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CHAPITRE DEUXIEME

Testis et les rapports de la nature et du surnaturel

Nous avons résuméplushautles attaques deTestis. E^our éviter au lecteur de s'égarer, il ne sera peutîtrepas inutile de lui indiquer la marche que nous îous proposons de suivre dans la discussion de ces uêmes attaques. Dans un premier paragraphe, nous lirons ce que Ton peut concédera Testis dans ses -evendications et quelles sont, d'après la doctrine atholique, les affinités que Ton peut constater ntre la nature humaine et le don divin de la ^râce (1). Ces principes rappelés, nous montrerons quelle erreur de fait considérable commet Testis en voulant rapporter mes soi-disant aberrations au désir de solidariser la cause de TEglise avec celle de la royauté et de calquer l'attitude politique du catholique sur son attitude religieuse (II). Puis nous examinerons quelques-unes des théories que Testis sous-entend au cours de sa critique (III). Le terrain ainsi déblayé, nous tâcherons de définir avec toute

la précision possible le fameux « système d« ralliance par les résultats bruts », dont je serai l l'auteur et qui me rendrait coupable de multiple hérésies. Ce sera une excellente occasion de donne àla thèse qui établissait les conditions d'une entent spéculativement possible de catholiques avec l'Actio] française tout son développement et de mettre ei évidence les grossières méprises de ïestis à moi| endroit (IV). Dans un cinquième paragraphe, tou| ad hominerriy nous opposerons Testis à M. Blonde | et ferons comme toucher du doigt la partialité e l'inconséquence des reproches adressés par lui à 1 solution du cas de conscience donnée dans A tra\ çers r œuvre de M, Maurras (V). Enfin nous élevanl au-dessus de la querelle présente nous tâcheron d'en dégager une conclusion d'ordre général qu| peut-être nous mettra en puissance de discerne j mieux le véritable esprit catholique et de mieu:j apprécier les tendances qui se disputent les âme croyantes à l'heure actuelle fVl). j

Nature et surnature d'après la doctrine catholiquii

Me mettant directement en cause. Testis me solidarise avec des doctrines que je n'ai jamais admises qu'aucun catholique n'admettra jamais, qui, loii de « sortir w de mon système, procèdent chez Testis ne disons pas d'une « idéologie étriquée », maif

'une décevante imagination métaphysique, une fois

e plus ici « maîtresse d'erreur et de fausseté ».

Car enfin la thèse iondsimentaile du monopkorisme

vtrinséciste qui consiste à n'admettre entre l'ordre

jaturel et Tordre surnaturel aucun échange, aucun

ipport de convenance, aucune proportion, à rendre

. foi absolument extérieure à la nature et la grâce

kns communication avec elle, — cette thèse, où

onc a-t-il pu voir que je l'aie jamais professée? Je

refuse pas à ïestis le droit de reprocher à certains

anuels de s'en tenir à une conception par trop stati-

ue du problème des idées. Les idées selon lui n'ont

as une simple réalité objective, elles ont aussi une

e subjective; un objet pensé en tant que tel sup-

ose toujours, même en tant que tel, une relation

5sentielle au sujet et l'on ne devrait jamais le con-

dérer dans sa réalité en faisant abstraction totale

e celui qui connaît. Accordons que cet aspect de

épistémologie n'a pas été asez étudié et que, par

temple, pour certaines catégories de vérités natu-

lles, appartenant à l'ordre métaphysique et

oral, cette relation ne peut être niée. Accordons-

i encore qu'une distinction trop radicale, au moins

ins l'expression, entre les divers ordres de pensée,

sinuant quelque cloison étanche et une « suffisance

ctice dans la réalité », est prônée deci delà, sinon

ir ceux que cite Testis, du moins par d'autres.

ms nous prononcer sur la solidarité étroite qu'il

)udrait lui-même entre Tordre physique et les

res pensants ', nous admettons, et d'ailleurs tout

1, Poussée à rexlrême, cette solidarité entraînerait que le ï)nde physique n'aurait pu exister si Dieu n avait aussi crée des

catholique admet en fait, que Tordre éeonomiqu< est soumis dans une large mesure aux principes d' la loi morale et que Tordre social ne trouve poir « d'équilibre définitif en Tordre de la nature

Très exacte encore est la distinction que rappel! Testis entre Tétat de nature pure et les condition où nous nous trouvons présentement. La vocatio j de l'humanité actuelle est une vocation surnaturelle j Tordre historique où nous vivons comporte noti| ordination à la vision béatifique et suppose Toctrc | par Dieu de dons proportionnés à une telle fin : c'er un point de théologie élémentaire ^

Mais s'ensuit-il que dans Tétude de la nature hiîj torique, il n'y ait pas à s'inquiéter de Tétat de natur! pure? Nous admettons sans peine que la natur' n'est pas un système complet, « ayant en soi s" suffisance et qui épuise en soi son activité » et nou savons que tous les grands scolastiques ont affirm Texistence dans Tâme d'un appétit du surnature d'un désir, d'une tendance vers quelque chose qi^ la dépasse, encore qu'ils diffèrent extrêmement dar les explications qu'ils en donnent. Mais qu'avt Cajetan et Suarez on n'accorde aucunement cet a] petit à la nature naturelle et qu'on le réserve, d'uii

êtres pour V « intelliger ». Beaucoup de scolastiques et d'ascèt l'ont cru et le croient encore : libre à eux, mais ce n'est qu'ui opinion.

l. Et voilà pourquoi les théologiens qui parlent des actes m^ ralement bon» accomplis par les païens ou les pécheurs ne di tinguent pas entre la fin naturelle et la fin surnaturelle : l'homo na présentement qu'une fin, et l'acte moralement bon a toujou une relation au moins implicite à cette fin (cf. v. c. Cardin Billot, JDt; Gratia ChrUti^ pp. 55-56).

nanière alors effective, à la seule nature surnatualisée^; ou qu'avec d'autres docteurs, on ne reconlaisse à la nature naturelle qu'un désir inefficace, 30sitif ou négatif, un vouloir conditionnel, une /elléité vis-à-vis des biens divins, un appétit de capacité, mais nullement d'exigence^, — il n'en est pas moins certain pour tous que, sans une grâce, 3'est-à-diresansundonpurementgratuitauquelnous n'avons aucun droit, sans un mouvement qui n'est pas de l'homme seul en tant qu'homme, cette nature humaine livrée à elle-même est incapable d'aspirer efficacement à une fin d'ordre surnaturel et de s'y diriger par ses propres moyens; il n'en est pas moins certain que, vis-à-vis de la vision béatifique considérée spécifiquement, il ne saurait y avoir d'appétit naturel^ , et que le don de vie surnaturelle ne peut être en aucune manière exigé par la nature. Aussi bien, entre Vétat de vie surnaturelle et la vocation à une destinée surnaturelle, y a-t-il une distinction, voire une séparation à établir; et, parce que l'humanité est appelée à une fin surnaturelle, il ne s'ensuit pas qu'elle soit élevée avant le don de la

1. Cf. Ligeard, La Théologie scolasiique et la transcendance du surnaturel^ pp. 38-43. Le même auteur remarque plus loin (pp. 108-109) que c'est au point de vue de ces deux maîtres que « l'apologiste aura intérêt à se placer pour solutionner le problème du surnaturel, tel qu'il est actuellement posé » : l'avis est peutêtre bon à retenir.

2. Ligeard, iô., p. 43-45. Cf. G Oivàeil ^ Dictionn . de théologie cathoL, article « Appétit », col. 1697-1700; La Crédibilité et V apologétique^ pp. 215-222; — Bainvel, iVa^are et surnaturel, pp. 138-145.

3. C'est la doctrine explicite de S. Thomas, De Veritate, q. 22, a. 7. Cf. P. LeBachelet dans les Etudes du 20 août 1911, p. 555.

iT^râce ^ L'état entraîne la présence de cette quali inhésive dont parle le Concile de Trente, qui sui élève les forces de la nature; la {location ne suppos pas nécessairement cette qualité et ne comport aucun don permanent. Qu'en raison de l'appel et d la volonté salvifique universelle, tous ressentent un degré quelconque les attirances de la grâce ver une « vie surabondante où leur âme est destiné ! obligatoirement - », « que Thomme dans l'état actue puisse aboutir au désir positif d'une révélation exté rieure, qu'il puisse saisir en soi-même l'appel à un vie supérieure; que cet appel divin, cette orienta tioi| de l'âme vers Dieu puisse se traduire dans l'âme pa | des faits psychologiques^ discernables à l'observa tien et à l'analyse philosophique^ » : rien de mieux

1. Dans Histoire et dogme (p. 68, note), M. Blondel écrit, il es»! vrai : « Qu'on veuille bien ne pas m'attribuer une confusion entrr la t^ie surnaturelle y telle que le baptême et la grâce habituelle h constituent en nous, et Vétat surnaturel, où l'homme est plac« avant et afin de pouvoir réaliser cette vie de grâce. Je ne méconnais nullement les conditions de l'accès personnel au salut n les différences infinies qui séparent une âme divinement vivante d'une âme morte. Mais ce qu'on a méconnu souvent, c'est que, antérieurement à la grâce habituelle et aux grâces actuelles oiii prévenantes, il y a une autre grâce, une vocation première, ur état qui résulte de la perte du don initial, mais comme un besoin et comme une aptitude à en recevoir la restitution. » La distinction est excellente, encore qu'exprimée d une manière qui n'est pas toujours claire ; par malheuî', ce texte ne résout pas la question la plus délicate : en quoi consiste cette sorte de besoin du don céleste, qui résulte de l'état surnaturel et, comme le demande i Pie X, qui devance toute grâce habituelle ou actuelle ? Est-ce une « capacité et une convenance, chose que, de tous temps, les apologistes catholiques ont eu soin de mettre en relief », ou ne serait-ce pas plutôt « une vraie et rigoureuse exigence )> ? (Don-I zin'^er-Bîxnnwîxri^Enchiridion, n° 2103.) i

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