LA MÈRE DU SUPPLICIÉ. Ô
L'adorail, tous les deux nous étions fous de lui. De tout cela que nous reste-t-il aujourd'hui? Rêver pour l'avenir d'un enfant tant de choses, Kt ne rien conserver de tous ces rêves roses' Rien qu'une tombe, hélas I tombe de meurtrier, Sur laquelle on ne peut, qu'en se cachant, prierl Un meurtrier I — Non, non : N'est-ce pas, ma chère âme, Que ce n'est pas toi qui commis ce crime infâme? Non, non, ce n'est pas toi. — Qui? moi, je n'en sais rien Mais ce n'est pas lui, non, allez, je le sens bien I Il a fait des aveux ! — Ce ne sont pas des preuves. Les juges l'ont soumis à de telles épreuves. Qu'il leur a dit : C'est moi! Plutôt que tant souffrir, .e malheureux enfant a préféré mourir.
Jn crime, — luil Mon Dieu, vous, vous en qui j'espère, ^la ne se peut pas, puisque je suis sa mèrel
e suis folle et je cherche en vain à m'abuser : Ce meurtre, il l'a commis, et vouloir l'excuser Vest pas possible, non; mais enfin, la justice, ijuand elle le condamne au suprême supplice, Enlève au criminel môme le repentir.
3n peut bien, sans tuer un homme, le punir, ourquoi donc recourir à ce jnoyen extrême,
Et pour venger un crime, en commettre un soi-même^.
Punissez, il le faut et vous avez raison,
Vous avez pour cela le bagne et la prison,
Mais laissez-leur la viel ahl Dieu même l'ordonne!
C'est vous qui condamnez, mais c'est lui qui pardonne
Hélas! lorsqu'en plein jour, à la face des cieux. Vous assemblez les bois du gibet odieux, Vous ne sentez donc pas, quel que soit le coupable, Que vous dressez, spectacle atroce, épouvantable. Sur un nouveau Calvaire une nouvelle croix? D'ailleurs, sachez-le bien : c'est excéder vos droits. C'est frapper dans sa chair une femme innocente, Qu'oser tuer l'enfant, quand la mère est vivante!
0 juges! cette femme a raison, et sa voix
Devrait vous rappeler la plus belle des lois,
La loi du Christ, qui dit : Toute tête est sacrée.
Cette loi vous gênait, vous l'avez massacrée.
Et depuis, chaque jour, sans honte et sans remord,
C'est au nom de ce Christ que vous donnez la mort.
0 ciel! c'est donc pour vous une bien belle fête,
De voir dans un baquet grimacer une tête?
On prétend que rien n'est plus hideux cependant
LA MîlHE du supplicié. 99
Vous ne comprendrez donc jamais, en entendant
L'horrible grincement du couperet infâme,
^u'en mutilant un corps, vous violez une âme?
Hélas I non, tout cela l'on vous Ta dit cent fois,
Et vous êtes restés sourds à toutes les voix.
Rien ne peut vous fléchir; c'est en vain que les mères
Viennent à vos genoux sangloter leurs prières;
En vain que Ton vous dit : L'humanité défend
De tuer sous les yeux de sa mère un enfant;
En vain, qu'à votre code opposant l'Évangile,
On vous prouve combien la justice est fragile ;
Donc, il vaut mieux, muets, laisser venir le jour
Où, juges, vous serex ju^és h votre tour.
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