A VICTOR HUGO
26 février !8S!.
Ecoulez ees rumeurs, écoutez ces longs cris
D'amour, d'allégresse et de fête :
C'est l'antique cité, Paris, le grand Paris,
Qui vient saluer son poète.
Oui, les fils de Paris, ces éternels amants
Des sublimes apothéoses, Viennent au grand Hugo, — pour ses quatre-vingts ans,
— Offrir des bleuets et des roses.
Oui, Paris, oui, la France, un peuple tout entier,
Célèbre son anniversaire, Et vient orner ici, — d'un immortrel laurier^
— Le fr^' at du grand octogénaire.
t48 MONOLOGUES COMTOUE» ET DRAMATIQUES.
0 peuple, tu fais bien d'honorer ce vieillard.
De saluer ce fler génie.
Dont loeuvre, immense et forte, a régénéré l'art
Et fait plus grande la Patrie.
C'est lui qnî hautement, dans sa prose et ses vers,
Plaida, peuple, ta cause sainte, Qui, le premier, souffrit des maux par toi soufferts
Et, le premier, comprit ta plainte.
Quand il parle de toi comme ils sont beaux les chants
Tombés de sa puissante ]yre : Indulgent aux petits, implacable aux méchants,
C'est pour toi son meilleur sourire.
Cest pour toi, pour toi seul, que sa terrible voix
A toute heure s'est fait entendre ; Et lorsque l'on cherchait à violer tes droi ts,
Il était là pour les défendre.
Or, tous les peuples, tous, se tournèrent vers lui,
Vers le grand poète de France ; Kt, tels que des marins, lorsque l'orage a fui,
Tous murmurèrent : Espérance l
A VICTOR HUGO. li«
Hugo plaida pour eux. Formidable, sa voix
Eut les grands éclats des tonnerres, Et tout à coup Ton vit, en l'entendant, des rois
Pâlir d'effroi dans leurs repaires.
Ce vaillant défendit le faible I — On l'exiU.
Va sur des rives étrangères, Quitte le sol natal ; ton souvenir est là,
Vivant, dans le cœur de tes frères!
Mais ces temps ne sont plus, et les rois à leur tour
Ont enfin passé la frontière.
Pour jamais cette fois, l'ombre a fait place au jour,
Tu peux rayonner, ô lumière 1
Peuple, lu peux chanter, tu peux jeter des fleurs
À celui qui prit ta défense, À celui dont les chants, — en t'arrachant des pleurs,
— Ont sa consoler ta souilranct.
Relis son œuvre entière, une à une parcourt
Les pages par sa main tracées :
Qu'il chante les enfants, les combats, les amours I
— Partout d'immortelles pensées 1
iU MOMOLOGUES OOIHQLES ET DRAJtATlOCES,
Uelis les Châtiments, les Odes, les Rayons.
CromweU, Ângélo, Notre-Dame, Claude Gueux, Bug-Jargal, les Coniemplatioms: Partout, nn reflet de son imel
Relis Mary Tudor et la Esmérali-a,
Les Burgraoes, le Roi î'awui*, Marion, Hernani, Ruy Bios, Borgia,
Ces perles que pleora sa muse.
Ohl relis cette prose et ces supeièes vers.
Cette œuvre est si forte et si bdîc, Cetie œuTre que tout bas jalouse l'unifK^s,
Parce qu'il la sait immorteLle.
Tielis enfin ce livre où sont peints tous tes aant.
Relis, peuple, les MitirmbksI Qui jamais exprima des sentiments ^ns beau.
Bans des pages plus admirables?
^t toi, Victor Hngo, poète aux chereux bbucs. Quels chants nouveaux vas- ta nous dire?
0 chante, chante cncor ! — Oui, dans tes doigts tremblants, Grand poète, reprends ta lyr©*