UNE ENVIE
JHt par M. Porel, du théâtre national de VOdéon,
A monsieur Eudsl.
Pins je yieillis, mes chers amis, Et plus je sens grandir rearie D'aller loin, bien loin de Paris, If'enterrer et finir ma rie.
Dans qnelqne coin, je choisirai Une maisonnette, un cottage, Où, sans bmit, je me blottirai Ainsi qu'un oiseau dans sa cage
Petite sera ma maison, —
Deux pièces? — Oui, cuisine et chambre;
Des ilenrs dans la belle saison.
De bonnes bûelies en décemlire?
Quelque Jeanneton de là-bas Viendra me repriser mes nippes»
Tandis que Tœil sur ses appas...
Eh bien I non, j'aurai des principes.
Je prierai monsieur le caré De m'adresser quelque dévote.
Qui marmottera des ave, En raccommodant ma culotte.
L'hiver, assis au coin du feu, L'été, sous ma verte tonnelle, i* attendrai que, dans le ciel bien, La première étoile étincelle*
Alors, gagné par le sommeil, Dans mon lit aux rideaux de serge^ J'allongerai mon corps pareil Au corps nonchalant d'une vierge.
ie matin, je boirai du lait.
Du lait que je trairai moi-même, En fredonnant quelque couplet.
Ou récitant quelque poème.
tNfS ÊNVIË. 21
Taurai toute une basae-cour, Des poulets, des canards, des o'iet.
Des cochons dont avec amour Mes deux mains lustreront les soies.
Tout le jour je jardinerai, Semant navets, poireaux, cibouieS) Et tous les dimanches j'irai Sur la plac« jouer au boules.
Tous les dimanches, c'est plus forU J'irai grayement i la messe, Peut-être ferai-je l'effort D'aller quelquefois à confessa,
le suivrai les processions Ayee une chandelle énorme.
le suis plein d'imperfections, U est temps que je les réforme.
Parfois, j'irai faire un loto, — Car, il faut aussi se distraire, — Un whist ou bien un domino, Ches le docteur ou chez le maire*
4^ lïONOLOGUES COMIQUEîJ ET DRAMATIQUES.
Je vivrai là-bas, inconnu, Modeste, chaste et bien tranquille, Loin de ce moude saugrenu Qui fourmille dans la grand'ville.
Oh 1 que je m'amuserai bieni Je lirai Mathieu de la Drôme ; Ni livres, ni journaux, rien, rien, De Paris m'apportant l'arôme.
Qael plaisir troufe-t-on, Paris, A chevaucher sur ton bitume, Entre des arbres rabougris Que la chaleur du gaz consume?
Ne vaut-il pas mieux sous les cieu»
Voir briller le soc des charrues, Qu'entendre grincer les essieux De tes vieux ûacres dans tes raesf
Ne serai-je pas plus heureux Avec les gens de la campagne, Qu'avec tous tes boursiers véreux Qu'attend la prison ou le baquet
t'NE EN VIS. ^
N'aurai-je pas plus de plaisir A voir quelque robuste fille Au torse impossible à saisir, Que las squelettes de Mabillet
Paris est le berceau des arts!
Murmure-t-on à mei oreilles :
Ses beautés lassent mes regards, En demeurant toujours pareilles.
Du plus humble moulin à vent La primitive architecture Ne channd-t-elle pas souvent Plus que tes merveilles, sculpture?
Que voit-on de nouveau jamais?
Rien ne change, rien ne Tari« A part ministères, préfett, Et schakos de l'infanterie.
Le théâtre devient malsain :
Des pièces de plus en plat sales Sur Tutilitô du vacciD, tcrites dans l'argot des halles.
à4 MONOLOGUES CÔMIOHES ET DRAMATIQUES.
En politique, calme plati
Tout ce que la Chambre décrète
Est repoussé par le Sénat.
L'une dit : Marche I Et l'autre : Arrête^
Paris ? — Paris est un enfer, Un profond et hideux abîme I Emporte-moi, chemin de fer.
Et qu'un peu d'air pur me ranime.
Qu'ai-je à faire avant mon départ?
{Cherchant dans sa mémoire,) Ce soir je soupe avec Lucile A six heures... suis en retard.
Demain, première au Vaudeville.
Samedi, bal à TÛpéra.
Au bois, dimanche, courses plates.
Le soir, chez Jeanne, on dansera.
Lundi, reprise des Pirates.
Boni... promis d'aller dans un mois Pendre crémaillère chez... Chose.
Et le déjeuner dans les bois, Depuis trois ans promis à Rose I
tNE ENVIÉ. 9S
Allons! il faut attendre encor,"" Il faut encor traîner la chaîne.
Il faut, chassant les rêves d'or.
Attendre la saison prochaine.
Pins je yieillis, mes chers amis. Et plus je sens grandir l'envie D'aller loin, bien loin de Paris, M'enterrer et unir ma vie t
A L'AMPHITHEATRE
Maurice Rollihat.
)e8 boyaux déroulés serpentent sur la dalle. .es cadavres sont mûrs et môme déjà verts. Jn silence pesant règne dedans la salle, i pesant qu'on entend presque grouiller les vers.
Jn carabin maigre entre et plonge sa main sale )ans les intestins mous et les ventres ouverts ; ^uis dans un coin ramëisse une épine dorsale, )u'il dissèque avec soin en récitant des vers.
i est là, tout entier à sa noire besogne, 'ournant et retournant son morceau de charogne, it moi, je le regarde, écœuré, frémissant :
)estin sombre et fatal l — voilà donc où tu mènes? i'est donc là votre fin, jouissances humaines ? Quelques lambeaux de chair ei des caillots de sang.