HALDIMAND HOUSE
M. Patterson, seigneur de Beauport et propriétaire des grands moulins et usines qui l’avoisinent, en fit l'acquisition vers 1815, et y vécut nombre d'années,
Son gendre M. George Benson Hall lui succéda ; Haldimand House, meublé avec luxe, entouré d'un parterre de fleurs, et de gazon est maintenant occupée par M. Patterson Hall, le fils ainé de M, George Benson Hall, l’ancien propriétaire.
MONTMORENCY COTTAGE, Beauport
A quelques âcres en aval d'Haldimand House, au Sault Montmorency, et tout près du bord de la chûte même, M. Peter Patterson, (natif de Whitby, Angleterre, établi à Québec, vers 1790, et possesseur des vastes scieries au bas), y érigeait, vers le commencement du siècle, un corps de logis pour le gérant de ses moulins.
M. George Benson Hall, son homme de confiance et plus tard son gendre, occupa nombre d'années cette loge, avant son installation au manoir principal,
Agrandie et améliorée, la loge devint bientôt une pittoresque villa : elle se dresse si près de la mugisante cataracte, que le vent du nord-est porte le revolin des eaux jusque sur sa toiture, tandis que le glas-as perpétuel et assourdissant de eau tourbillonnante, assoupit les sens : il est difficile de s’y soustraire à l'influence des pavots de Morphée. Des escaliers, hauts et roides conduisent aux belvédères qui surplombent la chûte,
in avant de la résidence et courant en une pente douce jusqu'aux bords escarpés du cap, il règne un gazon velonté, encadrant un délicieux jardinet, bien rempli de fleurs, avec bordure en paquerettes roses, Le parterre vous plaira, j'en suis sûr : une mosaïque de giroflées, de pelargoniums, de balsamines, roses, veinées, panachées, blanches ; de flox écarlate, d'agérates bleu-claire, de iobélies blancs, bleu-foncé ; de dahlias pourpres, roux, souffre ; de lavende musquée, de pourpier multicolore, de salpiglossis variés,
Près de la piazze, une rangée de soleils éclatants, (l'héliante) hommage à Oscar Wilde, proclament la nouvelle école esthétique,
Même à la morte saison, la villa n'est pas sans fleurs,
sans parfums, grâce à un petit Jardin d'hiver, chauffé à la vapeur, dont l'appareil est dans la demeure même,
Ce champêtre réduit, c'est la résidence de celle des filles de M. Hall, qui épousa M. Herbert M. Price.
En parlant de Huldimand House, j'ai dit que l'endroit abondait en traces et en souvenirs du grand siège : toute cette région de la côte de Beaupré ayant été pendant deux mois le théâtre de la lutte acharnée et des passes-d'armes journalières, entre les troupes françaises et anglaises,
Si jamais la fantaisie vous orend de vous renseigner minutieusement sur les incidents militaires qui se passèrent en ce local, vous ne sauriez trouver un cicerone plus versé, plus compétent que notre ami M. Herbert Price, zélé membre de la Société Littéraireet Historique. M. Price a fait une étude toute spéciale des opérations de Wolfe et de Montcalm, pendant l'été de 1759. Il a réussi à collectionner une foule de relations du grand sièce—des cartes et mémoires des officiers qui y ont pris part, —des gravures et tableaux des flottes anglaises à cette intéressante époque ; il est en voie de s'ériger un petit musée pour héberger tous ses trésors—ses antiquailles : vieux canons, anciens fusils, obus, boulets, sabres, bayonnettes rongées de rouille, éclats de bombes, calumets, dards de flèches indiennes, couteaux de poche, ces curieux couteaux à gaîne du siècle dernier. Tout récemment il faisait l'acquisition d'une antique pièce de 24—où la rouille a gravé de profondes rides ; un des canons repêchés au Cap Brulé vis-à-vis l'Ile aux Grues au nord, par le capitaine Antonin Lavoie, de l'Ile en question—à l'endroit où l’Z/e- 1p'iant, frégate française, sombrait, le 1er septembre 1720. Ce vaisseau commandé par le Comte de Vaudreuil, portait entr'autres personnes marquantes : Monseigneur Dosquet, évêque de Samos, l'Intendant Hocquart ; tous y faillirent perdre la vie,
M. Price, au moyen des anciennes vues prises du tillac des frégates anglaises —par les capitaines Short et Smyth
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en 1759—au moyen des cartes et des relations du siège, et en feuilletant le journal si détaillé du capitaine John Knox, de l'officier du génie MacKellar, mais surtout par un examen minutieux du site des deux camps à Beauport ct à l'Ange-Gardien pendant leurs opérations depuis le 9 juillet au 2 septembre 1759, vous fait comme toucher du doigt, chaque progrès, chaque reculade des deux géné- Taux.
Les deux incidents les plus marquants de l'occupation militaire de cette région sont : l'embuscade meurtrière des sauvages sous de Langlade, au gué d'en haut, sur le Montmorency, le 25 juillet, et le combat si désastreux pour Wolfe, au gué d'en bas, sur le fleuve St-Laurent, le 31 juillet, 1750.
Un nom doit surnager à la suite des évènements du 25 juillet de cette année là, un nom auquel l’histoire aura à rendre une justice tardive : celui du vaillant Charles de Langlade, le héros de Montmorency en 1759, comme il l’avait été de la bataille de Monongahéla, le 9 juillet 1755, à la défaite de Braddock.
Charles de Langlade, intrépide chef et ami des Peaux- Rouges, si renommé pour ses exploits dans la pefite gucrre, (1) semble avoir été un peu de l'école de Hertel de Rouville, avec la vigueur physique qui distingua Luc de la Corne St-Luc.
Né en 1720, à Michellimakinac, il terminait sa carrière aventureuse en 1800, après avoir échappé aux hasards de quatre-vingt-dix-neuf combats et escarmouches, dit son biographe Tassé. Comme la Corne, lorsque sa patrie su bit ses nouveaux maîtres, il accepta loyalement la situation, et se montra un sujet fidèle et dévoué de George III.
() DeGère, l'un des compagnons de Langlad, affirme que personne ne savait montrer plus de sang-froid que lui sur un champ de bataille. Il semblait se complaire au milieu du cliquetis des armes et des cris des combattants, Il raconte qu'un jour des décharges trop rapides ayant échautfé son fusil au point de ne pouvoir s’en servir pendant quelques instants, il tira sa pipe de sa poche, la remplit de tabac, battit le briquet, puis l'alluma, paraissant aussi calme au milieu de la canonnade et du sifflement des balles, quo s'il eût été tranquillement assis au feu du bivouac.
(Les Canadiens de l'Ouest, Tome I, Tassé.)
Le 17 août dernier, accompagné de M. Price, j'allai examiner les Sables et le gué de la rivière Montmorency, à deux milles plus haut que la chûte, où il y a maintenant un moulin à scier le bois, appartenant au séminaire de Québec.
Après avoir lu et comparé les relations de Knox, de MacKellar, du journal de Jean Claude Panet, surtout celui du Chevalier Johnstane, il nous fut facile de suivre dans les bois, le sentier par où Wolfe avait lancé ses 2,000 soldats pour traverser le gué et prendre en flanc, le camp français retranché sur les hauteurs de Beauport. Le Montmorency à cet endroit est large d’à peu près 150 pas ; la rive ouest, au gué, garnie de retranchements en terre, dont on voit sensiblement les restes, domine la rive opposée d’une vingtaine de pieds ; de cette élévation et protégé par ses retranchements, il eût été facile à Lévis, de foudroyer le détachement anglais campé à ses pieds sur la rive est, tandis que les Indiens de Langlade, perdus sous un épais rideau de la forêt, l’eussent pris en revers. Langlade était si convaincu du résultat de son hardi projet, qu'il fit deux visites au camp de Lévis, à la chûte, deux milles plus bas, redoublant d’imstance,mais en vain pour obtenir de Lévis un ordre ou lettre écrite, autorisant M. de Repentigny à traverser le gué, à la tète de ses 1100 canadiens, stationnés à ce lieu, pour donner main forte aux sauvages. Ils demeurèrent, comme dit une relation, embusqués “ventre-à-terre” pendant cinq heures, dans les bois, inaperçus des anglais ; et perdant enfin patience etsans attendre d’autres secours, ils firent feu sur l’ennemi—lui tuant et blessant de cent à cent cinquante hommes—ne perdant que deux des leurs,
En examinant la configurarion du sol, les accidents du terrain, la protection que la forêt environnante offrait aux Peaux-Rouges, pour leur genre particulier d'attaque, on est porté à croire qu'eussent-ils éte appuyés des 1100 Canadiens commandés par M, de Repentigny, le détache-
aux on
ment de Wolfe eût succombé jusqu'au dernier homme, sous les balles invisibles d’un ennemi insaisissable.
L'ingénieur en chef, le major Patrick McKellar, dans son journal, dont une copie en manuscrit découverte parmi les M. S S du Sergent James Thompson, a été publiée à Québec, en 1872, par le Docteur Wm, Jas. Anderson, ex- Président de la Societé Littéraire et Historique, raconte d'une manière toute différente les incidents de cette embuscade et fixe à 53 le nombre des tués et des blessés de l'armée anglaise, Selon McKellar, cette ambuscade aurait eu lieu le 26 juillet. Tassé mentionne le 25 juillet. (1)
@) JULY 26ri.—Abont three oclock this morning, the General and Brig-(General Murray, withthe 35th Regiment, five Companies of laght-Infantry and one of the Rangers, aud two field-pieces, set out from Montmorenci-Cunp to reconnoitre two fordes about five miles above the Falls, After we had proceeded about a mile and a half, the field pieces were sent back to Camp, the ground being too bad to get them on. About half-way between the camp and the ford the road passes through a remarkable ravine, which is about 300 yards long, very narrow, and the banks on each side above 26 feet high, and s0 stecp as to adimit of no outiet but where the road p we were frequentiy challenged by the: enerny from the opposit they observed all our movements with great vigilance, Upon ford we found they had a breast-work of considerable extent up On our side of the river there was an open space of ground with a it ; and on the left of this opening the road to the ford passes through woods. Our Troops were now drawn vp,to be ih readiness in case of being attacked, the 35th across the road, and the Light-Infantry upon the right along the Skirts of an opening, the whole so far in the woods as to be conceuled, ‘Five ford and the Enemy's works and Position were then reconnoitred, and the compans of Rangers with a French deserter was sent to reconnoitre the other Ford, which is about a mile higher up, Between 8 and 9 o'clock there were about thirty Canadians and Endians seen going into the House, upou which thére was a platoon of the 3%th ordered through the woods between them and the river, to attack them. Just as the platoonmarehed off it was fired upon, and the officer wounded by those very people, Who had by this time got round them into the woods. But the platoon being joined by à company of Light-Infantry, they were soon beaten back across the River, There wus fhen an Ambuscade laid, in case of à second attack, which was by posting a Company of Dight-fafantry on an advanced eminence near the river in the woods, and below the opening, with orders, if attacked, to retrent back along the road, which would lead the encemy, if they persued, into the fire of the Battalion, and give a fair chance of cutting off their rotreat with the Light- Enfantry. There were two other advantageous eminences taken possession of'at the sutne time,—one with two Companies on our left fHlank, near the River, and the other with one Company in the rear of the same flank, upon the right of the Road About one o'elock «à detachment of fifteen hundred Canadians and Tadians er Lthe river considérable way above the opening, and, marehing down unperceived, under cover of itsbanks, got up a ravine upon the right of the advanced Light-Infantry company mens tioned. The officer commanding that company kept them in play till he called in hig sentries, and then retreated, according to Ordors ; but th: Enemy, instead of persuine him, as was expected, along the rond, endeavored to gain the hoiïght Where the thre, companies were posted, When they got neur it, the two Companies, wnperceived wheeled and attacked their flanck, which being quite unexpected, they instantly turned their backs ; and the Light-Infantry coming upon their rear at the same time, they were soon driven into the river, where they saffred very considerably in crossing,beins quitewpen to our fire, We did not learn the number of their killed and wounded but the Indians were dispirited, from his day's loss, for all the rest of the Campaign
We had fifty-five men kilfed and wonnded, officers included, Oro ch ief loss was in pursuing the enemy home to the river from the Breastworks upon the opposite banks, where their numbers, exclusive of those that attacked ns, amounted, us we were afterwards informed, to two thousand five hundred men! After burving the dead, our detachment was ordered to carry offthe woanded and return to Camp, which was effected without molestation. This Ford is about 150 yards broad and æbout 4 feet deep; the water is smooth, and not rapid. The opposite bank is very steep and the path-way
1sses. Upon the march side of the river, for oming to the nearest the opposite Bank.
house in the centre of
L'Historien Garneau décrit comme suit l'engagement du 31 juillet 1759, au gué du Sault Montmorency :
‘ Comme la rive gauche, à l'embouchure de cette rivière, fle Montmorency) est plus élevée que la droite, il f Wolfe) fit augmenter les batteries qu'il y avait déjà dressées et qui plongeaient sur les retranchements de nontcalm. Ily porta le nombre des canons et des mortiers ou obusiers à plus de soixante. Il fit échouer sur des rochers à fleur d’eau deux transports, armés chacun de quatorze pièces de canan, l'un à droite et l'autre à gauche d’une petite redoute en terre que les Français avaient élevée sur le rivage ; placée au pied de :a route de Courville, elle défendait à la fois l'entrée de cette route, qui conduisait sur la hauteur qu'occupait l'armée, et le passage d’un gué qui est au bas de la chûte Le feu de ces transports, en se croisant sur la redoute, devait la réduire au silence et couvrir li marche des assaillants. Le fameux vaisseau, le Centurion, de soixante canons, (2) monté par l'amiral Saunders, vint ensuite s’'embusquer vis-à-vis de la chûte et le plus près possible, pour protéger au passage du gué, les troupes qui devaient descendre du Camp d« l’Ange Gardien. Ainsi cent dix-huit bouches à feu environ allaient tonner contre l'aile gauche de l’armée de Montcalm.
Entre onze heures et midi, le 31 juiliet, elles commencèrent à tirer. Dans le même temps le général Wolfe préparait ses co!onnes d'attaque. Plus de quinze cents berges étaient en mouvement sur le bassin de Québec. Douze cents grenadiers et une partie de la brigade de Monckton s’embarquèrent à la Pointe-Lévis pour venir débarquer entre le Cenfurion et les transports échoués. &
Une seconde colonne composée des brigades Murray et l'ownshend, descendit des hauteurs de l'Ange-Gardien pour venir, par ie gué, se réunir à la première colonne au haut de la roûte de Courville, afin d'aborder ensemble les retranchements qui l’avoisinaient. Ces deux corps formaient six mille hommes. Un troisième de deux mille soldats chargé de remonter la rive
narrow. The other ford reconnoitred by the Rangers is befween 2 and three hundred yards broad ; ; in passing it there are some islaads to cross in the middle of the river.
The bottom is smooth and the water shallow, with a gentle current. The road to it on the Coast-side passes through a morass covered with thick wood, and almost impracticable, which is probably the reason why the Enemy gave sa little attention to it, for they had neither men nor works there. From these fords there is another 1oad which leads to “L'Ange-Grardien."?
() ‘ Not even the ‘Victory, where Neilsonu died, was a more famous and favorite ship among British sailors than the old Centurion ; in 1740, it was as her captain that Ar led his little squadron ou their venturous voyage to ‘“ put a girdle rougd the earth *,,,,.,
In 1759, she covered Wolfe’s landing at Quebec ; and it is a little odd, that at the moment the two future circumnavigators, Cook and Bougainville, armed on opposite 6 were present with ship whose fame rested on its having performed the same