre , companies were posted. When they got near it, the two Companies, nnperceived wheeled and attacked their flanck, which being quite unexpeoted, they instantly turned their backs : and tlie Light-Infantry coming upon their rear at the same time, they were soon driven into tlie river, ivhere they suiîered very considerably in crossiug, being (juite opsn to our fire. We did not learn the number of their killed and woundod but the Indians were disjiirited, from this day's loss, fo»- ail the rest of the Carapaign.

We had fifty-five men killed and wounded, officers included. Our chief loss iras in pursuing the enemy home to the river from the Breastworks upon the opposite banks, where their numbers, exclusive of those tliat attacked us, amounted, as we wera afterwards informed, to two thousand five hundred men I After burying the dead, our detachment was ordered to carrj' off the wounded and return to Camp, which was olïected without molestation. This Ford is about 150 yards broad and about 4 feet decp ; the wateris smooth, and iiot ra;nd. The opposite bank i« very steep and the path-way

300 MONTMOREXCY COTTAGE

L'Historien Garneau décrit comme suit l'engagement du 31 juillet 1759, au gué du Sault Montmorency :

■• Comme la rive gauche, à l'embouchure de cette rivière, f^le Montmorency) est plus élevée que la droite, il (^Wolfe) fit augmenter les batteries qu'il y avait déjà dressées et qui plongeaient sur les retranchements de vontcalm II y porta le nombre des canons et des mortiers ou obusiers à plus de soixante. Il fît échouer sur des rochers à tieur d'eau deux transports, armés chacun de quatorze pièces de canon, l un à droite et l'autre à gauche d'une petite redoute en terre que les Français avaient élevée sur le rivage ; placée au pied de a route de Courville, elle défendait à la fois l'entrée de cette route, qui conduisait sur la hauteur qu'occupait l'armée, et le passage d'un gué qui est au bas de la chute Le feu de ces transports, en se croisant sur la redoute, devait la réduire au silence et couvrir li marche des assaillants. Le fameux vaisseau, le Centurion, de soixante canons, (2) monté par l'amiral r-aunders, vint ensuite s'embusquer vis-à-vis de la chute et le plus prés possible, pour protéger au passage du gué, les troupes qui devaient desceadre du Camp d^. l'Ange Gardien. Ainsi cent dix-huit bouches à feu environ allaient tonner contre l'aile gauche de l'armée de Montcalra.

Entre onze heures et midi, le 31 juillet, elles commencèrent à tirer. Dans le même temps le général Wolfe préparait ses colonnes d'attaque. Plus de quinze cents berges étaient en mouvement sur le bassin de Québec Douze cents grenadiers et une partie de la brigade de Monckton s'embarquèrent a la Pointe- Lévis pour venir débarquer entre le Centurion et les transports échoués.

Une seconde colonne comoosée des brigades Murrav et Townshend, descendit des hauteurs de l'Ange-Gardien pour venir, par le gué, se réunir à la première colonne au haut de la route de «.ourville, afin d'aborder ensemble les retranchements qui l'avoisinaient. Ces deux corps formaient six mille hommes. Un troisième de deux mille soldats chargé de remonter la rive

narrow. The othcr ford reconnoitred by tlie Rangers is betueen 2 aud three hundred yards broad ; in passiuff it there are some islands to cross iu the middle of the river. Thu bottom is smootli and the water shallow, with a gentle current. The road to it on the Coast-side passes tlirough a niorass covered with thick wood, aud almost iuipracticable, which is probably the reasou why the Enemy gave so little attention to it, for they had neither men nor works there. Froni thèse fords there is auother load which leads to "L'Ange-Gardien."

(1) " Not even the "Victory," where Xeilson died, was a more famous and favorite ship araoug British sailorsthan the old Centurion ; in 1740, it was as her captain that Aneon led his little si^uadron ou their venturous voyage to " put a girdle round the earth "

In 17.59, she covered Wolfe's landing at Québec ; and it is a little odd, that at the moment the two future circumnavigators, Cook and Bougaiuville, armed on opposite sides, wero présent with ship whose famé restid on its Iiaving performed the same f eat

Her figure, head— a lion, exquisitely carv-ed in wood is stiÙ preserved at the Greenwicli Hospital."

(Winthrop Sargent The History of an expédition against fort Dit-iuesne in 1755, p. 139, in note.)

gauche du \Iontniorency, devait franchir cette rivière à un gué situé à une lieue environ de la chute, et qui était gardé par un détachement aux ordres de M. de Repentigny. A une heure les troi^ colonnes s'avançaient en diligence. Ce plan d'attaque eût été trop compliqué pour des troupes moins disciplinées <|ue celles du général Wolfe

Montcalm. d'abord incertain sur le point qui allait être assailli, avait tait porter sur toute la ligne l'ordre de se tenir partout prêt à recevoir leurs ennemis à leur approche ; le général Lévis envoya cinq cents hommes à M. de Repentigny et demanda quelques bataillons du centre qui le soutiendraient lui-même au besoin. A deux heures, Montcalm vint examiner la situation de sa gauche ; il en parcourut les lignes, approuva les dispositions de Lévis et donna de nouveaux ordres. Trois bataillons de réguliers, avec quelques miliciens des Trois-Rivières se portèrent à l'aile gatiche ; la plus grand partie de ses troupes se placèrent en réserve sur le chemin de Beauport, et le reste se dirigea rapidement vers le gué que défendait M. de Repentigny. Cet officier avait été attaqué par la colonne anglaise et l'avait repoussée après lui avoir tué ou mis hors de combat quelques hommes. La retraite de ce corps permit au renfort de revenir sur le théâtre de la principale attaque.

Les berges qui portaient la colonne de la Pointe-Lévis, commandée par le général Wolfe en personne, après avoir fait plusieurs évolutions comme pour tromper les français sur le lieu de la descente se dirigèrent tout à coup vers les transports échoués. Mais la marée était basse ; une chaîne de cailloux et de rochers arrêta quelque temps une partie de la flottille ; enfin l'obstacle fut passé, et douze cents grenadiers avec deux cents hommes d'autres troupes s'élancèrent à terre sur une grève spacieuse et unie. Ils devaient s'avancer en quatre divisions et 'a demi brigade Monckton, débarquée derrière eux, devait les soutenir, ar quelque malentendu h. demi-brigade les suivait de trop loin quand ils entrèrent en action. Ils marchèrent au son d'une musique guerrière, à la redoute (jui fermait 1 entrée de la route de Courville. La redoute avait été évacuée. Les grenadiers s'y arrêtèrent un instant pour se disposer à assaillir les retranchements de M. de Lévis, qui étaient à une petite portée de fusil Toutes les batteries de Wolte faisaient pleuveir sur cette partie du camp, une grêle de bombes et de boulets, que les milices Canadiennes essuyaient sans perdre de leur contenance calme et assurée. Les assaillants s'étant formés se présentèrent la baïonnette au bout du fusil. Leur uniforme de grenadiers contrastait avec le costume de leurs adversaires, enveloppés d'une légère capote serrée autour des reins. Les Canadiens avaient pour suppléer à la discipline des troupes régulières, leur courage et la justice remarquable de leur tir. Ils attendirent froidement que les ennem'c fussent à quelques verges seulement de leur ligne^

pour les coucher en joue. Alors ( i) ils firent des décharges si rapides et si meurtrières qu'en peu de temps les colonnes anglai ses, malgré tous les efforts de leurs ofiîciers, se rompirent et prirent la fuite ; elles cherchèrent d'abord un abri contre les balles derrière la redoute, puis, n'ayant pu se reformer elles allèrent se réfugier derrière le reste de leur armée, déployée un peu plus loin. En ce moment il survint un violent orage de pluie et de tonnerre, qui déroba les combattants à la vue les uns des autres et dont le bruit plus imposant fit taire toutes les rumeurs de la bataille.

Lorsque le brouillard se dissipa, on aperçut les anglais qui se rembarquaient avec leurs blessés, après avoir mis le feu aux transports échoués Ils se retiraient comme ils étaient venus, les uns dans leurs berges et les autres par le gué. Le feu de leur nombreuse artillerie se prolongea jusqu'au soir, et l'on estime qu'elle tira trois mille coups de canon dans cette journée ; on n'avait pour y répondre qu'une dizaine de pièces qui ne laissaient pas que d'incommoder beaucoup les troupes de débarquement. La perte des français, causée presqu'entièrement par cette arme, fut peu considérable si l'on considère qu'ils furent .plus de six heures exposés à une pluie de projectiles. Les ennemis eurent environ cinq cents morts et blessés, parmi lesquels il y avait un grand nombre d'cfiîciers." [2]

Un simple examin du local suffit pour expliquer l'échec du détachement de Wolfe ; les troupes de Lévis étaient embusquées derrière des retranchements en terre protégés de fascines et d'arbres : il est fort intéressant d'en examiner même aujourd'hui les restes en suivant la rive escarpée et en bien des endroits taillés à pic, de Beauport, à partir du Sault Montmorency jusqu'au manoir Duchesnay, sur la propriété Gugy. En bien des endroits cette rive a plus de 150 pieds de hauteur ; le .détachement anglais dont une partie était venue de l'Ange Gardien, par le gué d'en bas à marée basse, et l'autre était débarquée de la flotte, en berges, s'était formé sur la grève sans abri, exposé à la pluie des balles et des boulets qui leur venait d'en haut de la part d'un ennemi qui savait tirer et qu'il lui était impossible d'atteindre, à moins de le prendre aussi en revers par

(1) ... .Their mon of aU arms, iu the trenches, lay cool till they were sure of their mark ; they then poured their shot like showers of hail, winch caused our brave grenadiers to fall very fast. {Journal d'un officier anglais.)

(2) Histoire du Canada,— Garneau— Tome II, P. P. 321-7, quatrièmî édition.

le gué d'en haut sur le Montmorency, combinant l'attaque, non seulement avec le secours de la flotte, mais encore au moyen d'une nombreuse artillerie, placée sur l'extrême pointe est delà rive escarpée de la chute, à l'endroit, qui commandait le camp de Lévis. Les deux généraux, paraissent avoir été tous deux en défaut, Lévis pour avoir par son indècisision manqué le coup que les sauvages de.Langlade lui avaient proposé et Wolfe pour s'être trop fié au courage reconnu de ses troupes, sans étudier le terrain où il avait à manœuvrer.

Il semble étonnant qu'un seul desesso'dats ait échappé, ■et comme le dit Johnstone, il diit remercier r"orage de pluie et de tonnerre" qui contribua si puissamment à le tirer de ce mauvais pas. (i)

Knox nous présente les sauvages selon leur habitude scalpant les morts et les blessés, avec beaucoup d'entrain. (2)

(1) "Quand notre compagnie de grenadiers eût atteint le voisinage des Français.je vis distinctement ]\Iontcalm : il était à cheval, allait et venait avec animation au milieu de ses troupes et leur donnait l'ordre de faire feu. De suite, ils tirèrent, nous tuant un bon nombre des nôtres, je ne puis me rappeler le juste nombre. Nous ne leur répondîmes pas, c'eût été inutile ; ils étaient parfaitement à l'abri, au moyen de leurs retraDchements,

nous ne pouvions discerner de leur personne que la cime de leurs chapeaux Ordre

fut alors donné de retraiter à nos canots, tenus à flot, pour nous recevoir. La marée étant aloi's basse, nous eûmes â franchir un long espace de plage à travers la vase.

Allan Cameron, sergent dans notre compagnie, voyant sur notre gauche une petite batterie armée de deux pièces et ostensiblement sans canonniers, crut qu'il pourrait l'empêcher de nous harasser dans notre retraite : il ramassa deux baïonettes qui gisaient sur la grève et se dirigea seul vers cette batterie, il enfonça la pointe de ces baïonnettes dans la lumière des canons et y cassa la pointe de ces deux bayonnettes.

[2] Quand les Français nous virent ainsi letraiter, ils envoyèrent leurs sauvages scalper et massacrer nos blessés, exposés sur le rivage. De ce nombre était le lieutenant Pej'ton, du bataillon iJo!/aJ Amerjcn H, gravement blessé et qui s'était traîné aussi loin que la douleur le lui eût permis. Quand les Peaux Kouges se furent acquittés de leur triste besogne sur les pauvres diables les plus voisins des batteries françaises, ils retracèrent leurs pas, tous, excepté deux qui ayant découvert le Lieutenant Peytou, devinrent avides d'en faire la capture. Par hasard ce dernier se trouva avoir un fusil t deux coups, chargé ; or comme il avait été témoin de leur barbarie sur ceux de ses camarades blessés qu'ils avaient pu saisir, il se persuada qu'ils le massacreraient s'ils mettaient la main sur lui. Heureusemeut, il ne perdit pas son sang-froid et attendant le moment où le sauvage le X'ius près de lui vint à portée de fusil, il le coucha enjoué et l'abattit : l'autre Indien, croyant que le lieutenant n'aurait pas le temps de recharger son arme, courut vers lui, brandissant son casse-tête pour le scalper ; le lieutenant lui envoya l'autre coup droit daps la poitrine et le sauvage tomba mort à ses pieds. Xous fûmes quittes des sauvages pour ce jour-là, mais nous les rencontrâmes plus tard.

Au momont où le lieutenant Peyton gisait ainsi à terre, épuisé par la perte de son sang et ses efforts, il fut accosté par le sergent Cameron, qui n'avait d'autre moj'ea de lui porter secours qu'en le port.int dans ses bras. Cameron était un homme d'une haute stature et d'une force peu commune. Il attacha le fusil du lieutenant avec le sien sur ses épaules, eu bandoulière, et dit à M. Pej-ton de lui embarquer sur le dos et de le tenir par le col. Comme la distance t. parcourir était grande, il était forcé de temps eu temijs de le déposer à terre afin de prendre lialeine lui-même et aussi i^our soulager le pauvre lieutenant, dont la blessure était excessivement douloureures. De cette sorte, il le porta à un des canots anglais où il le déposa, ajoutant "'Monsieur, voilà tout ce que je puis faire pour vous, je vous souhaite de vous rétablir." — Joitriial inédit rju Siège de 1759, ■tenti par le sergent James Thompson, cité par Hawkins.

J'ai mentionné plus haut les vastes moulins et usines dûs à l'énergie de M. Peter Patterson, au bas de la chute. M. Price me fit voir les conduits et appareils que l'on vient d'y poser, pour fournir la puissance motrice à l'électricité^ au moyen de laquelle, l'on entend éclairer tout Québec.

LA KHSIDENCK D'KTE DE lOKD DUfFKRL\-Cap aux Diamants

Le joli mois de mai, qui au dire de Tennyson et de bien d'autres fait battre plus vite le .œur des amants, nous apportant des feuilles et des fleurs — est aussi le signal du départ des citadins, pour nos riantes campagnes autour de Québec. De nos jours, un homme de goût, trouvait moyen de jouir du grand air de la campagne, sans sortir des murs, et se créait un délicieux et frais séjour où la nature ellemême s'était chargée des principaux décors.

Notre cité a accueilli bien des Gouverneurs depuis ce lettré Marquis de la Galissonnière, dont le botaniste suédois, Peter Kalm, son hôte au château St-Louis. en 1748, nous a tracé une peinture si flatteuse.

Nul gouverneur cependant, n'a laissé un souvenir aus~i vivace ; nul, n'a par son départ, causé autant de regrets que celui qui, en 1872, cherchait un asile contre les ardeurs de la canicule, en notre citadelle escarpée : le comte de Dufferin, l'ami, le bienfaiteur de Québec. Nul, n'a paru subir au même degré le charme de tout ce dont notre vieille ville s'enorgueillit davanta. e : ses antiques souvenirs— ses monuments historiques — ses ^ites sublimes, — son fleuve majestueux.

Qui, en effet, eût jamais songé que ce roc sourcilleux du Cap-aux-diamants, avec ses bastions hérissés de canons — ses lourdes casemates ;'i l'épreuve des bombes etc., eût 'pu, au besoin, se transformer en une gracieuse résidence viceroyale où le représentant de sa Majesté, la reine Victoria a depuis tenu sa brillante cour et donné tant de banquets hospitaliers. C'est pourtant ce qui a eu lieu.

Le Cap-aux-diamants a de tout temps commandé l'admiration des touristes, par ses points de vue grandioses.

Le site est d'un pittoresque achevé : cette superbe terrasse, qui court le long du cap, surplombant le fleuve, à une

306 LORD UUFFERIX

liauteur de 350 pieds offre des facilités rares pour les grandes réceptions officielles.

Je défie la nature la moins impressionable de contempler sans émotion, de ce poste, par delà les nues, le panorama toujours neuf que déroulent les campagnes environnantes.

C'est imposant, c'est sublime, à la clarté du jour, par une ■sereine matinée ; mais au crépuscule, sous la voûte étoilée, le coup d'oeil plongeant dans l'abîme béant à v^os pieds, à je ne sais quoi de solennel et de ravissant. A l'ouest, au sud, à l'est, la basse-ville et Lévis avec leurs étlncelants réverbères, le gaz et la lumière électrique ; le port semé de grands navires, sous la citadelle même ; de temps à autre, de majestueuses frégates immobiles sur leurs ancres ; à la jetée de la compagnie AUan, à vos pieds, quelques uns de leurs Léviathans : le Parisian ou le Sannatiau, etc.

Les remorqueurs, les vapeurs-traversiers circulent en tous sens parmi cette forêt de mâts, comme des mouchesà-feu dans un pré, pendant une chaude nuit d'été.

Votre oreille saisit le bourdonnement lointain, la clameur vague de la cité ; les gais refrains des matelots, peutêtre quelques vieux lais Normands ou Bretons vous arrivent des radeaux de bois quarré, entraînés par la marée et •conduits par des Voyageurs des, pays d'en liant :

Après un jour d'été, quand la ville s'endort, Qu'elle étouffe l'écho de ses lumeurs dernières ; Quand les lampes du soir, dans les maisons du port S'allument, et sur l'eau projettent leurs lumières ;

Le long des quais obscurs, il est doux d'écouter, Dans cet apaisement des heures recueillies, Les airs que les marins se prennent à chanter. D'une âme enfin rendue à ses mélancolies.

AirxEAx, Lo- thCi-.

Bientôt, une formidable détonation secoue même la cime d'où vous contemplez ce spectacle : c'est le can on du soir, le signal d'éteindre les feux aux casernes avoisinantes ; puis, le roulement du tambour, et le rappel que le hnglcr lance de son clairon, aux échos de la nuit. Si c'est un jour de réception officielle, de banquet pour Son Excellence, la fanfare militaire clora la fête par l'hymne national de l'Angleterre et le chant national de la patrie

■pour nous, God savc tJic Quecn et Vive la Cauadicimc ; ce qui ajoutera encore de l'intérêt à cette mise en scène.

Afin de nous donner une idée de la cordiale hospitalité de Lord Dufferin, de sa popularité, de ses qualités sociales, de ses travaux littéraires, je vous remettrai sous les yeux, le compte-rendu que je vous adre.'^sais à la clôture des réceptions vice-régales, l'année de son arrivée :

PER VIAS EECTAS

[il faut riLF.E EKOIT.]

Traductiou libre.

M. Benj. Sulte, auteur des ''Laurenliennes,' Ottawa

Très cher poète.- — Vous me demandez des nouvelles de l'an cienne capitale. Que pourrais-je vous dire que le télégraphe ou les journaux ne vous aient déjà dit et mieu.\ que ne saurait vous l'écrire un solitaire, qui n'a pour familiers que des oiseaux, des fleurs et des livres. Sans doute j'ai beaucoup d'amis ; je devrais être gai ccmme pinson. Rabelais, Audubon, Longfellow, Racine, Ivlarmier, Hawthorne^ Thoreau, Washington Irving, Walter Scott m'entourent, doués, les uns, comme vous savez, d'un fond de gaieté intarissable, les autres, pleins de sens, de réflexion, de savoir, de verve

Assis dans ce petit sanctuju ombragé de "pins murmurants" et d'ormes méditatifs et qui ne vous est pas inconnu, je laisserai donc, comme les veillées s'alongent, courir ma plume vagabonde pour vous amuser ou vous ennuyer, à votre guise. Nous en avons fini pour cette année avec la canicule, les élections parlemenmentaires et les sauterelles. Dieu en soit loué ! une de ces épreuves à la fois eût suffi pour nous campagnards : jugez des profondes malédictions auxquelles les trois combinées ont dû donner lieu. Nos touristes sont de retour de Gaspé, de Murray Bay, de Cacouna, et le vent dans la vieille, la scientifique, la soporifique cité, est aux at home^ aux danses et aux dîners.

hes grafids dînent, les petits dansent, le peuple dîne, etsomp tueusement même, grâce a a générosité et à la munificence des heureux ei des malheureux candidats parlementaires, qui ont rivalisé de générosité, à l'anicle des rafraïchissoiieiits, avant la votation, bien entendu.

Chacun donc s'amuse sagement, chacun danse, dîne ou fait dîner. Le comte Dnfresnc dîne et fait dîner. O le brave homme que celui là ! (i)

(1) Lord Dufferin. — " Frùderick Temple Blackwood, comte de Duffcriu et baron Clandeboye, est de très noble et très ancienne famille d'extraction écossaise. On trouve l'un de ses ancêtres à la cour de l'infortunée Marie Stuart. Mais il a considérablement augmenté l'illustration de sa famille.

Héritier du titre de baron Dufferin et Clandeboye de la pairie d'Irlande, il est devenu

Page 1