ATTILA
POÉSIE
Dite par M. Mounet-Sdlly, sociétaire de la Comédie- Française,
A M. Henri de Bonniiiin
Depuis que tu n'es plus, à farouche Attila, Noir guerrier devant qui l'univers recula, Les fleurs de notre sol se sont souvent fanées, Bien des ans sont venus s'ajouter aux années. Notre terre a reçu dans ses flancs bien des corps, Nourri bien des vivants et bercé bien des morts? Bien souvent le soleil a brillé sur nos luttes, Éclairant tour à tour nos gloires.,, et nos chutes; Car les prés que foula ton cheval hennissant Ont bu depuis ta mort bien des pleurs et du sang. Le temps a dans son vol dénoué bien des chaînes. Brisé bien des amours« fait taire bien des haines ;
Mais il n'a pu, ce temps qui fuit sans revenir,
Effacer de nos cœurs ton hideux souvenir.
Bien des noms, qu'a tracés en lettres d'or l'histoire
Ne disent aujourd'hui rien à notre mémoire...
Non, nous ne savons plus les noms môme d'aïeux
Dont l'univers chanta les exploits glorieux ;
Mais ton nom, Attila, nous le savons encore :
Enfant, c'est le premier qu'on sait et qu'on abhorre.
Ce nom, c'est le premier qu'en notre histoire on lit.
C'est aussi le premier que l'histoire avilit.
Attila, roi des Huns, regarde cette Gaule
Que tu Toulais briser, comme l'orage un saule ;
Regarde tous ces Francs, dont tu prétendais voir
La race entière un jour soumise à ton pouvoir ;
Regarde nos cités oi!i la richesse abonde.
Nos vaisseaux surchargés fendant la mer profonde,
Nos fleuves, nos forêts, nos vallons et nos prés.
Et nos vignes au flanc des coteaux empourprés I
Attila le lion, Attila le superbe.
Regarde nos moissons I — Elle a repoussé, l'herbe I
Pauvre fou, tu disais dans ta stupide erreur.
J'ai pour anéantir ce peuple la terreur
Tu comptais, insensé, sans le Dieu des armées.
Qui devait secourir nos hordes alarmées,