FAILLON
Faillon a décrit si bien le fondateur, M. Olier—et souvent, le dépréciateur de Québec et de son éminent prélat, Monseigneur de Laval,
Voilà, messieurs, une courte esquisse de la vie et des travaux de ces hommes estimables. à des titres divers, mais qui en possèdent tous un que nous ne pouvons méconnaître, je veux dire, un titre bien établi à notre reconnaissance
Puisse leur exemple trouver de nombreux imitateurs ! Le champ de notre histoire est assez vaste, assez riche pour que l’on puisse trouver à y glaner, même après des moissonneurs aussi laborieux, aussi infatigables !
Le Ccmmandeur Viger, Antiquaire.
Je ne saurais mieux esquisser M, Viger que ne l’a fait M Lareav.
Jecques Viger naquit à Montréal en 1787, et y mourut en 1858. Il fit ses études à l’ancien coliège de Montréal qui. portait alors le nom de collège £t. Raphaël. Servit dans la campagne de 1812 comme officier sous le commandant de Salaberry. Passa la plus grande partie de sa vie à collectionner les documents historiques se rattachant à l'histoire du pays. Tout le monde connait la fameuse ‘“ Sabredache,” chronique variée et intéressante qui parut en partie dans la Bibliothèque Canadienne et V Encyclopédie Canadienne de Michel Bibaud.
Le Commandeur Viger n'a presque rien écrit et cr :endant,comme antiquaire, il jouit d’une réputation sans exemple. Cette réputation que la tradition nous a apportée, est passée à l’état légendaire. Elle fait de lui un des plus curieux types de notre histoire littéraire, “ Habile critique antiquaire, numismatiste et héraldis'e, lieutenant-colonel de milice, premier maire de Montréal (1},ancien inspecteur des ponts et chaussées, Commandeur de l'Ordre romain de St. Grégoire-le-Grand, membre honoraire de l’Institut Polytechnique, classe des lettres et ci-devant Président de la société nationale de St. Jean-Baptiste, —patron distingué des Beaux-Arts, il formait le plus bel album existant en Canada pour lequel il retrouvait, et faisait peindre en miniature ou graver les portraits de nos célébrités.”
QG) Viger fut élu maire de Montréal en 1832, et fut recommandé par Lord Gosford pour un siège au Conseil Exécutif. ‘AL Jacques Viger, dit M. de Puibusque, est lo Bénédictin du l'anada, uu nouveau Saumaise, un président Hénault, il n'a pas fait imprimer un livre d'archeologie ou de critique historique et il est connu au délà de la frontière; des savants d'Amérique et d'Europe le consultent sur les faits les plus anciens ou les plus obscurs de notre histoire comme ou consultait autrefois les oracles de Trévoux et de St. Maur, comme on consulte aujourd'hui l'Art de vérifierles dates. Il semble être à lui seul une academie des Inscriptions et Belles-Lettres, une société royale, au plutôt nationale, très nationale, des antiquaires... ,
G. B. Faribault, Antiquaire.
En pénétrant dans la bibliothèque de la Socicté Litteraire ct Historique de Quebec, un des premiers objets qui frappe la vue est un tableau à l'huile, un buste peint aux frais de la Société elle-même, par l'artiste canadien Théophile Hamel.
Le concierge ne manquera pas de vous informer, si vous êtes étranger, que c'est le portrait d’un des présidents les plus distingués, les plus dévoués de l'association, —celui de M. Faribault—l'érudit antiquaire, le vieil ami de Jared Sparks, de Bancroft, de Jacques Viger, des historiens Garneau, Christie, Ferland, de DeGaspé, Thompson, Laverdière et Casgrain.
Laissons à ce dernier,son sympathique biographe, le soin de nous le faire connaître :
GEORGES-BARTHÉLEMI FARIBAULT est né à Québec, e 3 décembre 1789. Comme la plupart des jeunes gens de son temps, il ne fit pas de cours d’études régulier. Il fréquenta, pendant quelques années, l’école d'un professeur écossais de Québec, M. John Fraser, ancien vétéran de l’armée du général Wolfe.
Après avoir suivi les leçons du vieux professeur, M. Faribault compléta ses études par lui-même, à force d'énergie et de persé= vérance.
Il se livra ensuite à l'étude du droit chez l'honorable J. A. Panet, et fut admis au barreau de Québec en 1811. Pendant la guerre de 1812, il servit dans les rangs des milices canadiennes.
Quoiqu'il se soit peu livré à la pratique de sa profession, néanmoins il en avait acquis une connaissance approfondie ainsi que l’attestent plusieurs causes difficiles qui lui ont été référées comme praticien, par les tribunaux, et qu'il sut démèler ,avec une rare habileté.
Dès cette époque, il manifesta un goût prononcé pour les études historiques qui devaient remplir” une’st large part dans son existence.
En 1822, il entra au service de la Chambre d'Assemblée du Bas-Canada, et passa successivement par les grades d'écriv ain, de greffier de comité et de traducteur français. En 1832,il fut
promu au poste d’Assistant Greffier, en remplacement de M. Routillier. A l'époque de l’Union des deux Canadas (1840), il devint Assistant Greftier, de l'Assemblée Législative, poste qu'il occupa jusqu’en 1855.
À part les devoirs de sa charge, il consacra, durant cette longue période, une partie considérable de son temps à la forma uon dune collection d'ouvrages et de documents impertants relaufs à l'Histoire du Canada. Cette collection s'élevait « plus de 1620 volumes, lorsqu'il eut la douleur de la voir complètement détruite par l'incendie des édifices du Parlement à Montréal en 1849. Sans perdre courage, l'infatigable archéologue se remit de nouveau à l’œuvre ct recommenta une seconde collection. Ce fut pour compléter ce long travail que la Chambre d'Assemblée le députa en Europe en 185r.
[l partit de Québec le 3 octobre, accompagné de Madame Faribault et de sa fille. Après un court séjour à New-Vork, il s'embarqua pour Londres où il séjourna peu de jours et arriva à Paris le 10 novembre, Il v trouva un ami dévoué des Canadiens dans la personne de M, de Puibusque qui lui fut d’un secours immense pour ses recherches Il l’aida de ses conseils et lintroduisit lui même auprès des différents ministères.
Tout semblait présager le plus heureux succès, lorsque les événements du 2 décembre vinrent entraver toutes ses démar ches. Les réponses aux demandes qu'il avait faites aux différents ministres furent surtout retardées pendant un temps considérable. Mais d'autres circonstances bien autrement douloureuses interrompirent soudainement sa mission en le plongeant dans la plus profonde affliction. Madame Faribault, dont la santé avait été ébranlée par la frayeur que lui avaient causée les graves incidents du Coup d'Etat, tomba dangereusement malade, et fut enievée à la tendresse de son époux dans le cours du mois de mars 1852. Anéanti par ce choc funeste, et malade lui même depuis plu: sieurs semaines 1l fut longtemps incapable de reprendre ses occupations.
Instruit de son malheur et de là situation précaire de sa santé, le gouvernement canadien envoya de Londres son agent, M. Wickstecd, pour lui prêter assistance.
Partout, dans les différents ministères, auprès des secrétai.es des diverses Académies, il reçut le plus bienveillant accueil.
* De généreuses et magnifiques donations dignes de la France, # dit-il dans son rapport, me furent faites pour la bibhothèque, ‘ quoique plusieurs de ces ouvrages lui avaient été présentés en “1849 Il m'est impossible en ce moment d'en développer ‘“ toutes les richesses et leur importance, mais la valeur en peut ‘‘ être estimée à plus de £400 sterling
A son retour en Canada, l'Assembiée législative vota à M. Faribault une gratification de £250 en reconnaissance de l’habi.
G. B, FARIBALLT 87
leté et de l'intelligence qu'il avait déployées dans l'accomplisse ment de sa mission.
Grâce à ses soins continuels, la nouvelle bibliothèque avait atteint le chiffre de 2,000 volumes, lorsque dans la nuit fatale du rer février 1854, l'incendie du magnifique palais du gouverne ment, à Québec, en réduisit encore une partie en cendres. Près de 700 volumes périrent dans, les flammes, parmi lesque! s se trouvait un nombre considérable de publications du seizième et du dix- septième siècle, dont plusieurs ne pourraient peut-être plus jamais être remplacées.
L'année suivante, il offrit sa démission à la Chambre d'Assemblée qui lui alloua, en témoignage des services éminents qu'il avait rendus au pays, une pension de retraite de £400.
C’est à son initiative et à ses généreux sacrifices, aidés de quelques dons patrotiques, que nous devons le superbe monument élevé à Montcalm, dans l’église des Ursulines, et qui fut solennellement inauguré, le 13 septembre 1859, anniversaire de la bataille des plaines d'Abraham.
A cette oucasion le dernier descendant de l'importel guerrier, le comte Victor de Montcalm écrivait à M. Faribauit, en lui exprimant toute sa reconnaissance, ces nobles paroles où respire la grande âme du héros :
Ait …... Arrière-petit-fils et dernier rejeton de la famille ‘ du Marquis de Montcalm, je ne saurais assez exprimer ma pro ‘* fonde émotion en lisant les généreuses intentions des habitants ‘ Le Québec. Retrouver si vivante et si chère, après un siècle entier, la mémoire de mon aïeul, est chose bien douce à mon cœur, Mon bonheur serait complet si je pouvais me trouver au milieu de vous, le 13 septembre, et exprimer toute ma reconnaissance à mes compatriotes. Mais si, hélas ! une faible santé * me retient fixé sur le sol de notre vieille France, croyez, mon sieur, et soyez assez bon pour le redire à tous, que le cœur canadien de mon grand- père battra dans ma poitrine, le jour ae ce glorieux anniversaire, avec autant de force que jadis le “ sien en défendant Québec.”
M. Faribault était un des fondateurs de la Société istorique de Québec, et l’un ge ses premiers bienfaiteurs. La société a voulu en perpétuer le souvenir en faisant suspendre, dans la salle de ses séances, Le portrait qui est une des meilleures peintures du gendre de M. Faribault, notre excellent artiste, M. Théophile Hamel.
Dans la vie privée, M, Faribault était le modèle du gentilhomme accompli. Au milieu de notre siècle démocratique, où lon n'aspire plus qu’à effacer toute distinction dans la société, il est une aristocratie oue l'on ne parviendra jamais à détruire : c'est celle de l urbanité, de la politesse des manières, de la dignité et de la noblesse des sentiments M. Faribault appartenait à cette aristocratie qui ne passera pas. Humble et modeste comme le
vrai mérite, sa parfaite éducation, l'exquise délicatesse de ses procédés, le rayon de gaieté douce qui reluisait sur sa physionomie, l'attrait d'une érudition qui n'avait rien que d'agréable, donnaient à sa conversation un charme et une grâce intarissables. Sa maison était le rendez-vous de toutes les illustrations étrangères qui venaient visiter notre ville ; ileüt été difcile de trouver, pour nous représenter, un type plus parfait, et un meilleur interprète de nos héroïques annales.
Ses funérailles ont eu lieu au milieu d'un grand concours composé de l'élite des citoyens de Québec Les coins du poêle étaient portés par les Honorables KR. É. Caron, Louis Panet, Messieurs Charles Langevin, Jean Langevin, Ph. A. De Gaspé et ie com missaire général James Thompson. Le service à été chanté par M. l'abbé Laverdière, et l'absoute faite par M. l'abbé Casgram.
Les restes de M. Faribault reposent au cimetière de Notre- Dame de Belmont, près des cendres de notre historien Garneau
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B. Sulte, Poete, Antiquaire, Historien.
Le président de la Société Royale du Canada, 1ère section, M. Benjamin Sulte naquit aux Trois-Rivières en 1841. De bonne heure il fit preuve de goûts et d'aptitudes littéraires fort prononcées: ses premières poésies en sont une preuva« indéniable, Le temps est maintenant éloigné où un spirituel collècue, membre de la Société Royale du Canada, lui aussi, poëte à ses heures, l'abbé Dawson, d'Ottawa, surnommait Sulte, à cause de sa jeunesse et de son nom—‘le Benjamin de la famille de nos poëtes Canadiens,”
Maintenant le jeune Trifluvien d'autrefois s'est épanoui en un grave historien. M, Sulte s'est noblement acquitté des obligations que lui imposait l'amour du sol natal, en écrivant les annales de sa ville chérie: Trois-Rivières. Klle lui doit aussi la fondation de l'Institut Littéraire, dont il fut le premier président,
Voici comme M. Lareau, peignait à son début ce jeune nourrisson des Muses : ‘“ Le style de M. Sulte se rapproche plus de la chanson que de l'élégie ou de la tragédie. On s'apercoit que ses instincts ou ses étude: l'ont porté plus vers Béranger, Pierre Dupont et Desaugiers,que vers Hugo, Lamartine ou Auguste Barbier. Parfois cependant, on croit saisir comme une strophe de Musset qui rase d’une aile légère quelques pages amoureuses des Zaurentiennes."
“ Sulte chante, dit M. Routhier, le Canada et ses beautés, ses droits et ses devoirs, ses douleurs et ses espérances, Il évoque le passé et en célèbre toutes les gloires et rappelle le présent et en traduit les leçons; il s'élance vers l'avenir et flatte nos rêves d'or. C'est un hymne qui se répète, et dont les échos vont sur tous les sentiers réveiller le patrio‘isme endormi.” (1)
(Q) Les C'anseries dir Dimanche, p. 241
“Il n'a, ajoute Lareau, ni la vigueur lyrique de Fréchette, ni la douceur ineffable de Lemay, ni mème l'onction patriotique de Crémazie, mais en revanche, sa poësie est plus pétillante, sa phrase plus claire et plus égale, son esprit plus franchement gaulois.”
M, Sulte a commencé à publier des vers en 1860 sous des noms de plume, La première pièce signée de son nom véritable a pour titre Les Canotiers du Saint-Laurent, 1861. Après avoir publié quelques pièces dans le Yowrnal de l'Instruction Publique, À devint également collaborateur de la Xevue Canadienne qui se fondait en 1864, et depuis vingt ans il a été le plus constant écrivain de cette deruière publication, en prose et en vers. C'est là qu'il mit au jour (1868) ses nremiers articles sur la question du déboisement de nos forêts, articles qui lui valurent du coup une renommée de prosateur comme il en avait déjà acquis une de poëte, En 1870 l'éditeur de la Xesne Canadienne imprima un recueil des poésies de M. Sulte sous un titre bien approprié : Les Laurentiennrs. La même année, le même éditeur imprima la première partie de l'Æ/éstoire des Trois-Rivières, travail tout d'érudition,
Depuis lors, M. Sulte à tenté plusieurs genres en littérature : Ja chronique, la nouvelle ou petit roman, ia critique, la conférence parlée ou plutôt improvisée où il excelle.
En 1871, l'éditeur de la Xevne Canadienne publia L’'Æxpedition Militaire de Manitoba, un travail dont es sources sont de première valeur et qui sera toujours consulté.
En 1873, parut Le Canada en Europe, qui, répandu à profusion à Paris, attira les yeux des français sur notre pays. On a reproché à M. Sulte d'avoir trop vivement piqué l'amour-propre des Français, Il répond : “il fallait les faire asseoir sur une pelotte d’épingles ; je l'ai fait.
En 1876, M. Suite, qui sortait de la présidence de l’Institut Canadien-Français d'Ottawa,inaugurant un édifice qui coûtait plus de $20,000, publia aux ateliers du journal Ze Canada une histoire fort curieuse de l'élément français dans
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