L ARBRE DE NOËL
Chaque année, la ligne Allan apporte à Montréal et à Ouébe^, un nombre infini de petits colis, remplis de houx et de gui verts avec le fruit y adhérant. Décrire succeintement l'origine et l'important rôle que ces deux plantes jouent depuis des siècles à fête de Noël, c'est ce que nous nous proposons de faire.
Noël serait incomplet dans la patrie de Richard Cœurde-Lion, sans la branche traditionnelle de houx, suspendue aux murs des appartements, emblème du vivace et verdoyant souvenir que l'Anglais rattache à tout ce qu'il aime, à l'époque où la grande solennité du Christianisme vient, de ses alègres rayons, caresser son toit hospitalie»",
A l'anglais qxxzwX, far aivay from hoifie, sur le sol étranger, le houx devient l'expression de ce sentiment affectueux, ineffable, pour la terre natale ; il lui rappelle le doux temps de la jeunesse, lorsqu'il trouvait place au cercle de famille, ce cercle aimé que la mort ou l'absence a dissout. Il chérira cette verte et vigoureuse feuille de houx comme lui rappellant les saintes joies du foyer paternel, n'importe dans quelle contrée éloignée où sa destinée l'aura relégué ; elle lui redit toute une histoire du passé ; c'est une révélation intime que lui seul comprend.
Mais le houx ne va pas seul, à Noël, il marche de pair avec le gui. Si l'un s'associe au sort des ancêtres, l'autre commémore le banquet, la fête de famille. Tous deux intimement liés à la vie sociale des anglais, le houx symbolise la famille qui existe, et le gui, avec ses amoureuses légendes, la famille à naître ; c'est-à-dire que la paisible demeure qui a abrité le jeune enfant réclame le houx ; et que le gui appartient an pays du tendre.
Le gui, on le suspend au lambris ou au centre de l'appartement, ou encore, audessus de l'entrée, là où le berger et la bergère passeront sans s'en douter ; car cette rencontre fortuite, sous ce mystérieux rameau, doit néces-, sairement leur ouvrir, au livre du destin, une page convoiée, mystérieuse.
L'emploi du houx et du gui, à Noël, est moins une coutume chrétieijne qu'un usage druidique ; car, à vrai dire, il n'y a nulle liaison entre le houx et le gui et la nativité de notie Seigneur Jésus-Christ. Les " Druides aux longues barbes, aux couronnes de chênes et les Druidesses à la faucille d'or "" florissaient bien des siècles avant l'ère chrétienne, et les Druides de l'Angleterre tenaient pour emblèmes sacrés, dans leurs fêtes, le houx et le gui. Leurs principales solennités avaient lieu aux jours les plus courts derannée,c'est donc vers le temps où a lieu la fête de Noël.
Le culte druidique affec-tion riait les symboles ; chaque objet extérieur était le type d'une idée.
Le chêne signifiait courage viril, force intellectuelle.
Le gui qui adhérait au tronc du chêne était aus.->i un symbole : c'était l'amour viv^ace, inextinguible de la femme, appuyée sur son protecteur, son maître ; l'enlaçant comme d'une verte guirlande, iontemps après même que la vieillesse lui aura versé ses frimas.
Parmi les légendes druidiques, on lit "que Freya l'épouse d'Oder, le dieu des Saxons, obligea toutes choses à jurer ne faire aucun mal à Balder, le soleil, excepte le gui, plante qu'elle trouva si insigniGante qu'elle ne crut pas devoir s'en occuper. Lac, le dieu du mal, ayant découvert cette omission, prit un rameau de gui qu'il donna à Oder, divinité aveugle, et ce misérable causa la mort à Balder, en le perçant avec le gui." Telle était la fable, et ce fut pour empêcher Lac de tuer Balder que les Druides allaient quérir les chênes pour en enlever le gui, avec le cri d'allégresse: "Au gui, l'an neuf," d'où le mot " La Ignolée " ou "Guillannée " est une corruption.
Cette ancienne coutume druidique existe encore dans nos compagnes, où elle a subi d'étranges transformations. , L'Honorable Pierre Fortin M. P., nous rappelait récemment avoir constaté cette^coutume à Laprairie où à l'Acadie, près de Montréal, dans sa jeunesse. Courir la Ignolée se pratiquait à Noël ; des escouades de jeunes gens aux mas-
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ques et habits d'Arlequins, munis de bâtons et précédés d'une musique grotesque, allaient de maison en maison, demandant pour les pauvres des secours, sous forme de tranches de jambon ou de pain, "mais la queue de cochon, la chigjtce" devait adhérer au morceau de lard, avec menace au cas de refus, d'enlever le plus jeune enfant et de le traîner à la forêt où il serait rôti sous un chêne. Hélas !
A Sillery, où le^ coutumes Druidiques n'existent que dans le souvenir des savants, on ne rôtit pas le plus jeune enfant "de la famille sous un chêne, à la forêt," il n'y va que pour s'y procurer l'épinette gracieuse pour VArhrc de Noël.