AUTRES BEAUX TÉMOIGNAGES
Et combien d'autres beaux témoignages de la part de nos compatriotes les plus marquants ! Parlant au congrès de Colonisation de Montréal en 1898, l'Hon. M. Turgeon, alors à la tête de cette belle œuvre disait : (( Le groupement paroissial tient non seulement au sentiment religieux, si fortement ancré dans le cœur de nos populations rurales, mais aussi au tempérament, au caractère national lui-même. Le Canadien Français éprouve une invincible répugnance à vivre loin du prêtre ; il veut que le berceau de son enfant soit béni ; que la dépouille des êtres qui lui sont chers repose au cimetière, et qu'elle y soit mise suivant les rites et les cérémonies du culte. Il y a plus que cela. Le prêtre, c'est le clocher, c'est la messe du dimanche, conséquemment, c'est une raison, une occasion pour tous ceux qui sont réunis dans un centre, de se voir, de discuter leurs intérêts communs, de s'aider de mutuels conseils, de mûrir de nouveaux projets. »
M. Henri Bourassa disait à une fête paroissiale à Mascouche : « C'est la paroisse qui a fait, le Canada Français, qui l'a conservé sous tous les régimes. Elle fut le groupement naturel, la véritable cellule sociale dont la multiplication a fait notre peuple. Elle fut et elle est restée chez nous la pierre angulaire de l'édifice nationale.
« Elle a été pour nous ce que le bourg et le township ont été pour l'Angleterre, ce que la Commune a été aux Flandres : le foyer de vie sociale, le berceau des libertés politiques, l'école d'apprentissage du gouvernement repré sentatif et populaire. Elle servit à organiser la défense des colons français contre l'Iroquois ;elie préserva les expatriés de la nostalgie et du désespoir ; elle conserva les traditions de la race ».
Bien plus, la paroisse canadienne conserva le Canada à l'Angleterre ! Elle devint et resta loyale parce qu'elle resta catholique ; et elle demeura catholique parceque française.
Les anglais le reconnaissent et l'ont écrit en termes non équivoques. Sir Haldimand répondant à Lord North, le 27 novembre 1783, qui lui demandait s'il serait avantageux d'établir des loyalistes américains dans les Cantons de l'Est, lui écrivait : (( Il vaut mieux laisser ces terres désertes aussi longtemps
que possible. Les Canadiens Français croîtront en population, et dans peu d'années, ils manqueront de terres pour s'établir ; il me semble de bonne politique que ces frontières soient peuplées de gens professant une religion différente, parlant une autre langue et accoutumés à d'autres lois que celles de nos entreprenants voisins de la Nouvelle-Angleterre. »
C'était avoir une confiance illimitée dans la loyauté des Canadiens Français et dans le régime paroissial qui les y conservait. Aussi, 25 ans plus tard, M. Parker, négociant anglais, donnait raison au sympathique gouverneur du Canada en écrivant à l'occasion d'une enquête sur la colonisation en 1828 : « J'encouragerais les Canadiens Français. Ce sont les seuls habitants sur lesquels vous puissiez compter, la population des autres provinces est mêlée, bien que renfermant beaucoup de bons et de dévoués serviteurs, les Canadiens Français, au contraire, sont unis par une origine commune dont ils sont fiers, par leur religion, leurs mœurs et leurs vertus, et ils sont intéressés à soutenir une réputation qu'ils ont conservée jusqu'ici sans tache. Le Bas-Canada (aujourd'hui la province de Québec) et autres colonies de l'Amérique du Nord sont le bras droit de l'empire britannique ; je suis convaincu que quand les Canadiens Français seront le double de ce qu'ils sont actuellement, ils défieront l'Union américaine. Ce sont les meilleurs colons de l'Angleterre, et la seule chance qui reste à celle-ci de conserver ses possessions, c'est de laisser les Canadiens Français s'étendre dans toute la province basse et s'y régir par leurs institutions actuelles, autrement, cette colonie sera perdue à jamais pour la métropole ! ))
Voilà ce qu'un Anglais clairvoyant pensait des Canadiens Français, de l'efficacité de leur organisation paroissiale et de leur valeur morale et colonisatrice. Qu'on ne l'oublie pas, le peuple canadien français ne restera un élément de conservation nationale que s'il reste dans sa tradition de race, de foi et de langue. En d'autres termes, comme le disait si justement un de nos grands orateurs à l'occasion du Congrès eucharistique de Montréal : (( Le sort des institutions britanniques, comme la vitalité de l'Église catholique, au Canada, dépendent dans une large mesure de la conservation du peuple canadien-français dans sa foi et sa langue ».
Il est à souhaiter que ces vérités historiques ne soient pas oubliées à Rome ou à Londres, à Ottawa ou à Québec, à Toronto ou à Winnipeg, etc.
LA PAROISSE CANADIENNE EST L'ŒUVRE PRINCIPALE DU DÉPARTEMENT DE LA COLONISATION.
Et par quel moyen nous conserver ainsi? C'est par la paroisse, ee foyer traditionnel si fécond en bons résultats. N'affaiblissons jamais chez nous, soit dans nos campagnes, soit dans nos villes, l'esprit paroissial, car «c'est là que nous puisons le meilleur sang de nos veines et la moelle la plus substantielle de nos os ».
C'est à cette œuvre éminemmemt patriotique que le Département de la Colonisai ion consacre ses pins larges subventions. Qu'il ouvre des route- on qu'il bâtisse des ponts, tous ses efforts convergent à la création de nouvelles paroisses; ou à l'agrandissement des anciennes.
Le patriotisme éclairé du ministre de la Colonisation, l'Hon. M. Devlin, se réjouit bien plus du développement des campagnes que de celui des grandes villes. Il l'a proclamé à la dernière Session de la Législature, et au cours d'un éloquent plaidoyer en faveur de son œuvre de prédilection, il a donné des chiffres très consolants sur l'augmentation de la population rurale dans les centres de colonisation de notre province. Et c'est bien à ce but que doivent tendre nos hommes politiques.
Songer avant tout à former des hommes de professions, des commerçants et des industriels est à notre avis une erreur profonde en économie politique. Il importe d'abord de former des cultivateurs pratiques en encourageant les bons colons, qui le deviendront ensuite, en leur facilitant l'accès aux terres cultivables du domaine public. L'agriculture, source première de toute prospérité bénéficiera de cette sage politique. Il ne faut pas perdre de vue que toutes les professions ont besoin de la terre pour vivre et pour se développer.
Le sympathique directeur de « La Canadienne )), M. Lau, analysant une conférence donnée récemment à Versailles sur les Français d'Amérique, note avec un plaisir marqué que (( le paysan canadien, c'est-à-dire notre cultivateur, est le vrai conquérant de la terre, le défenseur de la tradition, le propagateur de la race et par conséquent son vrai soutien )).
M. Benjamin Suite avait écrit bien auparavant : (( Le Canada ne commença à posséder une population stable que le jour ou le premier habitant, Louis Hébert, mit la charrue dans le sol ! ))
Or, nous venons de le démontrer amplement à l'aide des faits et à la lumière de l'histoire, si le canadien est resté fidèle aux traditions de sa race et à la fois de ses ancêtres, c'est grâce à la paroisse canadienne. C'est donc dans les intérêts de cette dernière que nous avons recueilli et annoté avec soin les réponses au « Questionnaire )) que nous avions adressé au curé des paroisses de colonisation et autres. On le constatera, il y a dans notre province des centaines de régions où nos cultivateurs, industriels, négociants et hommes de métier peuvent tenter fortune avec grandes chances de succès.
Nous terminons ce chapitre qui nous sert d'avant-propos en citant la belle pensée de feu M. C. Langelier que nous trouvons dans une brochure qu'il publia en 1873: « La mission des Canadiens Français est de cultiver la terre, de devenir les premiers agriculteurs du continent américain. Poussés par un instinct irrésistible, ils cherchent à s'emparer du sol de leur vaste province dont eux seuls peuvent devenir les vrais maîtres, parce que seuls ils en sont les défricheurs » !
Puisse-t-on toujours seconder une aussi noble vocation, et voir se réaliser des désirs si beaux et si légitimes.