‹ Monologues comiques et dramatiquesChapitre 3 sur 43 · LES VAGABONDS. IS · texte numérisé non relu

LES VAGABONDS. IS

— Oui.

■^ Pourquoi?

— Dam, parce que je mange.

uis, les enfants, il dit que cela le dérange. faman aussi disait que j'ai trop d'appétit, SI m'appelait... un monstref alors, moi, j'ai partie

— Enfin, de quoi vis-tu?

- - Du pain que l'on me donne.

— Tu n*es pas honteux donc?

— Ça fait mal à persoun;^

— On trafaille à ton âge !

— On ne m'a pas appris.

— Enfin que faisais-tu, lorsque l'agent t'a pris ?

— Rien, j'allais me coucher.

— A terre?

— Oui, par terre •— C'est très mal, dit le juge, avec un ton sévère.

Le substitut se lève, et, d'un ton solennel, Dit que l'on doit punir ce jeune criminel. Que depuis trop longtemps déjà Paris regorge De bandits qui la nuit vous prennent à la gorge. Celui-là, dira-t-on, n'est encor qu'un enfant. Qui ne sait ce qu'il fait* que son âge défend!

Non, non, il faut qu'ici la justice sévi&se, Et tranche sans pitié dans son germe le vice. Tous les bandits d'ailleurs sont bandits en naissant. Et l'âge ne fait pas que l'on soit innocent. Quiconque a violé la loi, qu'on le condamne î

Ah! comme, avec plaisir, j'aurais giflé cet ùâe.

Et l'aurais appelé brute en plein tribunal,

Sans le respect que j'ai... pour le municipaL

Qu'on le condamne I Eh non, triple sot, qu'on L'instruis

Un enfant en prison, c'est une âme qu'on brisa.

Une fleur qu'on arrache, un pauvre oiseau blessé

Qu*on met en cage, avant que de l'avoir pansé*

C'est un cœur commençant à palpiter à peine,

Dans lequel, goutte à goutte, on fait couler 1^ haine.

Pour vivre, pour aimer, pour croire, pour bénir,

Et, fuyant le passé, marcher vers l'avenir,

Il faut qu'il ait le ciel au-dessus de sa tèfce,

Et ce n'est pas pour lui que la prison est faite*

C'est une immonde école, où le pauvre être, hélaal

Apprend bientôt du mal tout ce qu'il n'en sait pas.

Oui, c'est là qu'il se perd, et c'est un crime en somme

D'y jeter un enfant, car c'est tuer ua komme"

LES VAGABONDS. l6

Ne croyez pas au moins que je yeuille aux pavé» Rendre les vagabonds par les faubourgs baves ; Non, je ne prétends pas qu^l faille qu'on délivre Un enfant que de vols on peut supposer vivr« ; Je dis que sur la pente il faut le retenir, Chercher à le sauver avant de le punir, Remplacer la prison par l'asile et l'école, Et les coups du geôlier par la saine parole D'un maître qui, cherchant à le rendre meilleur, Saura bien découvrir le chemin de son cœur!

Mais j'entends murmurer que je heurte l'usage,

Et, qu'en tous ses arrêts, la justice est très sage ,

Que j'ai tort d'oublier que la loi c'est la loi,

Et devrais bien garder ma harangue pour moi.

Je sais qu'à discourir en vain je me hasarde.

Et qu'on continuera, sans même y prendre garde,

— Pour bien prouver à tous que le système est bop, —

A faire un assassin de chaque vaigabond.

Cependant je ne puis me résoudre à me taire,

Et qu'ici mon avis soit ou non salutaire,

Je parlerai (juand même : Oui, je veux prendre en mains

La cause des enfants qui vont par les chemins^

le MONOLOGUES COMIQUES ET DRAMATIQUES-

Saus pain et sans souliers, errant à l'aventure, Et n 'ayant que le ciel du bon Dieu pour toiture» C'est parce qu'ils y sont souvent trop malheureux, Que ces pauvres martyrs s'en vont tous de chez eux. Ah I vous n'avez jamais, de près, vu la misère, Et vous ne savez pas, quand votre enfant se serrf Doucement contre vous, qu'il est de noirs taudis Où ces anges du ciel en naissant sont maudits; Vous ne vous doutez pas qu'il existe des mèreC P our qui ces chers petits sont des charges amères ; Qu'il en est qui n'ont pas l'instinct de l'animal, Et dressent leurs enfants, elles-mêmes, au mal; Que tel père au logis revient ivre sans cesse ; Que telle mère enfin s'avilit et s'abaisse Jusques à recevoir devant eux ses amants, Et les rendre témoins de ses embrasse mental Eh bien! répondez-moi : Peut-on, je le demande^ Exiger que du vice un enfant se défende, Et ne succombe pas dans de pareils milieux? Hélas I qui donc sait si, lorsqu'il remonte aux cieux, Chassé par les lueurs de l'aube, leur bon ange N'emporte pas lui-même à l'aile un peu de fange î

De grâce, ayons pitié de ces pauvres petits

LES VAGABONDS. i^

r qui tous les malheurs se sont appesantis. 1 nom du Dieu puissant qui de là-haut nous juge, (Irons à ces enfants un asile, un refuge ; ae pour eux à jamais se ferme la prison, clairons leur esprit et forgeons leur raison, en grandes ouvrons-leur les portes de l'école, ettons-leur dans la main le livre qui console, ontrons-Ieur le respect des autres et de soi, uis leur cœur réveillé faisons germer la foi, ces foyers éteints communiquons la flamme ai soudain fera naître et grandir en leur âme Bs sentiments, qu'en lui, tout homme doit avoir : amour de la patrie et l'amour du devoir I

\ï\ oui, tendons les mains à Tenfant sans demeura, ans ouvrage, sans pain, sans famille, et qui pleure uvrons-lui bras et cœur, et cherchons le moyen — i bas qu'il soit tombé — d'eu faire un citoyen I

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