SUR LE BOULEVARD
POÉSIB
Dite par M. Amaury, du théâtre de VOdéon
A M. François Coppée.
Le pauvre vieux vendait un joujou ridicule,
Un horrible pantin qui faisait la bascule.
C'est quatre sousl criait le vieux tout en marchant.
Mais la foule passait et laissait le marchand
Agiter ses pantins, dont la robe fanée
Prouvait qu'ils n'étaient pas nouveauté de l'année.
C'était pitié de voir ce vieillard chancelant
Solliciter, craintif, les regards du chaland.
Parfois quelques farceurs, — idiots, dont la race
Est chez nous plus qu'ailleurs florissante et vivace,
— S'arrêtaient près du vieux, et là, faisaient semblant
De vouloir acheter, tandis que lui, tremblant,
Expliquait aux messieurs le jeu simple et facile
D'un bonhomme de bois qui gigotait, docile.
Et les messieurs prenaient le joujou dans leurs doigts,
Le tournaient bêtement, en tous sens, plusieurs fois,
Non sans tenter un peu de casser la ficelle,
Ou bien de chiffonner l'étoffe et la dentelle.
Puis, sans rien acheter, ils partaient, satisfaits
Des dégâts qu'aux jouets du vieux ils avaient faits.
Et lui, les regardant s'éloigner sans rien dire.
Cherchait à deviner ce qui les faisait rire.
Et, ne comprenant pas, reprenait son chemin
Le long du boulevard, ses pantins dans la main.
Des bambins, par moments, le suivaient dans sa course ;
Pour mieux voir les joujoux, trop coûteux pour leur bourse,
Ils entouraient le vieux, s'attachaient à ses pas,
Et lui, leur souriait et ne les chassait pas.
Or, il se faisait tard. La foule fondait lente.
Quelques marchands encor criaient : Voyez la véniel
Derniers appels jetés aux derniers amateurs.
Dans les cafés déserts plus de consommateurs.
Sur le macadam gras, huit ou dix fiacres vides
Dévorant les passants de leurs deux yeux avides.
Dans l'ombre, un allumeur glissant rapide avec
Sa perche, et ne laissant, sur deux, brûler qu'un bec.
Minuit sonnait partout. SvLv le seuil des boutiques,