HEUREUSE ENFLUENCE DE LA PAROISSE CANADIENNE
Quel beau tableau nous fait de la paroisse canadienne l)om Paul Benoit : « Elle est la cellule mère du Canada Français ; elle répare et entretient sa vie. Le Canadien Français, en effet, aime son église, y puise un amour indestructible de sa religion, de sa langue et de sa race, confondus ensemble dans ce lieu saint. Quelque éloigné qu'il se trouve des rives du St-Laurent, quelques influences étrangères qui s'agitenl autour de lui, il retrouve le Canada Français tout entier d;iiis s;i paroisse, vivant en elle de la même vie que sur les bords de s,»ii grand fleuve, demeurant Catholiques et Français au milieu des multitudes pro-
testantes et anglaises, parmi lesquelles il est jeté, Catholique parce qu'il est
Français, et fils soumis de cette môme église catholique parce que sa race en est la fille ai née ! ))
La paroisse canadienne, échelonnée depuis le golfe du St-Laureni jusqu'au nord du Comté de Témiscamingue, faisait dire à Mgr Forbin Janson : « 0 Canadiens Français, peuple au cœur d'or et aux clochers d'argent ! . . . Que vous êtes heureux !... » L'éminent apôtre voulait sans doute exprimer son admiration pour la paroisse canadienne, l'assise sociale la plus forte de l'Église en notre pays.
Mais la paroisse canadienne n'est pas seulement pour les membres qui la composent une source de vie nationale et religieuse, c'est dans les mêmes proportions, une source de progrès matériels incontestables. Toutes les branches, de l'industrie humaine, la finance, le commerce et l'agriculture y trouvent leur compte. L'expérience de deux siècles n'a pas cessé d'en démontrer la salutaire influence. De plus, la paroisse est l'arche sainte où se conserve les traditions, le langage et la foi du peuple, que le groupe de fidèles soit anglais, irlandais, français ou allemands, etc.
Et pour ne parler que des nôtres : là où la paroisse française n'existe pas, le Canadien Français, digne de ce nom, languit; il se sent isolé, amoindri et exposé à y perdre sa foi. Des faits nombreux le prouvent : ceux de nos compatriotes perdus au milieu d'une population qui lui est étrangère par la langue finit par perdre ses belles et nobles aspirations, et, finalement, abandonne la Foi de ses pères, si le prêtre qui doit lui donner les secours religieux ne parle pas sa langue.
L'étranger, un peu au courant de notre histoire, qui voit les autres nationalités se fondre si facilement dans le grand tout anglais, au Canada comme aux États-Unis, se demande par quel miracle la race française a survécu dans l'Amérique, et il en trouve la réponse péremptoire dans notre organisation paroissiale ! Écoutons M. Gustave Zidler qui a visité notre province l'été dernier.
« Seule, la paroisse canadienne-française possédait ce pouvoir, parce que seule elle demeure l'image de l'ancienne patrie tout entière. Que devient pour le Canadien Français, sinon un lieu d'exil, l'église où le cathéchisme doit se réciter en anglais, où le Notre Père ne sonne plus à son oreille avec la douceur du verbe maternel. Doit-on s'étonner qu'il s'en désafïectionne et même qu'il s'en éloigne ? Au contraire, quelle action n'exerce pas sur lui la parole du prêtre, son compatriote, qui, du haut de la chaire, lui rappelle les commandements de Dieu avec les mots et les intonnations de ses parents ? Ne doit-il pas se sentir remué dans ses fibres les plus profondes comme ce héros de Gérin-Lajoie disant naïvement à son compagnon au sortir de l'office où il venait d'entendre prêcher en français : (( Ça me faisait si drôlement en dedans que j'ai quasiment pleuré ! ))
« La Foi gardienne de la langue », (( la langue gardienne de la Foi )> ; les deux formules ne peuvent se disjoindre, car elles sont aussi exactes l'une que l'autre.v Une église canadienne, c'est le sanctuaire inviolable où le Canadien abrite son idéale patrie, avec ce que ses pères lui ont légué de plus précieux, sa croyance et sa langue. Aussi, toute paroisse qui s'ouvre est considérée comme une victoire française, tout fondateur de paroisse comme un grand patriote. Et jamais la petite patrie du Canadien, son église, ne lui paraît assez belle. Pour la parer davantage, les pauvres artisans ou laboureurs ne craignent pas de dépen-
ser des sommes qui paraissent incroyables, quand on songe qu'elles représentent
le fruit d'une pénible épargne ! Aussi, leurs titres de propriétaire, acquis au prix d'exceptionnels sacrifices, ajoutent encore à l'amour de leur clocher la fierté de son patriotisme ! »
« La paroisse canadienne, qui prépare ou suit partout le progrès de ta colonisation, reste bien vraiment créatrice et conservatrice d'âme catholique. Non seulement, gardienne des pures doctrines de vie éternelle, elle perpétue la multiplication de la race, mais elle offre encore et surtout un grand foyer familial où les fils d'un même sang se retrouvent, se reconnaissent, s'entr' aident, et, mettant tout en commun, tristesses et joies, craintes et espérances, puisenl dans leur pieuse union, scellée au pied des autels, des consolations et des lumières supérieures. »
« La paroisse développe l'esprit de charité, de fraternité, d'assistance mutuelle. Elle s'occupe de tous les âges, mais surtout de l'enfance et de la jeunesse ; où se fonde une paroisse, il est rare que ne s'élèvent pas une ou plusieurs écoles. C'est ainsi que la province de Québec s'honore à elle seule de cinq mille sept cent soixante-neuf écoles primaires catholiques, toutes françaises, et que, dans la Nouvelle-Angleterre, sur deux cents paroisses canadiennes-françaises, cent trente-cinq entretiennent «à leurs frais des « écoles séparées »...
Sir Lomer Gouin, premier Ministre de la Province de Québec, dans un bon et solide discours sur l'Instruction publique, à la dernière Session de la Législature, exprimant la même pensée, disait avec justesse : « L'amour de l'étude, le désir de s'instruire se développent à tel point dans nos paroisses que je ne crains #pas de dire qu'il n'y a pas un État dans toute l'Amérique du Xord où la population soit plus assoiffée d'instruction que la nôtre ! » Et le Premier Ministre» comme pour illustrer cette belle déclaration nous faisait le tableau suivant de sa paroisse natale:
« Je suis né dans une de nos modestes campagnes de la province de Québec. Je me rappelle mon village natal ; je me rappelle la (( petite école » que j'ai fréquentée ; je me rappelle, comme si c'était hier, la figure de mes jeunes camarades de classe ; je me rappelle aussi les maisons d'où ils partaient chaque matin, le cœur content, pour venir chercher près de la « Tribune du maître » leur part de savoir et de connaissances ; je le dis pour l'honneur de ma province, je n'ai gardé le souvenir d'aucun père, d'aucune mère de famille, qui, de parti pris, ait refusé à son enfant le bienfait de l'instruction. ...»
Et l'orateur continue à nous montrer l'influence de la paroisse canadienne, comme trait d'union entre les différents groupes de compatriotes répandus dans tout le Dominion. C'est elle qui vivifie l'esprit d'association, qui resserre plus étroitement la solidarité de toutes les générations, qui « travaillant en fait pour Dieu, selon la loi éternelle, travaillent en fait par de là le présent pour les siècles à venir ».
Enfin, c est la paroisse canadienne qui contribue le plus à inculquer dans l'esprit du peuple l'amour de l'instruction et à faire éelore dans SOU sein les initiative personnelles les plus diverses, comme les plus belles, que ce soit dans le domaine d s sciences et des arts, comme dans eelui de l'agriculture et de l'indu —
trie. Nos hommes d'État, nos prêtres nombreux, nos hommes de professions, nos littérateurs, nos artistes, nos négociants, nos riches manufacturiers etc., qui font la gloire du Canada, en sont la preuve éclatante.
Un homme bien en mesure de nous juger, M. Hanotaux, le reconnaît dans un article remarquable publié dans la « Revue des Deux-Mondes» : « Si l'Amérique du Nord continue à recevoir une certaine empreinte française, ce n'est ni par le commerce, ni par l'industrie ni par ia science ou la technique, à peine par la littérature, le théâtre et l'art, c'est surtout par la propagande religieuse, la propagande catholique, dont les prêtres, dans les nombreuses paroisses canadiennes françaises, sont encore aujourd'hui les dévoués collaborateurs. Le développement du catholicisme dans l'Amérique du Nord est un phénomène d'une importance historique magistrale. . . »