SAMUEL J, WATSON
Si le passé du Canada Français éveille peu d'émotions chez les descendants de ces loyalistes, ils aiment néanmoins à perpétuer le souvenir des rudes commencements de leur propre existence coloniale, des épreuves et des dangers encourus par les hardis pionniers à qui ils devaient la vie.
L'origine du régime constitutionnel que Pitt et Grenville leur octroyèrent, en 1791, aussi bien que leurs propres luttes contre l'oligarchie qui pesait sur chaque section du Canada,-—-leur dévouement en 1812—leurs jours sanglants de 1837-38, pour anéantir un état de choses intolérable à tout homme libre—leurs développements—leur progrès incroyable en richesses, en population (1) depuis l’ère de la Confédération : ce sont-là autant d'agréables thèmes à broder pour leurs historiens, autant de poëmes à chanter pour leurs poûtes !
' e malheur, c'est que les historiens et les poëte sont rares chez eux ?
L'atmosphère du Don et du Æumber était peu favorable à la muse de l’histoire. A/wddy Little York semblait plus sympathique aux disciples de Plutus qu'aux fils d'Apollon
Si le Haut-Canada a été pauvre en historiens et en poètes, sa presse périodique fut riche en vigoureux journalistes, en économistes, en penseurs : quelques-uns d’entre eux se sont livrés à d'importants travaux,en histoire,surtout l'histoire constitutionnelle et parlementaire de leur pro:
vince.
Il est permis de regretter que la mort ait enlevé trop tôt
un jeune journaliste Irlandais, dont les écrits sont marqués au coin du talent.
Samuel-James Watson naquit à Armagh, en Irlande, en 1537, et fit ses études à l'académie de Belfast. À l'âge de vingt ans, il vint chercher fortune au Canada, fit ses premières armes dans le journalisme où il se distingua par l'exactitude et l'habileté avec lesquelles, il rendit compte
(1) En 1783, la population du Haut-Canada était d'à peu près 2,000 âmes et celle du Bas, de 160,000. Maintenant la population d'Ontario excède celle de notre province.
1e -comme reporter des débats parlementaires sur l'important is projet de loi sanctionné en 1867, connu sous le nom de ut l'Acte de la Confédération.
ra Ses aptitudes lui ouvraient en 1871, la porte à l'imte. portante charge de bibliothécaire de la Chambre d'As- Ile semblée d’Ontario, où il se signala par la préparation d’un Fe Catalogue des livres de cette bibliothèque, lequel lui valut äû beaucoup d’éloges. Vers cette date, il s’éprit des annales
canadiennes et préluda à ca genre de travail par un rosan
ë. historique sur le Massacre de Lachine, en 1689, ayant ee pour titre : PAIN KILLER, or the MASSACRE OF LACHINE . La a Canadian Romance, 1870.
ee En 1874, parut le premier volume de son histoire consis titutionnelle : The Constitutional History of Canada : la mort le surprit avant la publication du II volume, hien que dans l'intervalle il mît au jour, en 1876, un drame sont institulé RAVLAN,-A DRAMA.
Puis, en 1870, il traitait un sujet que M. Alpheus Todd rable semble presqu'avoir épuisé: 7%e Poiver of Parliament, sans plus compter plusieurs autres.
llon M. Watson expirait à Toronto, le 31 octobre 1881 : t en rnantre tout ir SU pro- Dp tot rqués le, en
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celle du ce.
John Charles Dent, Historien.
Voici M. Dent, l'un des plus brillants journalistes d'Ontario, porteur de deux superbes volumes, de 500 pages (1) chacun, imprimés sur beau papier, avec caractères neufs, luxe de portraits, de paysages, dessinés quelques-uns par la princesse Louise, Une copieuse table de matières rend facile l'accès à ces robustes 77-guarto pour référence.
Si, à notre point de vue, la florissante province d’Ontario a été dans le passé, pauvre en historiens, sous:le rapport des journalistes elle a été riche, très-riche, Il est facile de s'expliquer l’empire que la presse quotidienne exerce sur sa population instruite quand on songe qu’elle a compté, qu'elle compte encore, parmi ses publicistes, des écrivains comme Goldwin Smith, la plus forte plume anglaise de l'Amérique entière ; les deux Brown, George l'ainé, et son plus jeune frère, John Gordon Brown; William Lyon McKenzie, Charles Lindsay, William A. Mc- Dougall, Morrison, Blackburn, Beattie, Sheppard, Samuel J, Watson, John Charles Dent, Martin J. Griffin, Roberts, et un groupe de littérateurs plus jeunes encore, actifs, amateurs de l'étude et pleins de talents.
M. Dent nous était déjà connu—avantageusement même —par son beau livre “ 7%e Canadian Portrait Gallery,” (2) et les pages qu’il vient de tracer dans “ Canada since the Union of 1841” resteront comme un monument de laborieuses et utiles recherches.
Il y a chez M. Dent de grandes qualités, des qualités que parmi les annalistes de notre pays tourmenté de divisions politiques, d'antagonisme de races, etc., l'on ne tiouve. pas à toutes les portes, Il y a de l’impartialité, de la déli-
(1) The last forty years : Canada sinre the Union of 1841.—By John Charles Dent— George Virtue, publishers, Toronto 1882,
(2) 11 eut entr'autres pour collaborateurs : (reorge Stewart, jr., de Québec, et Sir Francis Hincks, de Montréal,
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catesse dans les jugements formulés par lui ; il serait diffcile de dire à quelle école politique il appartient.
Et s'il ne nous enthousiasme pas toujours lorsqu'il nous dévoile la carrière ardue, les nobles aspirations, les luttes désespérées de ces mâles et patriotiques figures de 1837-38, les Papineau, les Viger, les Lafontaine, les Morin, les Taché, les Cartier, c’est, croyons-nous,parce qu'il n’a pu, comme nous, assister au douloureux spectacle de la patrie agonisante, voir les acteurs à l'œuvre, les prendre sur le vif. M. Dent a grandi dans un autre milieu, dans une autre ère, subissant d’autres influences, d’autres convictions ; il n'était tenu que d’être le froid,l'impartial historien d’une époque. Aussi, avec la Ainerre,devons-nous répéter : C'est peut-être la première fois que l’histoire politique (du Canada) est écrite par une main anglaise sans le parti pris de toujours dire du mal des Canadiens-Français.”
Il est toutefois regrettable que cet écrivain n'ait eu l'avantage, comme en ce moment M. C H. Farnham, de séjourner parmi nous quelque temps. En se familiarisant avec nos us et coutumes, avec la vie intime du peuple des campagnes, il aurait pu sans doute se garantir contre quelques appréciations qui nous semblent hasardées et plus que risquées. Yeau-Baptiste est de trop bonne lignée pour toujours faire queue, Le mode de concession de nos terres, sous l'ancien régime seigneurial, avait moins d'inconvénients que M. Dent lui en prête... En fait de culture moderne, nos bons amis du Haut-Canada, en 1841, aussi bien qu: nos cultivateurs de Québec, avaient encore bien des choses à apprendre, car l'agriculture améliorée, chimique, date, au plus, du commencement du siècle, Les élections à coup de bâton, à Montréal, en 1841, eussent mérité, il nous semb'e, une note de censure plus forte que M. Dent leur applique, à moins que l’histoire ait été singulièrement injuste à Lord Sydenham. Si l'annaliste des dernières quarante années n'a qu'à dire à ses lecteurs d'Ontario, pour que la chose soit admise, qu'avant l’Union des