L'ACCROC
Dit par M. Tbrtil, du théâtre des Variétét
A mon ami FEPDiNANocic
Il 7 « quinze Jourt, Je demande un congé, Pour aller yoir mourir un vieil oncle que j'il Dans le département de la Meurthe-et-MoseI!<! Mon chef ne parut pas oouper dans la ûcelif ; Pourtant il m'accorda ce que je souhaitaij« Le lendemain matin dès l'aube je partais. Gai, content, altéré d'air libre et de Terdareî (Car Tonele n'était bien qu'une simple impastiirc.} )e demande à la gare un billet pour Mâcon, ït je court mlnstaller dans le dernier wagon llspérant être seul, mais espérance vaine 1 In outre la portière, un parfum de verveinr
M'arrive dans le nez. Le froufrou d'un jupon
Parvient à mon oreille, un tout petit peton
Se montre, puis un autre... enfin sur la banquette
Une dame s'assied... Je flaire une conquête,
J'aide la voyageuse à placer ses colis :
Elle me remercie en termes très polis,
Tandis que, souriant, je regagne ma place.
Je ne savais pas trop comment rompre la glace ;
J'essayai cependant : — Il fait un bien beau temps,
Madame, et les fermiers doivent être contents.
— Ohl ouiy monsieur.
— On dit pourtant que la salade Ne rend pas, et de plus, que l'avoine est malade.
— Tant pis, monsieur, je plains les malheureux chevaux
— Oh! madame, voyez les jolis petits veaux, Juste en face de vous, tout là-bas, sous les ornes !
— Je croyais que les veaux, monsieur, avaient des cornesl <— Non, pas euxl Leurs papas et leurs mamans aussi.
Ils en auront plus tard. Nous parlâmes ainsi Longtemps. Je commençais à trouver monotone La conversation de la jeune personne.
Avec ça j'étouffais dans ce chemin de fer I J'ouvre un peu la fenêtre afin de prendre l'air; Voilà qu'en me penchant. 6 rage^ ô coup funeste,
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Je sens se déchirer... Ce n'était pas ma veste, Non, c'était ma culotte ! Immobile, éperdu, Je restais là, suant, tremblant, le dos tendu I Je craignais, en bougeant, que cette déchirure S'augmentât, et n'osais rentrer dans la voiture. J'espérais que cela ne se voyait pas trop. Que du moins mon veston dissimulait... raccroc; Mais la dame, soudain, tremblante de colère. M'ordonne de m'asseoir; or, la chose était claire, Elle avait vu ce qui venait de m'arriver. J'aurais donné cent sous pour pouvoir m'esquiver, Et changer de wagon pour changer de costume. Avec ça j'avais peur d'attraper quelque rhume. Non, voyez-vous d'ici ma situation?
Le train s'est arrêté! C'est une station I Je prends mon sac et saute en bas de la voitur it je cours me cacher derrière une masure ; J'enlève vivement le maudit pantalon, Je cherche dans mon sac, je fouille jusqu'au fond Je ne trouve dedans, ohl l'angoisse mortelle 1 Qu'un pantalon de femme avec de la dentelle I Je comprends tout. Ce sac n'est pas du tout le mien C'est celui de la darael II faut cependant bien Que j'endosse cela, pour regagner la voie.
106 ItONOLOGUES COMIQUES ET DRAMATIQUES.
Endossons 1 je courrai pour ne pas qu'on me voie; Une fois en wagon, j'expliquerai d'où vient L'erreur à ma voisine et lui rendrai son bien. Je revêts donc l'objet, sans mal, c'est assez ample, Ce n'est pas tout à fait assez long, par exemple. Enfin, c'est fait, je cours, craignant d'être en retard. J'aiTive juste à temps... pour voir le train qui part. Je ne sais où me mettre! Enfin, tant pis! je m'arme De courage et m'en vais trouver un grand gendarme Que j'aperçois debout devant la station. Je veux lui raconter ma situation, Mais aussitôt voilà ce haut fonctionnaire Qui croit que je plaisante et me dit de me taire* Moi j'insiste, il se fâche : Allez-vous circuler. Polisson I Je comprends qu'il va me bousculer Si j'ose résister. Alors je prends la fuite. Entraînant un essaim de gamins à ma suite. Je suis tout en sueur I je vais sans savoir où. Manquant à chaque pas de me rompre le cou, Fuyant devant la meute aux clameurs diaboliques Lorsque, soudain, je vois briller ces mots magiques Au-dessus d'une porte : « Au Guide du Bon Ton. Habillements complets ! * •— Je tourne le boutoo. Je produis un efifet impossible à décrire.
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Les commis partent tous d'un grand éclat de rire^ La patronne se pâme au fond de son fauteuil, Mais son mari m'indique, avec le doigt, le seuil, St me jette dehors. Je ne sais plus que faire I Que vois-je? Le fànal rouge d'un commissaire! J'entre sans hésiter dans l'établissement. Je veux tout raconter sans perdre un seul moment; L'intègre magistrat me dit avec malice Qu'il sait tout. Il paraît que déjà la police Savait tout. Un agent m'emmène et me conduit Dans on grand local triste et noir comme la nuit.
— C'est un tailleur en gros, pensai-je... Mais la porte Du fond s'ouvre. Un monsieur, suivi d'une cohorte De garçons en livrée, entre, et me met ses doigts Sur le crâne en disant : — Très bien, parfait, je vois Ce qu'il faut. — Je n'avais jamais vu, je le jure, Pour aucun pantalon prendre ainsi la mesure.
— Déshabillez-vous vite I ordonne le tailleur.
— C'est drôle, comme il a le sourire railleur, Me dis-je en retirant la fatale culotte.
— Ehl bien, ce pantalon, quand est-ce, je grelotte.
— Otez d'abord tout ça.
— Gomment? mais, s'il vous plall, Je n'ai pas demandé le costume complet.
A ces mots, il fait signe aux garçons ; on me roule
Sur le plancher ainsi qu'on eût fait d'une boule.
Puis je sens tout à coup une avalanche d'eau
Qui m'inonde le corps en me glaçant la peau.
J'ai beau crier, hurler, leur jurer qu'ils se trompent,
Ils n'entendent rien, rien, et pompent, pompent, pompent.
Je me débats toujours comme un ?rai forcené;
Je comprends maintenant qu'on ne m'a pas mené
Du tout chez un tailleur, mais dans quelque Bicêtre
De province. Il fallut vingt jours pour me remettre
Et prouver que j'avais ma complète raison.
Ah I si vous voyages, retenez la leçon I
Souvenez-vous de mes tragiques aventures.
Et de vos pantalons visitez les coutaresl