LA DOUANE A QUEBEC
unies, en 1867, sans éteindre ce qui existait, nous a créé de nouveaux devoirs, un culte, un amour pour quelque chose bien plus vaste qu'une province. Le temps heureusement est loin de nous où le Canada renfermait un groupe de races hostiles les unes aux autres, des territoires étendus, mais sans cohésion, où l'on voyait certains éléments de la population lutter pour une injuste prépondérance, sous un régime oppressif. Si nous tenons à compter pour quelque chose en présence de la république colossale qui nous avoisine, si les provinces unies entendent continuer de se prévaloir du prestige et de la protection du pavillon britannique, il faut qu'avant tout il existe chez nous, un vif sentiment de loyauté au Canada confédéré de 1867 ; Son Excellence, le marquis de Lorne, vient de nous ■ le répéter en termes non équivoques, en répondant aux adresses de félicitations, que la Caledonia Society et la société Saint- Jean-Baptiste de Montréal, lui ont présentées.
Tout en félicitant le nouveau Percepteur des Douanes pour le port de Québec, sur sa nomination, je me permettrai de jeter un regard en arrière sur le personnel de cet important service. Voici quelques détails que j'emprunte à l'excellent Rapport sur nos archives nationales fait par l'archiviste M.Douglas Brymner et présenté aux Chambres, à la session de 1883 ; je me permettrai d'ajouter à ces détails, quelques bribes d'histoire et de généalogie, sur les titulaires de la Douane de Québec. D'après M. Brymner, le premier Percepteur des Douanes de sa Majesté Britannique à Québec fut M. Thomas Knox, nommé le 5 avril 1762. (Thos. Knox, étaitil parent de l'officier distingué, le' Capitaine John Knox du 43e Régiment qui servait sous le Général VVolfe, et qui nous a légué son intéressant Journal du Siège, en deux in-quarto de 500 pages chaque ? ) Le premier " Comptroller " fut Thomas Ainslie ; le département fut alors constitué officiellement ici, et le Port de Québec devint un Port d'Entrée pour les marchandises. Montréal fut, en même temps, érigé comme "Out-Port," c'est-à-dire,
succursale au Port de Québec. Thomas Lambe devint " Surveyor " et Richard Oakes " Waiter et Searcher " à Montréal. Je crains de me hasardera donner en français l'équivalant de ces importantes positions dans les douanes du Canada. En 1799. Charles Stuart (lisez Stewart) le père de Charles Grey Stewart et le grand-père du courtier actuel de douanes, M. John Stewart, fut nommé " Comptroller " et Thomas Ainslie '' Collecter. '' En 1810, le " Collector of tJie Port, " M. Scott décéda, et fut remplacé, la même année, par M. (plus tard l'Hon.) Michael Henr^- Perceval, le parent et le protégé de l'éminent homme d'État, l'honorable Spencer Perceval, Chancelier de l'Echiquier de la Grande-Bretagne, traîtreusement assassiné au moment où il franchissait le vestibule de la Chambre des Communes, à Londres, le 1 1 mai 18 12, par Bellingham. Il était allié de près au comte d'Egmont dont la famille était des Perceval : il donna en conséquence le nom de Spencer à son beau domaine.
L'Honorable Michael Henry Perceval, le Percepteur des Douanes, à Québec, cumulait divers emplois. Il était membre du Conseil Exécutif, aussi bien que membre du Conseil Législatif: heureusement que l'ennemi acharné à^s pluralistes comme on les appelait. Lord Durham, n'était pas encore venu. L'Honorable Michael Henry Perceval vivait d'une manière princière sur son domaine de Spencer Wood, acheté du vieux LeHouillier. Au lieu du modeste traitement actuel de £^^0, le Percepteur des Douanes à Québec recevait sous le régime impérial un traitement sous forme d'honoraires, égal à ;!{^8,ooo. De plus, la grande dame qu'il avait épousée à Loidres, la fille ainée de Sir Charles Flower, Lord Mayor de Londres en 1809 — lui avait apporté comme dot ;i{^40,ooo — puis, un héritage de ;^6o,ooo. Un percepteur impérial des Douanes, à Québec, avec un salaire de ;^8,ooo par année et une épouse riche de;^ioo,ooo, pouvait, il est vrai, rouler grand train. Feue madame Peter Sheppard, la mère de M. Wm. Shep-
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pard, Inspecteur des Postes et du Capt Percy Sheppard' A. D. C. des Lieutenant-Gouverneurs, Robitaille et Masson, une des habituées de Spencer Wood,à l'âge d'or des Perceval.a eu en iSj/J'obligeance de nous communiquer un petit mémoire sur cette joyeuse période qu'elle avait vue de près, où les réunions de virtuoses et d'artistes, lui assuraient avec sa harpe, ses entrées régulières. Il y avait alors beaucoup moins de villas dans le voisinage .que maintenant : les hommes les plus connus sur le chemin St-Louis,. étaient l'Honorable William Sheppard, de Woodfîeld, mort en 1867, Henry Atkinson, du Cap Rouge, mort en 1865 et Alexandre Simpson, caissier de la Banque de Montréal, à Québec, décédé récemment.
Madame Sheppard nous a laissé une peinture séduisante de la gracieuse, élégante et savante madame Perceval, qui, après la mort de sa mère, faisait, avec distinction, les honneurs à la Mansion Hoiisc de Londres, en 1809, pour son père Sir Charles Flower, le Lord Mayor. Elle était excellente musicienne, femme de ménage sans pareille, parlait quatre langues, l'anglais, le français, le latin, l'italien : son salon se remplissait chaque quinzaine de la meilleure société anglaise et française de Québec, etc. ; au reste, il est probable que l'hon. M. Perceval tenait à continuer les traditions de gaieté et d'hospitalité de son fastueux prédécesseur, le gouverneur Sir James H. Craig, Litth King Craig, comme on le nommait. Notre vieil ami, M. P. A. DeGaspé, nous a laissé, dans ses ATanoircs, une vive description d'une fête champêtre, à Powell Place, en 1809. M. Perceval en acquérant ce beau domaine, changea le nom Powell Place que le général Henry Watson Powel, lui avait donné en 1792, en celui de Spencer Wood pour commémorer le souvenir de son illustre parent. Spencer Perceval, si tragiquement assassiné. " Je ne puis me rappeler après un demi-siècle, nous disait madame Sheppard, les noms de tous ceux que je rencontrais à Spencer Wood, chaque fois que madame Perceval m'invitait à pin-
cer de la harpe dans ses réunions musicales. Je me rappelle entre autres, l'hon Mathew Bell et son épouse, née McKenzie, son associé M. Monroe qui résidait à Wolfefield, Sir John Pownall, les Montizambert, le juge Kerr, les Uniacke, les Duchesnay, les Vanfelson, les DeGaspé, les Baby et une foule d'autres ; feue madame Sheppard a eu l'obligeance de nous communiquer une notes des alliances de la famille Perceval, fort nombreuse comme l'on sait.
" Éliza, l'aînée des filles, épousa Sir George Denys, Bart ; Caroline, la seconde, le col. Alexander Houston, de Clerkington ; la troisième, Isabella, devint l'épouse d'un français distingué et fort riche, le Baron de Veauce ; Mary Jane, la quatrième, épousa Sir James Mathieson, Bart ; la cinquième fille décéda à l'âge de i8 ans."
Le fils aîné, Spencer, devint général dans l'armée anglaise. Il y avait en outre plusieurs autres fils : George Ramsay — qui choisit les armes comme carrière ; Michael Henry et le Col. Charles Perceval, des Gardes. La famille quitta Québec en 1828, pour séjourner à Florence, en Italie ; l'Hon. M. H. Perceval en revenant au Canada, expira en mer, le 12 oct. 1829, son excellente épouse après lui avoir longtemps survécu terminait ses jours en Ecosse, chez son gendre, sir James Mathieson, le 23 nov. 1876." Lady Dalhousie et Madame W. Sheppard, de Woodfield, allaient herboriser à Spencer Wood, en 1827, et ce beau site était fréquemment exploré, en 1832, par Lady Aylmer, comme il l'avait été, en 18 18, par la famille du Du: de Richmond, notre Gouverneur Général d'alors. Je demande bien pardon au lecteur, de m'être laissé entraîner à la dérive,sur ce beau fieuve de la chronique des anciens jours.
Continuons : M. Perceval eut pour successeur, comme Percepteur, en 1830, M. L. H. Ferrier.
Montréal, en 183 1, fut créé port d'entrée général et le " Surveyor " Henry Jessupp en devint le premier " Collector " et William Hall, " Waiter and Searcher," devint " ComptroUer " en 1832.