‹ Monographies et esquissesChapitre 85 sur 107 · THE LADV OF THE LAKE · texte numérisé non relu

THE LADV OF THE LAKE

L'Ecosse avec ses montagnes, ses brumes, ses lacs, ses frimas, a plusieurs points de ressemblance avec notre Canada. Sans avoir passé par l'étape coloniale, sans avoir rencontré d'aussi dures épreuves que notre patrie, elle aussi, a eu à subir la loi du vainqueur ; on lui a enlevé son autonomie ; on lui a imposé des souvf^rains qui n'étaient pas les siens.

C'est surtout dan? les temps passés, où elle avait à Stirling Castle ou à Holyrood, ses rois aimés, que Scott a été chercher les scènes de ses drames émouvants. Quittons les champs ensanglantés de Marmion, pour parcourir les sentiers de la montagne : les bruyères parfumées de la Calédonie, nous redonnant encore une forêt enchantée, des

fées, des paladins ; les mystères sont autres, le magicien est le même.

Le Lady of thcLake, comme son prédécesseur, aura six chants: lo. The Chase; 2o. The Island ; 3o. The GatJiering ; 4o. The PropJiecy ; 5o. TJie Combat ; 60. The Giiard Rooni.

Une des régions les mieux connues, les plus pittoresques de l'Ecosse, où affluent chaque été des essaims de touristes, possède un lac, aux îles solitaires, le gracieux Lock Katrine ; des défilés escarpés, nommés Trossachs, y conduisent. Les Monts Grampian dans le voisinage complètent le tableau. Levons le rideau. Invoquons avec le barde, la Lyre du '^ord ''Harp of the North.'' Vo\c\ d'abord un tableau de chasse, avec ses incidents, ses péripéties, d'une beauté frappante. Il faut avoir été chasseur, comme Scott, pour décrire avec une aussi saisissante vérité, cette série de ravissantes émotions que vous donne la chasse au cerf. Il y a plus ici. Ces pics inaccessibles, ces impratiquables savannés oi!i l'animal, de guerre lasse, s'embusque dans les Highlatids, ne vous reportent-ils pas à votre Canada, vous qui dans votre jeunesse, avez été chasseur ?

Il nous semble être sur la crête des Laurentides, que sais-je, "aux jardins", en aval de la Baie St-Paul, bien loin dans le grand nord, suivant la piste du prince des veneurs de la Côte de Beaupré, Olivier Cauchon, ou de l'iDdien Sioui, le légendaire chasseur du Lac St-Charles, ou en compagnie du Col. Rhodes, notre voisin à Sillery. Le Nemrod écossais, entraîné par son ardeur, s'égare à la poursuite d'un cerf, laisse en arrière tous ses compagnons, taxe trop les forces de sa noble monture, qui se blesse, s'épuise et tombe haletante au fond d'un ravin, pour ne plus se relever ; le chasseur s'arrête, contemple tristement sa fière cavale ; son œil se mouille d'une larme, mais le mal est sans remède.

Il se met en marche pour retracer ses pas, mais en vain. Il s'égare de plus en plus dans les sentiers de la forêt, sonne de la cornemuse, appelle ses compagnons. Dans le

lointain, une voix lui répond. Il arrive bientôt sur les rives d'un pittoresque lac, —Loch Katrine ; là, il aperçoit, près du bord, une légère nacelle, conduite par une jeune fille, belle comme le jour, et qui semble manier l'aviron avec une dextérité peu commune. Il interrogée la pastourelle dont le nom est Ellcn. Celle-ci, ne manifeste aucune surprise en le voyant, lui dit qu'elle le conduira à la demeure de son père qui habite l'île en face ; qu'il est sans doute l'étrang'er dont la venue lui avait été prédite, ce matin-là même, par le vieillard Allan-banc , clairvoyant de la montagne, doué de la " seconde vue." Le beau chasseur se montre docile comme un agneau ; bientôt l'esquif touche à la plage de l'île. Malgré la simplicité qui règne dans la demeure d'Ellen, le chasseur y remarque des indices qui le portent à croire que le père d'Ellen est loin d'appartenir à la classe où sa pauvreté paraît le reléguer : de vieilles armes d'un fini admirable, d'un poids énorme, garnissent les murs, de la chaumière. Celui qui les a portées a dû avoir la force d'un athlète.

Le jeune chasseur qui se dit appartenir à la cour du roi Jacques V, donne son nom : " Je suis, dit-il, James Fitz-James, chevalier de Snowdoun." Il ne peut quitter l'île que le lendemain, et passe une nuit fort agitée. Dans ses rêves, il lui semble voir la belle Ellen : tantôt, il marche à ses côtés dans la forêt ; tantôt, la vision change et la jeune fille lui apparaît sous leo traits farouches des Douglas, dont Bothwell, un des chef, est l'ennemi irréconciliable du roi Jacques. Le chevalier de Snowdoun ignorait alors que le père de la ravissante Ellen était le redoutable Bothv.-ell, comte de Douglas, renommé dans toute l'Ecosse pour sa force et son sombre courage. Ellen se trouve avtir deux prétendants à sa main : Malcolm Grœme, jeune guerrier, et Roderick Dhu, le terrible chef du Clan McAlpine. Enfin, pourvu d'un guide, le chevalier rejoint les siens. Une des plus magnifiques descriptions du poëme, est celle du Fîcry Cross, cette croix fatidique

roupie de sang, symbole de guerre, que nul Montagnard ne peut méconnaître sans encourir, à jamais, une note d'infamie. Cette croix, le chef la remet aux mains de rapides courriers qui marquent, à un endroit donne, le lieu de rassemblement des Clans. L'histoire cite des circonstances où la mystérieuse croix passée de mains en mains, a parcouru jusqu'à trente-deux mil es en trois heures Roderick Dhu rassemble les guerriers Montagnards, oour faire la guerre au roi et à sa cour. Le chevalier de -Snowdoun, malgré le danger qu'il y aurait PO"^ jui a pénétrer une seconde fois dans les Highlands, ou Roderick Dhu rè-ne en souverain et en fait garder tous les sentiers par ses" hordes féroces, tourmenté d'amour, s'aventure auprès d'Ellen. Cette dernière lui annonce clairement qu il y va de sa vie : que personne ne saurait péneVer par le. défilés, sans tomber aux mains des Montagnards de Roderick Dhu. James Fitz-James répond fièrement, qu'avec sa fidèle épée à son côté, il ne craint homme qui vive ; puis, il demande à la belle bergère d'accepter un jonc qud lui remet, lui disant, que si jamais elle est en péril imminent, d'envoyer ce jonc au palais et de réclamer la protecaon du chevalier de Snowdoun. Puis,Fitz-James retrace ses pas. Le chevalier, chemin faisant, fait la connaissance d une espèce de sorcière, à laquelle il rend service. Sans le connaître elle lui fait une prédiction qui lui servira plus tard. A quelques pas de là il rencontre un montagnard d une stature colossale ; il le questionne sur la révolte de Roderick Dhu et lui parle sans ménagement de la conduite de

ce chef de Clan.

Le montagnard, qui s'était oft'ert de lui servir de guide jusqu'au dernier défilé de la foret, s'irrite des liores propos de James Fitz-James; il est sur le poin. de lui livrer combat, mais se rappelant sa promesse de le conduire sain et sauf au défilé en question, il se calme. Bientôt, a un si-nal donné de la part de son guide, le chevalier ^ est surprîs de voir chaque taillis retentir des cris de guerriers.

Des épées étincelantes surgissent dans chaque buisson. Le guide le rassure tout en s'écriant : "Eh bien, Roderick Dhu, c'est moi ; je t'ai donné ma parole de te conduire en sûreté, jusqu'au dernier défilé de la forêt, je remplirai ma promesse." Le chevalier, après les propos cavaliers qu'il a tenus à Roderick Dhu sans le connaître, s'attend qu'arrivé au susdit défilé, ce dernier va le défier au combat. Il ne se trompe pas. Fort de sa rare habileté à manier l'épée et rassuré par la prophétie de la sorcière, il essaie d'éluder une lutte ; mais en vain, le farouche cheT de Clan lui commande de tirer son épée et de se mettre en garde ; de suite. Roderick Dhu, malgré sa force merveilleuse, ne peut blesser son adversaire, une des plus fines lames de l'Ecosse. Le chevalier, au contraire le blesse réitérément, puis le désarme. Le montagnard par un effort suprême,étreint son ennemi et essaie de l'étouffer.Ils tombent tous deux par terre et Roderick Dhu essaie de percer le chevalier avec un poignard dont la lame mal saisie, vole au loin. Affaibli par la perte du sang, Roderick Dhu est prêt à succomber ; le chevalier se dégage de lui, sonne de la cornemuse et les compagnons de Fitz-James arrivant à cet instant, entraînent Roderick Dhu de vive force avec eux, à la suite du chevalier. Au dernier chant, tout s'éclaircit.

Le roi d'Ecosse Jacques V., souverain débonnaire, et tellement aimé de son peuple que le vulgaire l'a surnommé "'King of tJie Cominons,'' avait fixé ce jour pour récréer le public par des luttes de force et de jeux athlétiques. Le vieil athlète Douglas, bien que disgracié à la cour, ne put résister au plaisir de se mêler, déguisé parmi la foule. Il était suivi de ses chiens, et parmi ces derniers était Lufra, l'ami, le gardien de sa fille, EUen. Les jeux allaient se terminer, lorsqu'un seigneur de la cour entreprit de lâcher un beau cerf, afin que les pages et les grands seigneurs pussent le chasser. C'était à qui le prendrait. Lufra, docile à ses instincts, s'élance à la poursuite de l'animal et

lui enfonce ses dents dans le flanc. Les grands, de se recrier ; on frappe, on veut assommer le malencontreux Lufra. Douglas, qui aimait passionnément ce chien, accourt. Le peuple qui avait toujours éprouve de l'admiration pour la force du comte, même après sa disgrâce, l'acclame. "Arrière, manants ! " s'écria le vieiliard courroucé, et du premier coup, il fait mordre la poussière à un page qui venait de frapper son chien. Tout est tumulie à l'instant. Le peuple s'ameute, veut prendre la part du vieillard. Le roi s'irrite, en apprenant que le comte de Douglas, déjà, disgracié, est la cause de l'émeute ; il se répand en menaces ; ses gardes font une charge sur la populace et entraînent le vieux guerrier prisonnier à un corps de garde voisin. Ellen Douglas, informée de ce triste incident, se fait conduire au corps de garde. Toute cette scène est d'une rare beauté. Elien y trouve Roderick Dhu presque mourant, et son amant Malcolm Grii:me, arrêté comme partisan d% chef révolté. Dans ses alarmes, pour sauver les jours de son vieux père, qu'elle pense perdu à jamais, elle se ressouvient de son jonc et demande à grands cris qu'on la conduise au chevalier de Snowdoun, pour le prier d'implorer pour elle, la clémence du roi qu'elle ne connaissait pas. Le chevalier de Snowdoun, instruit de sa pré.sence au palais, reprend son costume de chasseur, qu'il avait lors de sa visite aux Highlands, reçoit respectueusement la belle Ellen, qui lui exhibe son jonc et lui rappelle sa promesse. Le chevalier lui promet une entrevue avec le roi. Puis, le lecteur retrouve une de ces magnifiques scènes de cour où excelle le pinceau de Scott : on introduit Ellen, qui éblouie de tant de faste, se réfugie, tremblante, près du chevalier de Snowdoun. Bientôt, à la vue du beau et galant roi, Jacques V., toutes les dames de la cour et les grands seigneurs se découvrent ; le seul qui ne se découvre pas, c'est le beau chevalier de Snowdoun, — le roi d'l''cossc. Le roi reprend son jonc, donne un baiser res-

pectueux à sa ravissante amie des Highlands — lui accorde la grâce de son père et de son am-nt, Malcolm Gr-xme.

ROKEBY.

Disons, pour le moment, adieu, aux bruyères odorantes de la Calédonie.

L'ouest de l'Angleterre, le Yorkshire, contenait le c:istel •d'un des amis intimes de Scott, — Rokeby Park, le superbe domaine de J. B. S. Morritt. Arrosé par les gracieuses rivières Greta et Tees, le site a, je ne sais quoi de sauvage, d'imposant. Le château actuel a été érigé sur les ruines d'un antique donjon féodal, datant de l'ère Normande, vers 1066. Aux jours de son premier possesseur, le Baron de Eokeby, il y avait là une solide tour — Mortham Tower. Ces vieux murs délabrés se hérisseront, plus tard, d'innombrables chroniques de guerre, de cruauté féodale, de noires vengeances. Elle avait été, cette tour incendiée, rasée, rebâtie pendant et après les guerres civiles. Plus tard, en 1644, un de ses châtelains, pour avoir dans son dévouement, épousé la cause de Charles I, contre Cromwell, après la sanglante 'journée de Marston-Moor, si désastreuses aux intérêts du roî, subit d'incroyables revers.

Dans le voisinage, gisaient les tourelles menaçantes du majestueux châtea>i ou forteresse des Baliol, — Barnard Casîlc — construit par Barnard Baliol, l'ancêtre de l'éphémère dynastie des Baliol, qui donna des souverains à l'Ecosse.

Ceci, c'est de l'histoire ; voyons le roman.

Un sombre drame enveloppait de ses om.bres mj^stérieuses, les grottes et les vallées de la rivière Greta et de sa murmurante sœur, la Tees. La fille, — d'autres disent l'épouse — jeune et jolie, d'un des seigneurs de Rokeby, avait été trouvée sur la voie publique, près de Barnard Castlc, baignante dans son sang. Qui était l'assassin 1

Les légendes populaires y apportaient leur contingent obligé *' de blancs tantômes, de spectres funèbres " pen-

dant le silence des nuits. Ajoutez aux splendeurs du paysage naturel, les plantations d'arbres et les ornements dus au goût du riche propriétaire ; illuminez le tout du sourire bienveillant d'un ancien ami et vous trouverez, dans Rokeby, plus de matériaux qu'il n'en faut pour que le yrand magicien sache en évoquer une de ces féeriques visions poétiques qui ravissaient les contemporains de Scott : un poëme mélodieux, en six chants, qu'il dédiera à J. i). S, Morritt, le dernier jour de l'an 1S12.

La scène est présumée commencer quelques jours après le 3 juillet 1644 ; la fortune venait de se déclarer contre Charles î, à Marston-Moor. Parmi les prisonniers, se trouvait le baron de Rokeby ; sa 611-=^, Mathilda, restait en possession de son castel. Le château voisin Morthain Toi'jci', était également veuf de son noble et très riche propriétaire Philip de Mortham. Il avait, disait-on, dispaçu du champ de bataille : on le disait mort. Son plus proche héritier se nommait Oswald Wycliffe. Or, Oswald, pour s'emparer de cet héritage, avait commissionné un ancien corsaire, son ami, ayant nom Bertram de Risingham, de tuer son parent Philip de IMortham. Le salaire du crime devait être pour Berrram, le partage d'un certain trésor enfoui dans les voûtes du castel, provenant du sac de certaines îles espagnoles, pendant la guerre de 1625.

Oswald Wycliffe a un fils, Wiltrid, lequel est fort amoureux de sa belle voisine Matilda Rokeby. Cette dernière lui préfère un valeureux jeune homme du nom de Redmond qui a sauvé la vie à son père, le Baron de Rokeby. Wilfrid n'en continue pas moins ses avances. Oswald Wycliffe, que le triomphe de Cromwell rend tout-puissant, veut couronner ses projets ambitieux, en forçant Matilda d'épouser son fils Wilfrid par des menaces. Fort de sa position avec l'autorité, il laisse entrevoir à Matilda, la mort prochaine de son père, à elle, — si elle refuse la main de Wilfrid. Puis vient un tableau fort animé : le combat et l'incendie de Rokeby Castlc par une bande de forcenés

que le féroce Bertram, à la faveur de la guerre civile, y introduit pour en enlever le trésor de Philip de Mortham. Les stratagèmes dont Bertram se sert pour pénétrer dans cette place forte, donnent au poëte occasion d'extraire de l'inépuisable mine de son imagination de beaux diamants poétiques, d'exhumer de touchantes ballades, des lais des anciens jours.

Une foule de dramatiques incidents se groupent dans le sixième chant. La mort inattendue de Wilfrid déjoue les projets ambitieux d'Oswald Wycliffe, son père. Matilda, rendue à la liberté, épouse Redmond, qui se trouve être un jeune noble que l'on avait cru mort, et le Baron de Rokeby n'est ni pendu, ni écartelé.

Avant même que Rokeby fût commencé, les libraires avaient offert à Scott i,ooo guinées pour le droit d'auteur de ce poëme. Scott qui avait grand besoin de numéraire, pour continuer les travaux qu'il méditait à Abbotsford, accepta. Ce qui donna lieu à un petit scandale littéraire, dénoncé par Byron et Tom Moore : le premier, clans sa sanglante satyre, "■EnglisJi Bards & Scotch Revieivers ; " le second, dans le ''Two Peiiiiy Post BagT

A vrai dire, Scott n'avait pas droit d'escompter]d'avance son avenir littéraire. Scott répliqua que cela le regardait seul, et qu'il avait droit d'accep'er ou de refuser une offre avantageuse pour les travaux de sa plume.

Dans Rokeby, ce n'était plus une scène du pays natal retracée avec art, la voix inspirée du barde national célébrant les fastes de l'Ecosse, mais un ravissant paysage anglais, une intrigue anglaise habilement ourdie. Malgré ses nombreuses beautés, le poëme ajouta peu à la vaste renommée de Scott en Ecosse. Morrit, dont le château se trouvait immortalisé, au contraire, prôna partout le nouveau lai, alléguant' que c'était le chef-d'œuvre du barde d'Abbostford ; c'était tout au plus une perle ajoutée à la couronne qui ceignait ie front de l'illustre poète.

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