‹ Monographies et esquisses [microforme]Chapitre 71 sur 131 · RAVENSWOOD · texte numérisé non relu

RAVENSWOOD

A l'est de Ravenswood, il plantera des arbres ; à l'ouest, des arbres ; au nord, encore des arbres : de grands chènes— de sveltes érables—des ormes gracieux. Vers le sud, l'œil plongeant à travers des trouées pratiquées dans la lisière du bois qui frange la voie publique, saisira le contour de la côte opposée du St-Laurent,

À l'ouest du manoir, se voit une jolie plantation d'arbustes indigènes et exotiques : Syringa— Wigiclia—rosiers —Khododendron—Spiria—Mfiox blanc et pourpre, lauriersroses—Dentsia Scabra—cormier —arbutus, Roses de Gueldress, chevrefeuilles en parterres, solitaires ou groupés en inassifs,

Il y à quelques années le châtelain transplantait de Ja forêt avoisinante un bel orme, à la pelouse gazonnée qui fait face à la porte d'entrée.

Cette délicate entreprise a été couronnée d’un plein suc-

sès : c'est maintenant un arbre majestueux ; en été, plein d'ombrage, favorable aux nids, À l'est de la maison, protégé de haies hautes et touffues, y a un de ces bons vieux jardins canadiens{M. Herrins n'aime pas les fleurs on serre) sans art, mais regorgeant de fruits, de fleurs, de fruits, de lécumes. Voisine de l’avenue qui serpente, sous des arbres de haute futaie, il y a une jolie nappe d'eau, alimentée par une fontaine, qui jaillit au sein des fougères et des mousses sauvages : une aubébine gigantesque lui prête son ombre. Là, chaque matin, le maître vient jeter en pâture à des truites alertes, ses bonnes amies, des mouches, des sauterelles ou des miettes de pain.

J'ai contemplé Ravenswood sous bien des aspects : mes pas ont suivi les courbes de sa gracieuse avenue pendant quelques-unes de ces soiries merveilleuses de septembre où la lune à son plein, vous inonde de ces rayons diaphanes si pleins de fraîcheur, Je l'ai visité en juin, lors: qu'il avait reçu de la saison sa parure printanière ;

lest, S— l'œil ière de

l'ar- S2crs ersruels en

jamais je n’oublierai une scène d'hiver dont je fus témoin, en revenant de ce champêtre castel.

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Ami lecteur, vos chasses d'hiver vous ont-elles jamais conduit à cette sason, au sein de nos grands bois, à l'heure mystique où la chaste Diane laisse choir ses pâles reflets sur la nature assoupie ?

Avez-vous jamais subi cette mystérieuse influence, échappé tout frais de la vie agitée des cités, gravissant l'âpre sentier de la montagne, laissant loin par derrière, de vastes plaines éclatantes de blancheur ; ou bien, cheminant en silence sous les arceaux odorants des pins ou des vertes épinettes, sans autre compagnon de route que votre Lefaucheux en bandoulière—sans autre bruit pour vous distraire que le hô'ement étouffé du grand hiboux, alarmé par la lueur de votre feu-—5sans autre soi dans l'air que le craquement des taillis, causé par la course furtive d'un lièvre—d’un renard affamé—ou d'un caribou broutant l’écorse et les bourgeons du Lantana ? (1)

Hardi chasseur que vous êtes, vous est-il arrivé, à la tombée du jou: épuisé par une marche infructueuse, d'abandonner la p..te rougie de sang et de remettre au lendemain le coup de mort que vous réserviez au cerf que votre balle a atteint ?

Pouvez-vous vous rappeler la lassitude extrême qui alourdissait vos pas à votre rentrée au camp, tout ruisselant de sueurs, presque suffoqué par les flocons de neige, au point que le pétillement de votre feu, alimenté par votre fidèle guide “ SI-ou1 ” [2] frappait vos sens, dans cette solitude, comme les accents d'une musique céleste, ou bien encore, comme lé rayon bienfaisant d'un premier soleil d'Avril !

Vous êtes-vous jamais, aventureux pêcheur, hasardé, sous la direction d'un guide expérimenté, à pénétrer en ces 7 Bois d'Orignal, nourriture favorite du caribou et de l'orignal.

(2) Ce faneux guide et sachem des Hurons de Lorette vient d'expirer À l'âge da 8S ans.

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