‹ Monologues comiques et dramatiquesChapitre 8 sur 43 · ATTILA · texte numérisé non relu

ATTILA

Sans le Dieu qui devait, de tous tes crimes las.

Te faire enfin sentir la vigueur de son bras,

A peine de Lutèce as-tu touché l'enceinte,

^ue ce Dieu fait surgir Geneviève, la Sainte,

Et l'on te voit trembler, toi, guerrier triomphant

Devant cette humble femme, ainsi qu'un faible enfant

Tu pensais mettre aux pieds de ces Francs des entraves!

Comme s'ils étaient nés pour faire des esclaves 1

S'ils avaient été même abandonnés du sort,

Ils se seraient forgé de l'honneur dans la mort.

Vaincre ou mourir I telle est la devise de France...

Qu'importe le trépas, qu'importe la souffrance.

Pourvu que la patrie ait un nom glorieux,

Et que ses ûls soient tous dignes de leurs aïeux I

Pauvre patrie ï Ainsi qu'un vaisseau qui se penche. Nous avons vu souvent sombrer ta voile blanche ; Car d'autres, Attila, sont venus après toi. Répandre parmi nous le carnage et l'effroi. Mais, ainsi que le roc résiste au choc de l'onde. Notre France toujours rayonne sur le monde, Ah! si malgré ses deuils, malgré l'ambition. Elle est toujours la grande et sainte nation. C'est qu'elle ss relève aussitôt abattue.

as MONOLOGUES COMIQUES ET DRAMATIQUÉI.

Et qu'enfin, pour la vaincre, il faudra qu'on la tue. Et c'est toi qui voulais la détruire, Attila ? Dis-nous donc sur quel Dieu tu comptais pour cela? Ceux qui contre les Francs ont excité tes haines, T'avaient-ils dit quel sang circulait dans leurs veines î Toi, les vaincre ? Allons donc, tu ne l'as pas pensé ; Tu n'as pas fait un rêve à ce point insensé : Tu savais ta défaite, et que le poids des Gaules Eût fait craquer les os de tes larges épaules.

Oui, je t'entends, tu dis que j'oublie aisément,

Qu'hier je n'aurais pas parlé si fièrement.

Et que l'on voit encore à nos flancs la blessure

Qu'y fit d'un nouveau Hun la cruelle morsure.

Tu t'étonnes, dis-tu, de voir sur notre front

Le signe inefîacé du plus sanglant affront ;

Tu demandes enfin si le peuple de France

A plus d'orgueil au fond du cœur que de vaillance,

Et s'il croit, pour laver les outrages reçus.

Qu'il suffit que les ans passent dix fois dessus ?

Non, mais il sait, vois-tu, ce peuple que tu railles

Que ce n'est pas encor l'heure des représailles ;

Il sait qu'il ne faut pas, pour aller aux combats,

Des braves seulement, mais aussi des soldats;

ATTILA. d9

H sait, il en a fait Texpérience sombre. Que la valeur ne peut se mesurer au nombre Que pour combattre il faut, non seulement vouloir Mais qu'il faut avant tout et s'instruire et savoir ; Que îe travail peut seul rendre un pays prospère, Qu'enfin la guerre épuise, et la paix régénère,

Il n'a point abdiqué son légendaire orgueil, Et s'il retient les cris de sa pauvre âme en deuilj Ce n'est pas, Attila, que sa fierté chancelle, Non, mais que d'un passé récent il se rappelle. Autrefois, sans rien voir, il allait devant lui ; Sur un signe, il marchait. Il regarde aujourd'hui. 11 est comme jadis prêt à donner sa vie, Mais ne veut la donner qu'à la mère Patrie. S'il faut demain se battre, il n'hésitera pas : I Mais avant de courir à de nouveaux combats, Il veut d'abord savoir si les jeunes épées i Sont d'un acier plus pur que les autres trempées. Il veut, plus que jamais jaloux de sa grandeur Savoir en quelles mains il remet son honneur. Il a vu se creuser au sol assez de tombes, Et ne veut plus enfin (te vaines hécatombes. Mais s'il maudit la guerre et demande la paix»

lu MONOLOGUES COMIQUE^ ET DRAMATIQUEâ.

Qu'on ne soit pas tenté de l'insulter jamais,

Qu'on ne lui fasse pas désirer la revanche,

Car du vase il se peut que le trop-plein s'épanche;

Il se peut qu'un jour vienne où le lion qui dort

Écrase tout à coup l'insecte qui le mord.

A d'imprudents défis s'il fallait qu'il réponde.

Ce peuple mâle et fier saurait prouver au monde

Qu'il honore toujours la devise qu'il a.

Et qu'il n'est pas de ceux qu'on soufflette, Attila )

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