C. II
(3) Correspondance générale, Canada, vol. 91, c. 11.
sur les états du roi de ces trois années pour aucune gratification. Sa situation qui n'est pas à beaucoup près gracieuse, les peines et soins qu'il s'est donnés depuis le commencement de la guerre pour mettre les forts du Roi en état de défense méritent, à notre avis, que vous lui procuriez la remise de cette somme. M. Bigot a suspendu jusques à la réception de vos ordres la retenue qu'en voulait faire le trésorier sur les appointements de cet ofiîcier, persuadés que nous sommes, Monseigneur, que vous voudrez bien avoir égard à nos représentations. Nous nous flattons même que vous lui ferez accorder la même gratification de 200 livres pour la présente année, avec d'autant plus de raison qu'il a été envoyé au fort Frontenac oijt il a employé une partie de l'été à faire faire à ce fort les réparations nécessaires pour le mettre à l'abri des incursions de l'ennemi. M. de la Galissonière l'a encore chargé du détail de l'artillerie à Montréal dont il s'est acquitté jusqu'à présent à sa satisfaction (i)."
L'abbé Picquet, sulpicien, proposa, en 1748, à M. de la Galissonière d'aller fonder, à l'embouchure de la rivière Souékatsi (aujourd'hui Oswégatchie) un établissement pour grouper et convertir les Iroquois que l'on pourrait détacher du parti anglais. M. Picquet s'y rendit de bonne heure au printemps de 1749 et fonda sa mission à laquelle il donna le nom de La Présentation.
C'est M. Rocbert de La Morandière qui fut choisi comme ingénieur pour diriger la construction du fort et des édifices de La Présentation.
Le i^"" avril 1749, MM. de la Galissonière et Bigot réservaient, par une ordonnance, 20 arpents de terre de front sur 30 de profondeur de chaque côté de la rivière Saint- Jean, au-dessus de Chambly. Ils enjoignaient en même temps à M. Rocbert de La Morandière de se transporter au fort Saint- Jean pour planter
(i) Correspondance générale, Canada, vol. 91, c 11.
des poteaux aux extrémités de ce terrain (i).
M. Dollier de Casson avait projeté, en 1700, de pratiquer un canal de L,achine à Montréal. Les travaux avaient été commencés sous la direction de Gédéon de Catalogne, officier dans les troupes de la marine et arpenteur royal. La mort de M. Dollier de Casson arrivée le 27 septembre 1701 interrompit cette entreprise. M. de Breslay tenta de continuer les travaux mais dût les abandonner. En 17 17, le séminaire de Saint-Sulpice essaya encore de compléter le canal. Il y dépensa vainement 20,000 francs.
En 1749, M. Rocbert de La Morandière soumit an gouverneur de la Galissonière un plan très élaboré pour terminer le canal Eachine.
Après avoir pratiqué une coupe du Saint-Laurent dans la rivière Saint-Pierre, on devait se servir de cette rivière et du lac Saint-Pierre jusqu'à l'endroit appelé "Moulin du Lac." Les eaux du lac Saint- Pierre se déchargeaient dans le Saint-Laurent par le ruisseau Saint- Pierre. Le séminaire de Saint-Sulpice avait fait creuser un petit canal à partir de ce ruisseau Saint-Pierre pour amener l'eau au Moulin du Séminaire. D'après le plan de M. Rocbert de La Morandière ce canal devait être élargi et creusé davantage. Le canal en question dont le coût n'était pas très élevé aurait rendu de grands services à la navigation.
Le départ de M. de la Galissonière de la Nouvelle- France empêcha, malheureusement, l'exécution de ce projet (2).
(i) Edouard Richard, Supplément du Rapport du Dr Bryntner sur les archives canadiennes, 1899, p. 154.
(2) On conserve à la bibliothèque du Parlement, à Ottawa, une copie du plan de M. Rocbert de La Morandière. Nous en devons une copie à l'obligeance de notre ami, M. Régis Roy.
M. Rocbert de La Morandière avaij; rendu de précieux services à la colonie. Les gouverneursgénéraux, à différentes reprises, avaient fait son éloge au ministre de la marine. Cependant, il n'avait pu obtenir l'avancement auquel il avait droit. En 1750, il se rappela de nouveau au bon souvenir de M. de Rouillé.
Il lui écrivait du fort de La Présentation le 4 octobre 1750 :
" Permettez-moi, s'il vous plaît, avec le respect que je dois à Votre Grandeur de lui représenter qu'il y a vingt-quatre ans que j'ai été nommé de la Cour enseigne en second en expectative, remplacé il y a vingt et un ans et que j'ai servi avec l'approbation de mes supérieurs qui ont paru être contents de mes services. Il y a bientôt six ans, à ce que je pense, que je suis lieutenant. Vous voyez. Monseigneur, que dans ce nombre d'années je n'ai pas fait grand chemin vers mon avancement. Je sais cependant que messieurs les gouverneurs-généraux qui ont été ici pendant le temps ont bien voulu s'employer pour moi en cour, et ont rendu un vrai témoignage d'une conduite, j'ose le dire, irréprochable. Depuis vingtquatre ans je n'ai pas cessé d'être occupé pour aller dans tous les postes dépendant de ce gouvernement en qualité de sous-ingénieur pour y faire construire les forts et réparations que messieurs mes supérieurs m'ont ordonné. Je suis à présent au fort de La Présentation ainsi nommé par M. l'abbé Picquet qui est environ à quarante-cinq lieues de Montréal dans la rivière de Catarakoui. Ce petit fort est situé sur l'entrée d'une petite rivière que les Iroquois nomment Cboïe Katji au sud-est de la grande rivière de Catarakoui. Le fort est bâti à droite de l'entrée de la petite rivière Chouckatji qui est rapide dans bien des endroits surtout à son entrée. Ce fort est composé de quatre maisons en forme de redoute à mâchicoulis et fait un carré joint par quatre courtines de pieux de cèdre de douze pieds hors de terre. Les maisons ou redoutes sont
de pièces sur pièces sur un solage de pierre élevé audessus du rez-de-chaussée à la hauteur de cinq pieds. Sitôt que je serai de retour à Montréal j'aurai l'honneur d'en envoyer le plan et vue à Mess. Le Pays avec toutes les remarques que j'y ai faites et ferai, lesquels sans doute auront l'honneur de vous en rendre compte.
"Je ne comprends pas, Monseigneur, par quel malheur je me vois privé des grâces que bien d'autres ofi&ciers, faits depuis moi, ont joui. J'en vois quelques uns faits capitaines, desquels je suis l'ancien. Je n'ai cependant aucun reproche à me faire. Il est certain que je crois avoir mieux rempli mes devoirs que beaucoup qui ont obtenu plus que moi, mais c'est sans doute faute que j'aie eu des patrons qui aient représenté mes services et témoignage de ma conduite. Je supplie donc, Monseigneur, votre Grandeur, de vouloir bien avoir égard à mes justes demandes. Accordez-moi, s'il vous plaît, la première compagnie vacante pour ce pays-ci. Je tâcherai de mériter cette grâce par tous les soins possibles à m' appliquer à mon servdce et vous en aurai une continuelle obligation. Je prierai toujours le Seigneur qu'il conserve la santé de Votre ^Grandeur (i). ' '
Les services de M. Rocbert de La Morandière si longtemps ignorés eurent enfin leur récompense en 1753. Il reçut le brevet de capitaine dans les troupes de la marine. Il obtint aussi la même année le brevet d'ingénieur roj^al.
En 1755, M. Rocbert de La Morandière prit part à la bataille de la Monongahéla (2).
Le 15 mai 1758, l'ingénieur en chef de la Nouvelle-France, M. Pontleroy, attirait l'attention du ministre sur les services de M. Rocbert de La Morandière :
"J'ose vous demander une grâce, Monseigneur,
(i) Correspondance générale, Canada, vol. 96, c. 11.
(2) Suite, Histoire de la milice canadienne-française, p. 45.
c'est celle de vouloir bien accorder une augmentation d'appointements ou une gratification annuelle à M. Rocbert de La Morandière, ingénieur du Roy en cette colonie. Il sert depuis 1719 qu'il fut fait cadet, sousingénieur en 1724, ingénieur et capitaine en 1753. Cet officier s'est toujours acquitté de son mieux de ce dont il a été chargé, a été employé à la construction de différents forts de cette colonie. Il est chargé de famille et ne jouit que des bienfaits du Roy, qui tant en appointements d'ingénieur que ceux de capitaine montent à 1630 livres par année."
La fin de la domination française ne permit pas au roi de France de faire jouir M. Rocbert de La Morandière de ses faveurs.
Etienne Rocbert de La Morandière décéda à Montréal le 25 novembre 1760.
Il avait épousé, à Montréal, le 15 janvier 1730. Marguerite, fille de Louis Hingue de Puygibault, lieutenant en pied, et de Marguerite Gaultier de Varennes.
Elle se remaria, à Montréal, le 9 septembre 1768, à Charles-Claude-Pierre Pécaudy de Contrecœur.
Enfants du mariage de Etienne Rocbert de La Morandière et de Marguerite Hingue de Puygibault :
I Marguerite-Elizabeth-Ursule ; II René-Etienne- Marie ; III François-Àbel-Etienne ; IV Louise- Antoinette-Marguerite ; V Honoré-Etienne-Emmanuel ; VI Jean-Archange.