‹ Monographies et esquisses [microforme]Chapitre 51 sur 131 · SÉPULTURES DANS OU SOUS LES WIGWAMS · texte numérisé non relu

SÉPULTURES DANS OU SOUS LES WIGWAMS

Butel de Dumont décrit comme suit un mode de sépulture usité chez certaines peuplades de la Louisiane, en 1753:

‘“ Les Paskagoulas et les Billoxis n’enterrent point leur Chef, lorsqu'il est décédé, mais ils font sécher son cadavre au feu et à la fumée, de façon qu'ils en font un vrai squelette. Après l'avoir réduit en cet état, ils le portent au Temple (car ils en ont eu, ainsi que les Natchez), et le mettent à la place de son prédécesseur, qu'ils tirent de l'endroit qu'il occupait, pour le porter avec les corps de leurs autres chef, dans le fond du temple, où ils sont tous

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‘rangés de suite et dressés sur leurs pieds comme des statues. A l'égard du dernier mort, il est exposé à l'entrée de ce Temple sur une espèce d’autel ou de table de cannes, et

«couvert d’une natte très fine travaiilée fort proprement en

carreaux rouges et jaunes avec l'écorce de ces mêmes cannes. Le cadavre du Chef est exposé au milieu de cette table, droit sur ses pieds, soutenu par derrière par une longue perche peinte en rouge, dont le bout passe au-dessus -de sa tête, et à laquelle il est attaché par le milieu du corps avec une liane, D'une main il tient un casse-tête ou une petite hache, de l’autre une pipe ; et au-dessus de sa tête est attaché, au bout de la perche qui le soutient, le calumet le plus fameux de tous ceux qui lui ont été présentés pendant sa vie, Du reste cette table n’est guère élevée de terre que d’un demi-pied ; mais elle a au moins six pieds de largeur et dix de longueur.

C'est sur cette table qu'on vient tous les jours servir à manger à ce Chef mort, en mettant devant lui des plats de sagamité, du bled-grolé ou boucané, etc. C'est là aussi qu'au commencement de toutes les récoltes ses sujets vont lui offrir les prémices de tous les fruits qu'ils peuvent recueillir. Tout ce qui iui est présenté de la sorte reste sur cette table ; et, comme la porte de ce Temple est toujours ouverte, qu’il n’y a personne préposée pour y veiller, que d’ailleurs il est éloigné du vill:: d'un grand quart de lieue, il arriveque ce sont criinairement des étrangers, chasseurs ou sauvages, qui profitent de ces mets et de ces fruits, ou qu'ils sont consommés par les animaux. Mais cela est égal à ces sauvages ; et, moins il en reste lorsqu'ils y retournent le lendemain, plus ils sont dans la joie disant que leur Chef a bien mangé, et que par conséquent il est content d'eux, quoiqu'il les ait abandonnés. Pour leur

ouvrir les yeux sur l'extravagance de cette pratique, on

a beau leur représenter, ce qu'ils ne peuvent s'empêcher de voir eux-mêmes, que ce n'est pas ce mort qui mange ; ils répondent que si ce n’est pas lui, c'est toujours lui au

moins qui offre à qui il lui plaît ce qui a été mis sur la table ; qu'après tout c'était la pratique de leur père, de leur mère, de leur parents ; qu'ils n’ont pas plus d'esprit. qu'eux, et qu'ils ne sauraient mieux faire que de suivre leur exemple.

C'est aussi devant cette table, que, pendant quelques mois,la veuve du Chef, ses enfants, ses plus proches parents, viennent de temps en temps lui rendre visite et lui faire leurs harangues, comme s’il était en état de les entendre. Les uns lui demandent pourquoi il s’est laissé mourir avant eux. D'autres lui disent que s’il est mort ce n’est point de leur faute ; que c’est lui-même qui s’est tué par telle débauche ou par tel effort ; enfin, s’il y a eu quelque défaut dans son gouvernement, on prend ce temps-là pour le lui reprocher, Cependant ils finissent toujours leur harangue, en lui disant de n'être pas fâché contre eux, de bien manger, et qu'ils auront toujours bien soin de lui. ”

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