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LA CRÉMATION

Cette cérémonie mortuaire est vieille comme le monde:

C'était par une sereine journée d'automne, sous le bleu ciel d'Italie. On préparait un bûcher sur le rivage, à l'ombre des noires forêts qui bordent la Méditerrannée, D'un côté la magnifique baie de Spezzia ; de l’autre une antique ville latine ; en face, des groupes d'îles verdoyantes comme des corbeilles de fleurs flottant sur onde ; partout une nature vaste, radieuse, favorabie à l'inspiration.

Le feu sacré s’allumait pour des rites funèbres ; on roulait dans le brasier des troncs d'arbres, des débris de naufrage ; on préparait l’encens et le vin du sacrifice,

Pour qui donc ce bûcher ? Est-ce pour un guerrier Etrusque, quelque explorateur fameux de Carthage, englouti par le perfide élément, quelque navigateur de Tyr ou de Sidon, victime des fureurs de Neptune, ou un compatriote de Menœachns ou d’'Archemorus occis pendant la guerre de Thèbes ? Nullement, messieurs les historiens et

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archéologues. Nous ne sommes ni dans l’âge préhistorique ni aux temps moins reculés mais encore obscurs où une louve bienveillante allaitait deux enfants sur le mont Palatin. Nous sommes en plein dix-neuvième siècle, La scène se passe à Villa Reggio, près de Livourne, Et vous, messieurs les poëtes, (1) ne soyez pas trop scandalisés si l'on vous dit ce qui advint, en septembre 1822, aux

restes d’un des vôtres, l'illustre poète Shelley, après son

fatal naufrage sur la Méditerrannée.

Qui de vous a oublié que Lord Byron, accompagné de Leigh Hunt, Trelawney, le capitaine Shenley et un autre ami, cOnfia aux flammes la dépouille meurtrie de son malheureux ami, Percy Bysshe Shelley, noyé dans la baie de Spezzia ?

Est-ce que cet exemple donné par le poëte anglais porterait ses fruits de nos jours ?

Tout récemment la presse des Etats-Unis abondaït en détails sur les cas de cfémation qu'un célèbre médecin français [2] tentait naguère à Washington, où il avait établi à grands frais un laboratoire (crematorium) pour cet objet (3) Les journaux de Londres signalaient récemment au delà de cent cas de crémation dans le Royaume-Uni.

Revenons à nos sauvages.

La crémation est un procédé usité non seulement parmi les tribus sauvages à l’ouest des Montagnes Rocheuses, mais parmi celles qu: sont groupées à l'est, Elle était en honneur chez les Grecs, les Romains, les peuples asiatiques. Elle menace même de s’introduire chez les modernes, Bien qu'il existe de l'analogie entre cette pratique chez les anciens et chez les peuplades de l’A mérique du Nord,elle en diffère à

[7] Il ne faut pas oublier que les poëütes les plus disitngués du Canada, MM. Fréchette, Sulte, Lemay et Marchand, font partie de la première section de la Société Royale.

(2) Le Dr. Jules Lemoyne, récemment décédé à Washington.

[3] Le 8 mai courant, on faisait subir la crémation à Washington aux restes mortels du profeseur Samuel G. Gross.

certains points,et donne lieu à d’intéressantes dissertations. Schoocraft, (1) Stephen Powei, (2) Ross Cox, (3) Henry Gilman, (4) A. S, Tiffan:, ont tour à tour jeté du jour sur cette question.

Chez certains peuples, on attendait sept ou huit jours avant d'allumer le bûcher, afin de donner le temps aux parents de bien constater l'identité du mort. Chez d’autres on brûlait avec le cadavre tout ce qui avait appartenu au, défunt ; puis on enfouissait les cendres dans un trou.

Henry Gilman signale la découverte d'un tertre, en Floride, rempli de restes humains, et où des crânes avaient été réservés pour recueillir les cendres. On ne voyait sur ces crânes aucune trace de feu. Chez certaines tribus de l'Orégon, la crémation des cadavres était l’occasion d’affreux traitements pour les veuves des morts. Elles étaient tenues ‘ de recueillir les restes, de les envelopper dans de l'écorce, et de les porter sur leur dos pendant plusieurs années, Elles devenaient comme les esclaves de la tribu dont elles subissaient les mauvais traitements, au point qu'elles cherchaïient quelquefois dans le suicide un terme à leurs maux. Selon ces barbares, le feu du bûcher avait pour effet de dégager du corps l'âme qui s'élevait avec la fumée vers le soleil, et qui regagnait les régions fortunées dans l'ouest.

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