AUGIER
Et lui le seigneur de céans, à combien de bals, au club [1] des Barons ? à combien de banquets annuels avec les vétérans de 1775, chez Menut ? [2] à combien de Ævers au château St-Louis, ‘avait-il pas assisté, depuis le mémorable lever du 6 décembre 1786, où Son Excellence, Lord Dorchester s'était réservé le monopole des baisers, tel que le digne père de l'historien, l'hon. juge-en-chef Smith l’a si Fien décrit, dans sa lettre à son épouse ? à combien de fêt :: champêtres, à Powell Place, n’avait-il pas pris part, au temps où notre admirable raconteur, M. De Gaspé, allait manger de la crème à la glace chez Sir James H,. Craig ? à combien de joviales soirées chez le Duc de Richmond, M. Smith n’a-t-il pas été présent, sans compter les réunions littéraires du comte de Dalhousie, les réceptions de Lord Aylmer, les fêtes de Lord Gosford et, plus tard, les diners de Spencer-Wood ? P
L’hon, William Smith, fils du savant juge en chef de New-York, en 1780, juge en chef du Canada, en 1785, était certainement un des personnages les plus considérables en cette ville, pendant plus d'un demi-siècle ; son rang élevé comme membre de l'exécutif, grâce à Lord Bathurst, son protecteur ; ses autres importantes charges publiques ; ses goûts cultivés, littéraires ; ses recherches incessantes au profit. des annales canadiennes, en un temps oùnos archi.
@) Le Club des Barons existait en 1805. Les négociants les plus huppés de l'époque en faisaient partie : l'hon. Mathew Bell, mort en 1#49, Tohn Blackwood et autres. La grande majorité se composait d'anglais. L'hon. Chs de la Naudiére, mort en 1811, en était membre.
[2] Alexandre Menut, maître d'hôtel et cuisinier célèbre de nos anciens gouverneurs, avait ouvert une hôtellerie en renûm sur le chemin de la petite rivière Saint- Charles : on la nommait le Blue House : les vétérans du siège de 1776, Caldwell, Fraser et autres s'y rendaient pour le grand diner annuel du 31 décembre, en souvenir de la défaite des yankees, au Sault-au-Matelot.
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ves, voilées au commun des mortels, entouies dans les voûtes souterraines de l’ancienne Chambre d'Assemblée au haut de la côte la Montagne, n'était accessibles qu'à d’infatigables chercheurs comme M. Smith : tout concourt À prêter de l'intérêt au temps, aux travaux et au souvenir du vieux maître de Longwood.
Mais pour l'hon, conseiller Exécutif, parmi les nombreuses autommes qu'il avait bravées, i! en vint une où les arbres qu'il avait plantés refusèrent de lui prêter leur doux cmbrage ; où les roses qu'il avait cultivées, semblèrent Jui redonner moins de païfum ; où les avenues de ce jardin, si artistiquement disposées, cessèrent de réjouir ses yeux affaiblis. Il le croyait au moins,
C'est alors qu'il jugea que le temps était venu de dire adieu à son petit Eden du Cap-Rouge ; qu'il se häta de regagner ses quartiers d’hiver à Québec, avant que la nuit, la nuit profonde et sans réveil, n’appesantit sa paupière.
Le 17 décembre 1847, ceux qui lui étaient chers lui fermèrent les yeux, à l'âge de 78 ans, à sa maison de ville, rue St Louis, à Québec.
Il avait légué Longivood à son fils Charles Webber, qui y passa plusieurs étés avec son épouse ; en 1879, Chares Webber Smith expirait, en Angleterre.
Depuis ce temp, 'e silence règne en maitre dans ie: salles de Lonsvcod déserté, (1) On peut encore lui appliquer les l‘ynes tracées par Swinburne :
# Not a flower to be prest of the foot that falls not. L As the heart of a dead man the seed-plots are dry, From the thickets of thorns whence the nightingale calls not, Could she call, there were never a rose to reply. * {1} Depuis que ceci a été écrit, Longwood a été demoli
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REDCLYFFE, Cap Rouge
Cher M. Sulte. Vous vous rappelez sans doute, avoir remarqué dans mon salon, varmi les tableaux, etc. se rattachant à l’histoire canadienne, deux lithographies, portant la signature de la célèbre société Lemercier, à Paris. Je crois vous avoir dit alors que je les prisais comme souvenir de famille, légués à Madame LeMoiïne par son vieil oncle, M. Henry Atkinson.
L'une rappelle la fastueuse résidence de l'oncle à Spencer Wood, incendiée, le 12 mars 1860, reconstruite en 1861,en vertu d'un vote de la Législature, sous le ministère John Sandfield McDonald, certainement avec moins d'élégance, bien que plus vaste, que lorsqu'elle hébergeait avant 1850, l’opulent et lettré négociant que je viens de nommer,
L'autre lithographie représente le cottage or, maintenant Redclyffe, au haut de l'antique cap, à huit milles de Québec, connu à l'histoire sous le nom de Cap-Rouge, à cause de la couleur du sot,
Ce tableau vous retrace la vallée de St-Augustin; au bas, on discerne d’abord le pont du village ; puis, une petite rivière qui serpente v rs le nord. A son point de jonction avec le St-Laurent, elle offre un hable en miniature, abri contre les vents d'ouest, du nord, du nord-est. ;
J'ai aussi dû vous dire que dans cette villa du Cap- Rouge s'écoula l'enfance de votre ami, mon épouse.
£xaminons en détail le local,
Le pittoresque cottage de M. Atkinson, qui date de 1820, aggrandi depuis, appartenant maintenant à M» Amos Bowen. Voyez le, perché comme un aire d’aigle, parmi les verts sapins qui couronnent le cap escarpé haut de près de deux cents pieds; le majestueux St-
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Laurent en baigne la base, laissant tout juste aux voitures un étroit sentier, un prolongement de la ruz Champlain. A l’ouest de la piazze de cette habitation aérienne, surtout du petit pavillon accroché au flanc du cap, l'œil embraïse, vers le sud-ouest, un panorama immense,
A l’est et à l'ouest se prolongent à perte de vue, les lots azurés du grand fleuve, sillonné de navires, de vapeurs, de radeaux, de remorqueurs.
Au sud, Etchemin et ses estacades, ses moulins ; St- Nicolas, la mugissante cataracte de la Chaudière, taillées dans les falaises abruptes de la côte; en aval, presqu'invisible par la distance. la chaîne altière des montagnes groupées sur nos frontières et celles du Vermont.
À l'ouest, St-Augustin, ses champs de blé, ses verdoyants bocages, “ ses chènes, ses aubépines blanches, ces vignes sauvages, ” ses belles érablières, sa fertile vallée, ses grèves jonchées de bois quarré; puis les blanches maisonnettes des deaumiers, dispersées çà et là: vues du haut du cap par un beau soir d'été, ne dirait-on pas des camps de cygnes ou de mauves endormies sur la rive.
Au lever et au coucher du soleil, pendant la belle saison, l'ensemble des objets à cet endroit a quelque chose de ravissant, Il en est qui en préfèrent le spectacle à celui que présentent Spencer Wood et Woodfield. Je suis de ce nombre, Jé puis en parler sciemment, pour l'avoir goûté plus d’une fois. Qui sait si au charme du lieu, il ne s'en mêlait pour moi un autre, que le paysage seul ne saurait donner ?
M. Atkinson, en se taillant un domaine en plein bois, fit comme aurait fait un habhile jardinier paysagiste, !l appela à son secours, il sut adapter le pays, les arbres, les rivières, les collines et vallées au tableau qu'il entendait créer, —un paysage difficile à égaler même à Sillery où la nature a tant fait.
Le site à sa disposition, un plateau bien boisé avait en superficie plus de cents âcres et une exposition méridionale.
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Il eut bientôt dressé un plan, une carte du lieu, Parterres. à fleurs, verser, boulingrin pour un Archery Club, jardin. potager, pâturages, fontaine jaillissante, sentiers perdus dans la forêt aboutissant à un ruisseau ou à un siége rustique, haies vives pour masquer les fossés ou les clôtures : tout naîtra, se transformera, se terminera comme par enchantement, De grands arbres, géants de la forêt primitive devront céder sous la hache de son garde-forestier, bien qu'il soit un de ceux profondément convaincu de la vérité de la maxime :
#% Quel livre vaut un arbre auguste et tout en fleurs ? L'homme fait en six mois un livre et des meilleurs, Dieu met cent ans à faire un chène. ”
Ce lieu, comme ayant été l'endroit où séjournaient Jacques-Cartier et Roberval, le premier en 1541-42, Île second en 1543-44, se recommande spécialement à l’attention de l'historien et de l’antiquaire.
Voici comment on le trouve mentionné au volume de Hawkins, Æistorical Picture of Quebec, publié, en 1834. ” Nous touchons à un point fort intéressant dans l’histoire locale ; on à prétendu que les vieux historiens semblaient ignoter le dernier voyage de Cartier. Il en est parmieux qui lui font établir un fort au Cap Breton, et qui confondent ses opérations avec celles de Roberval, Le lieu exact où Cartier passa son second hiver, au Canada, n’est pas con- Cartier passa son second hiver, au Canada, n'est pas con signé dans aucune publication qui nous est connue, Voici comment Haikluyt le décrit : “ Après lesquelles choses, le dit Capitaine fut avec deux barques amont la Rivière audelà de Canada,” il s'agit du promontoire de Québec—“ ct du Port de Sainte Croix, pour y voir un Hävre et une petite RiWèr qui est environ quatre dicues plus outre, (x) laguelle fut trou-
(1) Une note au bas de ln page de la Relation des Voyages de Jacques-Cartier, publiée par la Société littéraire et historique, en 1843, ajoute * Aujourd'hui la Promontoire du Cap Rouge.” La relation du troisième voyage est traduite de Hackluyt CHackluyt's Collection of Early Voyages, Travels and Discoveries, London, 1810.)
Une seconde note à la page 74 de la Relation porte ‘ La description donnée par Cattier de cette Rivière et Hâvre, correspond parfaitement à la position de la Rivière du Cap-Rouge, située à trois lieues et demie de Québec ; et les détails qu'il nous donne sur tout les environs de cette Rivière nous retracent exactement : le Cap-Rouge d'aujourd'hui; une partie de la Forèt qui avoisine ce Cap du côté du Sud du Fleuve St-Laurent, ainsi que le terrain situé de l'autre côté et à l'ouest de la Rivière du Cap-Rouge, lequel forme une espèce de plateau et s'élève ensuite en forme d'amphithéätre. ‘ Cette note me
parait de la rédaction de l'ancien Président de la Société littéraire et historique, G. B. Faribault.
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vée meilleure et plus commode pour y mettre ses navires à HOUALUES PIACEP Tr) QUE L'ANHE Li nererrenetiree ton ReR etes éneietesen rovnveonne TiQife ARTUVIONE ASE Petiiés 4 NA 0OS plus de cinquante pas de largeur, et les navires tirant de trois brasses d'eau peuvent y entrer de pleine mer, et à basse ner, ilne s'y trouve qu'un chenal d'un pied où environ... L'entrée de cette Rivière est devers le Sud, et elle va tournant vers le Nord en serpentant ; ct à l'entrée d'icelle vers l'Est, il y a un Promontoire haut et roide où nous pratiquimes un chemin en manière de double montée, et au sommet, nous y fêmes un Fort, pour la garde du Fort qui était au bas, ainsi que des Navires ct de tout ce qui pouvait passer tant par le grand Fleuve que par cette petite Rivière” Qui, demande Hawkins, à la lecture de cette description si précise peut douter que l'embouchure de la petite rivière du Cap-Rouge, ne fut la station choisie par Jacques-Cartier, pour le lieu de son second hivernage en Canada.
Sa peinture de la nature du sol et du paysage des deux côtés de la rivière du Cap-Rouge, est d'une exactitude aussi frappante que l'extrait que nous venons de donner.
“ Le lieu précis où Jacques Cartier construisit son second fort — agrandi plus tard par Roberval—a été déterminé par une per sonne instruite de Québec, comme ayant été au sommet du cap même, peu distant de la belle villa et dépendances de M. H. Atkinson, c'est-à dire à une distance d’un acre, au nord de sa demeure où l'on voit un tertre artificiel, planté d'arbres, accusant une grande antiquité, et comme il ne paraît pas que l'on y construit des retranchements, soit dans le cours de la campagne de 1759—ou pendant le blocus de (Juébec, par les Américains en
1775, il est extrêmement probable que cest là qu'il faut aller
chærcher le site si intéressant et les restes du vieux fort en question.
Jacques-Cartier, à son retour du fort de Charlesbourg Royal, eut occasion de se convaincre que les soupçons qu’il entretenait quant aux dispositions hostiles des Aborigènes étaient bien fondés Il fut informé que les indigènes se tenaient à l'écart, loin du fort et qu'ils avaient cessé de lui emporter comme par le passé, du poisson et des provisions Quelques-uns des siens qui étaient allés à Stadacona lui firent part qu’un rassemblement d'indiens plus nombreux qu'à l'ordinaire y avait eu lieu, et comme! avait toujours conclu que de tels rassemblements présageaient un
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danger prochain, il disposa tout dans le fort en prévision d’une attaque.
Au moment critique et cel1 au regret de tous ceux qui s’intéressent aux'annales canadiennes, la relation du troisième voyage de Cartier se termine brusquement. On ne peut rien savoir de ce qui se passa au Cap-Rouge. [l est probable qu'il n'y eut pas de collision entre Cartier et les Aborigènes, bien quela position des Français à raison de l’infériorité de leur nombre a dû lui causer beaucoup d'anxiété.
On a vu que Roberval, malgré ses hautes dignités et son caractère entreprenant, ne remplit qu'une année plus tard, l’engagement qu’il avait pris de suivre Cartier, avec les munitions nécessaires à la fondation d'un établissement.
Cette année là, le Lieutenant-du-Roi avait approvisionné trois grands navires, en grande partie aux dépens du roi, y avait rassemblé deux cents personnes—plusieurs de bonne maison, -et des colons des deux sexes. Il fit voile de La Rochelle, le 16 Avril, 1543, sous la conduite d’un pilote expérimenté. du nom de Jean Alphonse, de Saintonge. Les vents de l'ouest l’'empêchèrent d'aborder à Terre-Neuve, avant le 7 Juin Le 8, ilentrait dans la rade de St-Jean, où iltrouva dix-sept vaisseaux, occupés à faire la pêche. Pendant son séjour en cet endroit, il éprouvait une désagréable surprise, par l’arrivée de Jacques-Cartier, reve nant du Canada, où il avait été envoyé l’année précédente avec cinq vaisseaux. Cartier avait hiverné au fort ci-devant désigné ; il ailégua comme raison pour laquelle, il l'avait abandonné * qu'avec sa petite troupe, il ne pouvait faire face aux sauvages qui chaque jour le harcelaient. “ Il persista néanmoins à faire un rapport avantageux de la richesse et de la fertilité du nouveau pays. D'après la relation du voyage du Roberval dans Hackluyt ‘ Cartier aurait exhibé des échantillons d’or trouvés au Canada, qui, soumis au creuset, donnèrent de bons résultats. Il était aussi porteur de diamants trouvés au promontoire de Qué bec, d'où le Cap aux Diamants a emprunté son nom. Le Lieutenant-Général (Roberval) qui avait emmené des renforts en hommes si importants et des secours si considérables en munitions pour l'établissement, pressa fort Cartier de retourner au Cap-Rouge, mais sans succès .
Il est fort vraisemblable que les Français peu disposés à affronter un hiver pénible en Canada, ne permirent pas à leur chef, de suivre la fortune et d'épouser les idées particulières, de Roberval.
Qui sait si l'amour du pays ne prévalut pas sur l'attrait des aventures, et si, à | instar d'individus qui croient avoir rempli leur part du contrat qu'ils avaient entrepris, ils refusèrent dencourir de nouveaux périls. sous un nouveau chef? Pour échapper
à uve rupture ouverte, Cartier leva l'ancre dans le cours de Îla
nuit et fit toute voile pour la France.
Il est impossible de ne pas regretter qu'une si glorieuse entreprise ne se soit terminée d'une manière si peu digne. S'il eut regagné son fort, avec les secours puissants que Roberval lui fournissait, il est fort probable que l'établissement eut eu une existence permanente. Cartier ne fit pas d'autre voyage au Canad1 ; il s'occupa à terminer une carte hydrographique, qu’il avait dressée de sa propre man. En 1587, elle existait encore à St-Malo. en la possession d’un de ses neveux, Jacques Noël, qui plus tard montra beaucoup d'ardeur à développer le vaste pays découvert par son oncle. On a de lui deux lettres, relatives aux chartes et aux écrits de Jacques-Cartier : la première, écrite en 1587 et les autres, une année ou deux plus tard ; il y mentionne que ses deux fils, Michel et Jean Noël, étaient alors au Canada et qu'il attendait leur retour. Cartier expira quelque temps après être revenu en France, après avoir sacrifié sa for. tune, dans ses projets de découverte. Comme indemnité pour les pertes subies par leur oncle, ce Jacques Noël et un autre neveu, de la Nauray Châton, reçurent en 1588, un privilège exclusit de faire le commerce du Canada, pendant douze ans : privilège qui fut révoqué quatre années plus tard.”
Lorie hace srl rire
BOISBRILLANT, Ste Foye
Dans le calme du soir, il fait bon de l'entendre
11 fait bon d'aspirer dans un air frais et doux
Ces odeurs de gazons, ces parfums d'herbe tendre Qui du talus des prés, s'élèvent jusqu'à nous.’
(La VIE RURALE, Autran.)
Pour qui a visité le champêtre séjour de M. LeSage à cette intéressante saison où nos bois-francs reçoivent leur plus riche, leur suprême décor,—les teintes éblouissantes de l'automne,—nul nom ne semble mieux approprié au site.
Il y a autre chose, voyez vous, à Ste-Foye, que le monument des Braves de 1760, le champ de bataille de Murray. Des bouquets de verdure variés qui couronnent les hauteurs, il en est peu en octobre qui captivent davantage l'œil du touriste, que le bois multicolore qui sert de dôme et de rideau à l’ancienne métairie de feu George Honoré Simard, jadis membre du parlement canadien, On l’aperçoit de la voie publique, comme une verte girandole, nuancée d'or, de bronze, d'écarlate, de rose, à l'extrémité de la superbe avenue #acadamisée qu'il y pratiqua.
Ce joii domaine a passé depuis à M, Siméon LeSage député-ministre des Travaux Publics, qui en a restauré, embelli le corps de logis principal.
Comme moi, vous avez pu remarquer que plusieur lus-
tres se sont écoulés depuis que l’aimable chroniqueur de la Revue Candadicrine, S. LeSage, a dit adieu aux prés émaillés de fleurs et aux parterres des lettres canadienres pour se vouer à la vie prosaïque et affairée d’un fonctionnaire public : maintenant les seuls prés, les parterres, les uniques champs qu'il affectionue, cé sont ceux de Pomone et de Cérès.
Vous, mon cher historien, qui depuis de longues années êtes claquemuré dans un département à Ottawa, vous ne
s ne
soupçonnez pas—peut-être vous ne saurez jamais—tout ce que la vie des champs a de charme, la solitude des bois d'inénarrables jouissances !
Je me trompe ; n'est-ce pas vous qui en 1866, en cé'ébrant les coteaux de la Baie-du-Febvre, avez écrit :
Le: blés sont beaux. Les champs sont verts.
Le soir tombe sur la prairie,
L'oiseau répète ses concerts,
Je m'enivre de poésie !
Mon pied froisse les doux gazons Tous parfumés de fleurs sauvages, L'odeur des foins monte aux maisons, Plus de bruit dans les pâturages.
(Lea Laurentiennes).
Si un bon matin, vous vous éveilliez, avide de repos, d'air, de liberté, vous écriant : Æorus ; mon cher, donnant à tous les diables DuCreux, Hennepin, la Potherie, les Relations des Fésuites, je vous dirais : Cinglez vers l'ancienne capitale. allez chez notre excellent agronome LeSage, étudier les résultats de la cendre ou du phosphate sur les prairies —admirer les formes de ses Zerkslire, de ses A/derney et de ses Clyde, soit à Poisbrillant, soit à sa ferme modèle du lac St-Jean, à Iberville, si vous en avez le loisir ; vous y verrez bien d’autres belles choses.
À Boisbrillant, il y a plus qu'une savante exploitation agronomique. À certaines heures du jour. il y des soleils d'automne d’une incomparable douceur ; —à l’est, au nord, à l’ouest, des coups d'œil ravissants sur tout le parcours de cette pittoresque vallée du St-Charles, à vos pieds, où serpente vers l’est la rivière à laquelle le Grand Vicaire de Pontoise, Charles de Bouës laissa son nom, il y a plus de deux siècles ; vous y verrez encore un spectacle d'une magnificence à rendre envieuse la magicienne Armide en ses jardins enchantés, lorsque l'érable, le chêne, le hêtre, les grands pins abandonnent aux zéphirs leurs chevelures roses, acanthes, bronzées ou encore vertes, en ces jours enivrants de mélancolie, voisins de l'été de la St-Martin.
BELMONT, Ste Foye.
Propriétaires : IR, PP, Jésuites, 1649—l'Intendant Talon, 1670—le général James Murray, 1765—Sir John Caldwell, 1810,—John W. Dunscomb, 1851—Geo. Wakeham, 1885.
CRE Sur cette même plaine *?
Qui vit fuir les géants dont ma pensée est pleine, Un combat olympique est encore engagé:
D'un côté, c'est Murray, l'illustre capitaine; De l’autre Lévis qui veut, dans sa noble haine, Que l'honneur français soit vengé.
(Les Québecquoises, W. Chapman)
Si je ne puis, très cher antiquaire, vous faire part de l'origine du nom de cette ville, agréez au moins que je vous esquisse, currente calaino, ce petit château des seigneurs Caldwell, converti comme vous savez, depuis quelques années, par M. Wakeham, le propriétaire actuel, en Æaison de Santé, pour le traitement de ceux qui abusent du jus bienveillant de la treille.
C'est pour le coup, mon cher historien, que je devrais vous emprunter cette magique baguette qui vous sert à repeupler notre passé.
J'aimerais fort, voyez-vous, à évoquer quelques-uns de ces pâles fantômes qui chaque automne, au jour fatidique des Zrépassés, à minuit sonnant, sont tenus de se donner | rendez-vous en ce morne manoir— à l’intérieur aussi bien qu'à l’extérieur—de se grouper comme jadis à l'abri des chênes et des pins séculaires de Belmont—hôtes et convi- |
ves ou hommes de guerre.
—Crémazie n'aurait-il pas fait un pèlerinage au cimetière Belmont, avant d'écrire ‘“ La Promenade des Trois Morts ? "— f Lu à C *
Quand pour la première fois—j'étais alors dans l'âge des illusions—mes pas retentirent dans ces longs corridors,
cette suite de chambres, un tant soit peu sombres, silencieuses, désertes (la maison était inhabitée); quand je traversai cette spacieuse salle à manger-—à riches lambris cintrés, restes fastueux d’un autre âge ; que j'évoquai les souvenirs, les martiales légendes de l'antique manoir, les traditions de cette hospitalité sans borne des Caldwell, dont trois générations y avaient succédé aux anciens maitres sous la domination française, j'éprouvai, vous l'avoue rai-je, malgré moi, d'étranges émotions...
Ces grands arbres, qui ont survécu à la forêt primitive, me suis-je dit, de combien d’embuscades indiennes, de combien de sanglantes luttes n'ont-ils pas été les muets témoins, depuis l'ère reculée où le féroce aborigène décapitait aux environs, un peu au sud, vers Sillery, ce pauvre frère Liégeois, en 1655, jusqu'à l'époque où Richard Montgomery y parquait, pour l'hiver, ses hordes indisci plinées, en novembre 1775!
‘ Axbres, sacrés! chaque nuit sur leurs branches Los morts vont en pleurant sécher leurs toiles blanches, ee
“LES CHÉNES" Brizeux,
L'imagination, cette aimable folle du logis me prètant ses ailes vagabondes, je croyais y voir une escouade de militaires de Louis XV, caracolant sur leurs petits chevaux normands, des portes dè Québec vers le: pittoresques hauteurs de Ste-Foye ; je les voyais plus tard, assis sous le dôme touffu des bois, pour le goûter du midi, trinquant gaiement leurs verres #70re majorum, et faisant retentir les échos d’alentour des bruyantes santés qu'ils portaient au maréchal Saxe—car la nouvelle de la victoire de Fontenoy {1] venait d'être notifiée au lieutenant du roi de France, en son Chäteau St-Louis : on était en 1745.
Attention, mon brave historien! un autre incident encore plus palpitant invite le beau monde de la vieille capitale à ce chemin de Ste Foye, faisant face à Belmont, le /7yde Park de Québec, au rapport d'Emily Montague : on cause, on
[1] La bataille avait lieu le 11 mai 1745.
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