‹ Monographies et esquisses [microforme]Chapitre 114 sur 131 · MEMBRE DE LA · texte numérisé non relu

MEMBRE DE LA

Société Royale du Canada

CORDIAIL SOUVENIR.

mn - - ME

Arma virumque cano....….

A défaut d'autres matériaux pour l'histoire, mon pinceau va entreprendre de fixer sur cette mouvante et capricieuse toile, les traits de deux personnages, qui, en 1750, jouèrent en ces parages chacun leur rôle, maïs à des points de vue différents. L'un était un beau et jeune officier anglais, prisonnier de guerre à Québec depuis 1756 ; l’autre, le che. valier de la Durantaye, (1) un des membres de ces Grandes familles du Canada, dont l'abbé Daniel a compilé l’Illiade, au profit du Chevalier Benoit. Je vais peupler, d'un héros de plus, l’ère palpitante de la conquête ! Oyez :

Le 3 juillet 1754, à la capitulation du fort DuQuesne, où commandait George Washington, alors major, deux fringants capitaines du roi Geooge IT, Robert Stobo, né en 1727, à Glasgow, en Ecosse, et Jacob Van Braam, hollandais, furent livrés en Ôôtage à Coulon de Villiers, le commandant français, pour répondre de l'exécution fidèle des conditions de la capitulation ; laquelle fut plus tard répudiée par l'Angleterre,

Ce 3 juillet était une date glorieuse pour les armes françaises.

Toute la garnison anglaise se retira de cette région de l'Ohio, et alors, selon l’éloquent langage de Bancroft : “Dans “ toute la vallée du Mississipi, jusqu'à son berceau dans “les Alleghanies, aucun étendard ne flottait que celui “ de la France.” = Lejeune Stobo s'était établi en Virginie, vers 1742. Son

() La seigneurie de Kamouraska fut concédée, le 14 juillet 1074, au sieur de la Durantaye.

commerce affable, son courage, son train de vie de grand seigneur, son beau physique, l'entourèrent bientôt d'admirateurs et d'amis: parmi ces derniers, Dinwiddie, le gouverneur de la Virginie, qui lui fit avoir une commission de capitaine, dans un corps de carabiniers, levé en 1754, pour repousser les incursions des Francais dans les Provinces britanniques. En se constituant prisonnier et ôtage, Stobo remit à regret au lieutenant de sa compagnig, son épée qu'il devait pourtant recouvrer dans la suite ; avec son collègue, Van Braam, il fut relégué dans l'intérieur di: Fort DuQuesne, avec permission, étant détenu sur parole, d'en parcourir librement toute l'étendue. Il était retenu comme ôtage ; il préféra se faire espion et s'oublia au point de préparer un plan de la forteresse qu'il signa et réussit à transmettre à l'ennemi. Ce plan et ses propres lettres, plus tard, lors de la défaite de Braddock, tombèrent au pouvoir des Français. Ces derniers, indignés de cet abus de sa liberté chez leur ôtage, décidèrent, d'expédier Stobo et Van Braam à leur château-fort par excellence, à Québec. Ils y arrivèrent en 1756. Là, l'air distingué du jeune prisonnier, ses manières insinuantes, ses malheurs lui valurent des adoucissemeuts dans sa captivicé, aussi bien qu’un relâchement de vigilance chez ses géoliers. Il tenta de s'évader : mais une récompense de 6,000 livres offerte par Vaudreuil, pour sa capture, le ramena bel et bien.

Le 28 novembre 1756, ii subit son procès devant Vaudreuil, pour violation du droit des gens, au Fort DuQuesne et fut déclaré convaincu de trahison pour avoir abusé de sa position neutre d'ôtage, en communiquant des renseignements à l'ennemi ; puis, condamné à mort, Vaudreuil écrivait en novembre 1756 à M. de Machault (1) pour faire approuver la sentence qui décidait de son sort, Le mâle courage de Stobo ne l'abandonna pas dans sa captivité. On le transporta d’une prison commune à une espèce de

() Collection O'Callaghan, Tome X. P. 499,

grand 'admiouveron de 1754, s Pro- Ôtage, g, son suite ; l'intédétenu ue. Il ion et se qu'il et ses ddock, ndignés dèrent, rt par à, l'air uantes, lans Sa e chez npense ure, le

renseidreuil

pour e mâle tivité.

ce de

cachot où deux sentinelles se relevaient aux portes, à tour de rôle, Son biographe, que l2 nature semble avoir doué d’une imagination fort vive, peint à la Rembrandt, les horreurs de ce cachot canadien, où le beau capitaine avait pour visiteurs, non les galantes dames de Québec, de l'entourage de Bigot, mais de ‘“solitaires souris” qui venaient partager avec lui sa ration quotidienne de pain et d’eau : régime assez propre à calmer les ardeurs de cet aventureux Don Juan. On porta même l'inhumanité, dit son biographe, jusqu'à le promener en triomphe, par les rues, les bras liés par de fortes cordes ; le pauvre prisonnier prenait plaisir à répéter à ses maîtres inhumains qu’il espérait ‘“‘que le temps viendrait où il pourrait ieur tirer le nez.” Ce temps vint,

Il est bon de remarquer que l Gouvernement anglais avait désavoué les conditions de la capitulation du Fort DuQuesne, Est-ce pour cette raison que le Roi de France refusa de ratifier la sentence de ‘nort, passée sur le prisonnier, eten ce cas,quelle se trouvait la position réelle de Stobo vis-à-vis leS Francais ? Etait-il ôtage ou simplement prisonnier de guerre ?

En vain, demanda-t-il à être échangé contre d'autres prisonniers aux mains des Anglais : on mentionna le nom de Laforce, canadien, alors prisonnier de guerre en Virginie . inais les autorités refusèrent d'échanger Stobo.

Silvio Pellico, sous les plombs de Venise, seul avec «ses araignées apprivoisées, est bien le symbole de la désolation. Robert Stobo “avec ses souris solitaires,’ dans ce cachot, à Québec, était pour le moins aussi triste, aussi désolé, mais il était pius entreprenant, Sans se rebuter de ce que sa tentative d'évasion de 1756 avait échoué, il trouva moyen après des peines et des fatigues inouies, d'enlever une partie du grillage de sa fenêtre, et, pendant une tempête de pluie, le 30 avril 1757, il sut prendre avantage de l'absence momentanée des sentinelles, qui avaient cherché tefuge contre l'averse, dans une maison voisine, pour

s'évader. Il traversa à la nage le Saint-Charles, et resta. caché toute une journée dans les bois. Vaudreuil offrit de nouveau les 6,000 livres pour recouvrer son prisonnier qui. se rendit, sans encombre, jusqu’à la chûte de Montmorency. Une patrouille, envoyée à ses trousses, le captura et le ramena à Québec. Qui nous redira les péripéties de sa longue et douloureuse captivité ?

Il devint triste, morne, pâle,“ gris, comme un blaireau” dit son bizarre biographe. Mais il était beau dans sa paleur, intéressant pour le sexe, même dans son malheur. En 1757, il y avait à Québec, ‘des anges de perfection, du sexe féminin ; ’ilyen a toujours eu. Ceux de 1757

avaient l'oreille de Vaudreuil ; laissons parler le biographe de Stobo :

“ There dwelt, by lucky fate, in this strong capital, a lady fair, of chaste renown, of manners sweet and gentle soul ; long had her heart confessed for this poor prisonner, a flame best suited with the spirit of the times, to smother.”

Je ne suis pas du tout surpris d'apprendre, qu'il y avait à la Cour du petit roi Vaudreuil, à Québec, en 1757, une de ces “ natures d'élite, ” Bigot en comptait plusieurs à son château, à Charlesbourg, mais qui ne brillaient pas par la chasteré, Je m'étonne cependant du langage guindé que le dit biographe prête à cette jolie française, protectrice de Stobo, intercédant pour sa vie, auprès de Vaudreuil : “ Cousin, aurait-elle dit, notre bonne Cour Canadienne était sans doute en son droit quand elle condamna ce prisonnier hautain {Stobo) à forfaire sa vie à notre Grand Monarque, dont la bienveillance assure la paix au genre humain, et ses victoires, l'empire au monde.”

“ Her Virgin innocence prevailed,” la candeur de cette vierge prévalut : laquelle, paraît-il, était mère de filles encore plus accomplies qu'elle :

Matre pulchré fllia pulchrior.

Stobo était tellement exténué par sa longue captivité,

resta.

rit de ier qui, )ntmotura et de sa

tireau ” ans sa alheur.

ection, craphe

ital, a gentle sonner, other.” y avait 7, une eurs à t pas cuindé protec- Vau- Canaamna notre hix au cette

filles

itivité,

‘qu'elle obtint permission du gouverneur, d'héberger le pauvre captif chez elle, près des remparts, sous la garde de ‘sentinelles. Le beau prisonnier, étant aux petits soins, se sentit renaître à la vie, à l'espérance, grâce aux dames de Québec. Fut-il reconnaissant plus tard, quand le sort des armes lui livra, disent le Mémoire, ces dames prisonnières ? C'est ce que son biographe a oublié de nous dire. Bref, c'est de là que la troisième tentative d'évasion eut lieu. ‘Stobo s'évada, en 1759, avec le lieutenant Stevenson, “officier des Rangers de Roger, et un écossais du nom de ‘Clark, qui s'était fait catholique pour jouir de plus de priviléges dans sa captivité. Les fugitifs ayant trouvé un canot d’écorce, s'y aventurèrent ; après avoir couru des dangers sans nombre, après avoir scalpé deux sauvages, dont ils redoutaient les révélations, etc, ils arrivèrent dans une des paroisses du bas du fleuve, et rencontrèrent le seigneur de Kamouraska,le chevalier de la Durantaye. Le haut et puissant seigneur de Kamouraska, revenait chez lui dans une chaloupe chargée de blé : Stobo s’en empara au grand déplaisir de ce dernier, qui lui tint le discours suivant : “Je suis le Chevalier de la Durantaye : les îles de Kamouraska en entier m'appartiennent, et le gentilhomme le plus distingué qui y réside est mon vassal: le plus pur sang canadien coule dans mes veines et le puissant Duc de Mirepoix me reconnaît comme son parent, ainsi que plusieurs autres nobles de France, sans compter que ma vieillesse et me: infirmités doivent me garantir contre l'indignité d’avoir à conduire mes ennemis à la rame dans cettte chaloupe.” Stobo lui répondit : “Monsieur, la fortune de la guerre vous a remis entre nos mains, et si vous étiez le Grand Monarque lui-même, et tous vos matelots, autant de pairs de France, soyez sûr que ce serait votre destinée, de conduire à la rame aujourd'hui un sujet britannique. Ramez-donc, mon «mi, ramez ; jetons à la mer ce qu'il sera nécessaire de blé pour alléger l’'embarcation, tandisque notre canot d'écorce est remorqué.” Finalement, Stobo ayant payé au

chevalier la valeur du blé jeté à la mer, le rendit à la libe-t{, après s'être emparé de force d'une embarcation française, avec laquelle il se rendit à Louisbourg, après avoir échappé à des dangers infinis. La flotte anglaise ayant quitté ce port pour Québec, Stobo revint rejoindre Wolfe devant Québec, et lui rendit de grands services par ses connaissances des lieux, (1) Wolfe et Stobo allèrent s'emparer des dames de Québec, qui s'étaient, au rapport

de Sieur Jean Claude Panet, (2) réfugiées à la Pointe aux Trembles, Elles furent mises en liberté le lendemain, après

avoir été traitées avec toute espèce d'’égards : le jeune Général Wolfe, âgé de 32 ans et qui devait à son retour en Angleterre épouser Miss Lowther (laquelle devint plus tard duchesse de Bolton) se montra un courtois et galant seigneur, *“ Chaque officier, dit la Relation de J. ©. Panet, ayant donné son nom aux belles prisonnières qu'il avait faites.” En ce cas, laquelle, pour le quart d'heure, fut Madame Wolfe ? Madame Murray ? Madame Stobo ? antiqua'res, cherchez.

Stobo fit connaitre en outre à Wolfe, (3) le sentier du Foulon qui conduit aux Plaines d'Abraham, et eut mission, cette automne là, de porter des dépêches à Amherst, vers le lac Champlain.

() Now he scours through the woods, in his green dress, with bonnet blue, to help each reconnoitring or scouring party.... The frigates passed the town, then he as leader up he goes to take his fair acquaintances, up the river of whom a goodly number is seized ; then Monsieur Stobo's name is all that is heard for half an hour at least ; this lady enters her complaint and avers that she is wronged, (Memoirs of Stobo.)

(2) 21 juillet 1759. ‘‘ A trois heures et demie du matin les douze cents hommes ont monté à la Pointe-aux-Trembles. Ils ont reçu une fusillade d'environ 40 sauvages, où ils ont environné les maisons autour de l'église, et ont fait trois hommes prisonniers, dont le Sieur LaCasse. Ils ont emmené environ treize femmes de la ville, réfugiées audit lieu, dont Mesdames Duchesnay, De Charnay, sa mère, sa sœur, Malle Couillard, la famille Joly, Mailhiot, Magnan, étaient du nombre. Ils les ont traitées avec toute la politesse possible, Le général Wolfe était à la tête et le Sieur Stobbs (Stobo) était du nombre, qui a fait bien des compliments.'?,,,.,,,,,,..,..,,,,.

Ce qu'il y a de plustriste, c’est que les anglais ne leur avaient fait aucun tort et que les sauvages ont pillé les maisons et presque tous les biens de ces familles réfugiées.

22 Juillet [1759]. Environ les neuf heures, ils ont envoyé un parlementaire de l'Anse des Mères pour offrir de remettre à terre toutes les femmes, à condition qu'on laisserait pue un petit bateau chargé de leurs malades et blessés, Cette oftre a été acceptée. Nous avons été recevoir les femmes à l'Anse des Mères à trois heures de relevée, et qui ont été reconduites avec beaucoup de politesse,

Les anglais avaient promis de ne point canonner ni bombarder jusqu'à neuf heures du soir,pour donner aux dames le temps de se retirer où elles jugeraient à propos.” (Relation de J. C. Panñet 1759.

GC) Ænox's Journal. Vol. Il

à la tion 1près laise ndre s par èrent >port aux près eune tour plus

gaa qu'il e, fut >bo ?

du misderst,

o help k leader umber least ;

es ont Les, où nniers, s audit

la fala pou nom-

t que es.

‘Anse sserait eptée.

et qui

ieures Rela-

Puis, il fit voile pour Boston ; son vaisseau fut capturé par un navire français, ayant des lettres de marque, mais ce vaisseau ayant déjà plus de prisonniers qu’il n’en pouvait contem, relâcha sa capture après en avoir exigé une forte rançon. Plus tard ayant fait voile, le 18 février 1760, pour l'Angleterre, Stobo tomba encore aux mains des Français, qui lui firent payer encore une forte rançon pour sa liberté,

Puis. nous retrouvons l'aventureux capitaine, muni de lettres bienveillantes du fameux ministre Pitt au général Amherst, laissant Falmouth, le 24 avril 1760, pour revenir prendre du service en Amérique,

La chambre des représentants de la Virginie lui avait préalablement voté 41,000 pour l'indemniser de ses souffrances, et £500 pour arrérages de paie pendant sa captivité, avec les remerciments de la province de la Virginie. Ce fut George Washington, qui fut chargé de présenter les adresses de remerciments. Z’Arimy List nous fait connaitre que Stobo fut nommé capitaine au i5e régiment d’infanterie, le 5 juin 1761. (1) Il revint en Amérique et servit en 1762 aux îles occidentales, Il retourna en Angleterre en 1767 et quitta l’armée en 1770, année où il semble être mort, Voilà une courte esquisse de l'aventureuse carrière du brave, du beau et peu scrupuleux Major Robert Stobo, l'ami, selon David Hume, de l'historien Smollet. Jl aurait fourni, dit-on, à cet écrivain distingué, le calque de son héros de roman, le capitaine Lismahago, dans l:s Adventures of Humphrey Clinker : mais c'est une copie exagérée, de cette singulière silhouette historique, (2) qui perce si sou-

(1) Knox mentionne en note : ‘This is M. Stobo, an ofticer of great merit who had been an occasional major of the Provincials, and for particular good services, was rewarded with a company of the 15th Reg. of foot'!.

(2) Quelques-uns des faits et gestes du: Sieur Stobo sont brièvement mentionnés au second tome du Journal de Kuox, Page 84, entrée du 26 août 1759,ainsi qu'à la Relation de Jean Claude Panet. Page 13, entrée du 21 Juillet 1759 : l'historien Ferland y fait allusion page 574.—"Tome 11, Cours d'histoire du Canada. ZLa Collection O’Callaghan, Tome, XII, Page 1025, contient un sommaire biographique de cet étrange homme de guerre—mais il faut l'étudier surtout dans le rare volume ‘‘ Memoirs of Robert Stobo— Pittsburg—1854,— d'après un manuscrit de Londres.

vent dans nos annales, au temps du grand siège et qui est maintenant esquissée pour la première fois, pour. nos lec-

teurs français. Elle servira plus tard, sans doute, de héros à nos romanciers.

qui est os lec- > héros

Page 1