‹ Monseigneur Bourget, évêque de Montréal [microforme]Chapitre 1 sur 3 · Monseigneur Bourget, évêque de Montréal [microforme] · texte numérisé non relu

Monseigneur Bourget, évêque de Montréal [microforme]

Les cheveux blancs comme l’aube dont il se revêt pour l'office divin, lisses et soyeux'; les yeux bleu-pâle, le regard doux et placide que donnent la vertu et l’habisoude de la méditation; le front haut, saillant, tous les signes de l'énergie dans le haut de la figure, et de la douceur dans la bouche, dans le sourire qui erre presque constamment sur ses lèvres ; le teint frais et coloré de la jeunesse; une figure qui rayonne, tant le sang qui l’anime est riche et abondant, quelque chose de diaphane

mme en

illuminé par urie douce lumière; une voix ,

pénétrante dont le timbre métallique et

monotone a quelque chose de plaintif.

Tempérament sanguir vif et nerveux,

qui se traduit par des mouvements sacca-

dé: lorsqu'il marche et par un changement

centinuel de position lorsqu'il est assis.

Taille moyenne, r'ais assez forte; peu de

chair, maïs de bons muscles une organi-

sation physique délicate et vigoureuse en

même temps ; une attitude modeste, une

physionomie pleine de douceur, de bien- <

veillance et de recueillement, qui frappe

l'homme le plus indifférent et le force de

s'incliner avec respect; type accompli que

l'artiste, voulant peindre la vertu sous des

traits humains, devrait prendre comme

modèle. Combien de fois, à la vue de

certains tableaux représentant quelques-

uns des hommes vénérés par l'Eglise,

n’avons-nous pas entendu dire : “ Comme

ce portrait ressemble à Mgr. Bourget |”

Caractère doux, aimable, affable, mo- *

deste, timide même et cependant susceptible äe résolutions énergiques, capalle d'entreprendre les choses les plus difficiles, les luttes les plus sérieuses: un arbre délicat aux branches chargées de fleurs et de fruits avec des racines de chêne. Exemple, frappant de la puissance du sentiment religieux.

Aimant à rire et à plaisanter et sachant le faire avec délicatesse; conversation enjouée, intéressante. Esprit vif et délié qui doit plus au travail qu'à la nature, recherchant le beau et le vrai. Imagination ardènte qui embellit de fleurs exquises les douces émanations de sa foi et de sa piété.

Plusieurs des mandements de Monseigneur sont des œuvres remarquables où la justesse des aperçus et l’énergie du raisonnement se mêlent aux agréments du style, aux poétiques inspirations de la religion et de la patrie.

Religion et Patrie ! on sent en quelque sorte les battements de son cœur, lorsqu'il

Te

8 MONFEIGNEUR BOURGET

parle de ces deux choses sacrées ; on com-

prend que pour elles, il est prêt toujours à

faire les plus grands sacrifices.

Se multipliant à l'infini pour remplir les devoirs innombrables que son ministère et son zèle lui imposent. On se demande :

comment, à son âge et avec la maladie qui menace si souvent de le ravir à l’affection de son diocèse, il peut vaquer à tant de choses et s'occuper en même temps de questions qui, à elles seules, devraient absorber toutes ses facultés, tous ses instants.

Tard, bien tard dans la nuit, on voit souvent une lumière briller à une des fenêtres de l'évêché ; c’est l’évêque de Montréal qui prend sur son sommeil les heures dont il a besoin pour compléter ses laborieuses journées ; et à quatre heures du matin, on peut voir cette lumière se rallumer. Le dernier au sommeil et le premier à la prière et au travail. Tel il était écolier et plus tard ecclésiastique ou simple prêtre, tel il est aujourd’hui, soumis à la règle, assidu à

No MONSEIGNEUR BOURGET 9

“ | | tous les exercices de piété, poussant jusqu’au scrupule le désir de donner à chacun de ses actes le cachet de la perfection.

On connaît les œuvres de son dévoue- <> ment pour le salut des âmes et de sa cha-

‘rité pour toutes les misères de la société ;

notre ville est remplie, en quelque sorte, des communautés qu'il a fondées, des asiles bénis qu’il a ouverts à toutes les infortunes physiques et morales. Les bonnes œuvres ! elles naissent sous son souffle 4: ÿ comme les fleurs sous les tièdes haleines du printemps.

On l’a vu au milieu des épidémies, au sein des hôpitaux et des prisons, dans tous js les asiles consacrés à la souffrance ou au repentir; ces glorieux champs de bataille | . Où jamais la charité catholique n’a été ie vaincue ! et partout il à laissé des traces : ineffaçables de son passage.

Lorsque des milliers d’'Irlandais, frappés | d’une maladie terrible en abordant nos ae rivages, se tordaient dans la douleur et

répandaient autour d’eux le venin de la contagion, quelle est l’ombre bienfaisante qui plana sur les scènss lugubres dont les bords du St. Laurent furent alors témoins ?

Quel est le dévouement qu’ allégea les souffrances de ces infortun” par les consolations de la religion, et donna aux enfants de ceux qui succombèrent, d’autres pères et d’autres mères ?

Ceux qui ont survécu se souviennent de cette figure qui leur apparut tant de fois, dans leur agonie, comme une vision céleste, un symbole d'espérance, et ils ne l’oublieront jamais.

Voyez ces personnes qui, tous les jours, gravissent lentement les marches de pierre qui conduisent à l’évêché de Montréal ; ce sant des vieillards, des hommes dans la force de l’âge, maïs abattus par la souffrance ; des femmes, des jeunes gens, tous ils vont là demander des consolations ou des secours à leur saint pasteur, le refuge des affligés. Regardez cette mère à la figure rougie

par les larmes ; aux yeux creusés par l'inso nie; elle vient de loin ; son enfant est malade, - il souffr: d’une maladie que les médecins croiens incurable; elle vient le présenter à Monseigneur pour qu'il le guérisse. Le bon et pieux évêque l’accueille avec bienveillance ; il comprend, dans la sensibilité de son cœur, ces inquiétudes maternelles : quel sonheur pour lui s’il pouvait toutes les soulager ! On dit que ces pauvres mères s’en retournent toujours consolées, et que plus d’une attribue la guérison de son fils aux prières de Monseigneur.

J'ai mentionné sa piété. On peut dire qu’elle à été l’auréole de sa vie, l’arôme de ses vertus et le principe fécondant de ses œuvres. C’est à elle qu'il doit en grande partie l'énergie qui le soutient et qui lui donné les moyens de triompher de son humilité. Convaincu qu'il n’est rien par lui-même, il aurait succombé sous le fardeau de sa responsabilité, sans sa confiance :

illimitée dans l'efficacité de la prière e: de : la protection spéciale de la Sainte Vierge, dont il est un des serviteurs les plus dévoués.

Lorsque, dans son immense désir de faire le bien, il a demandé la bénédiction du Ciel sur un projet qu'il croit avantageux au salut des âmes et à la gloire de la religion, il ne s'arrête plus devant aucun obstacle; le sentiment religieux donne alors à son énergie naturelle une force extraordinaire. Quelaues-uns même s’en « plaignent et disent que Monseigneur ne | tient pas compte assez alors de certaines exigences de notre société ou des intérêts publics et personnels qui s'opposent à la réalisation de ses désirs. Ils ajoutent que dans ses relations ou celles de ses prêtres avec les laïques, il agit trop d’après le principe que l'autorité a toujours raison.

Nous mentionnons ces reproches sans les discuter. Il est difficile et uangereux de juger les actes d’un évêque, parce que

lui seul, dans la plupart des cas, en connaît parfaitement la raison et la portée. Beaucoup sont convaincus que dans un pays comme celui-ci, où tant de races et de religions sont appelées à vivre ensemble, la prudence et l'esprit de conciliation sont absolument nécessaires. Mais jusqu'où doit aller cette conciliation ? Et qui doit en juger si ce n’est l’évêque lui-même dans sa conscience et sa sagesse ? Dans tous les cas, ces reproches sont bien peu de chose, quand on songe à la vivacité des luttes que l’évêque de Montréal soutient depuis quelques années, à l'importance des intérêts qui sont en jeu dans les grandes questions qu’il a soulevées. Mais esquissons rapidement les principaux traits de la vie qui nous occupe.

C'était en 1821. L’illustre évêque Plessis avait triomphé de tous les obstacles qui s'étaient opposés à l'exécution du projet qu'il poursuivait depuis longtemps pour établir- l'Eglise du Canada sur des fond3-

ments solides et durables ; il avait obtenu la division de son vaste diocèse, et M.

Lartigue, prêtre du Séminaire de St.

Sulpice, avait été fait évêque de Montréal, évêque auxiliaire, à la grande joie de la population catholique de ce diocèse. Le nouvel évêque a, nt demandé à Mzgr..

Plessis de lui donner comme secrétaire quelqu'un qui pût l’aider dans l’exercice de ses nombreuses et difficiles fonctions, l’évêque de Québec lui indiqua un jeune ecclésiastique qui faisait la classe au collége de Nicolet. “ On le dit un peu scrupuleux, ajoutait Mgr. Plessis, mais nul ne fera mieux votre affaire.”? |

Ce jeune ecclésiastique était né le 30 octobre 1799, dans une concession de la paroisse de la Pointe-Lévis, connue sous le hom de ‘“ Arlaka.”” L’humble et antique maison où il vit Le jour est devenue célèbre ; les gens de l'endroit la montrent avec orgueil au touriste curieux en disant :

“ C'est là qu'est né Mgr. Bourget.”

. Son père, Pierre Bourget, et sa rnère, Thérèse Paradis, étaient à la tête d’une famille de treize enfants ; Ignace était le onzième. Après avoir été à une école tenue par un monsieur Gingras, dans la paroisse de Beaumont, voisine de celle de Lévis, il était entré au séminaire de Québec, où il avait fait son cours classique. Quelques-uns de ses compagnons de classe étaient Mgr. Magloire Blarchet, M. le Grand - Vicaire Gauvreau, M. Chartier, prêtre, l’hon. juge Bédard, M. le Dr. Bardy, D. Defoy. Il avait embrassé l’état ecclésiastique, et après avoir étudié la théologie au Séminaire de Québec pendant une couple d'années, il était passé au collège de Nicolet.

M. Raïinbault était alors supérieur de cette maison naissante et en même temps curé de la paroisse ; M. Leprohon, dont l’évêque de Montréal garde les meilleurs souvenirs, était directeur du collége.

La vie du jeune lévite avait toujours été,

. CPC Ca RATS Eng DO AM AA rarerthae tva à APS mn à DENT re

16 MONSEIGNEUR BOURGET bé

jusque là douce, modeste et vertueuse ; sous le toit paternel comme sous le toit En.

du collége, ilavait grandi dans les bonnes ( pensées, les généreuses aspirations. Sous

les dehors simples et modestes de cet | enfant, les directeurs du séminaire de Québec et du collége de Nicolet n'avaient pas tardé à deviner un caractère d'élite, une intelligence susceptible de rapides développements. Ce fut aussi la manière de voir de Mgr. Plessis, qui se connaissait en hommes ; il l’avait prouvé plus d’une fois, et en particulier lorsqu'il prit sous sa protection le pauvre petit garçon qui dedevint le célèbre Vallières.

Lorsque le jeune Bourget partit pour Montréal au mois de mai 1821, il ne se doutait pas dans son humilité qu'il serait, un jour, le successeur de l’évêque éminent à l’ombre duquel il allait travailler. Il arriva dans cette ville au milieu des nuages qui assombrirent les premiers temps de l’épiscopat de Mgr. Lartigue. On sait que

MONSEIGNEUR BOURGET if

de graves difficultés avaient forcé l’évêque de laisser le Séminaire et d'aller demander l'hospitalité aux dames de l'Hôtel-Dieu.

Donner une église et un évêché à l’évêque fut alors le mot d'ordre de la population catholique de Montréal. Les citoyens du faubourg St. Laurent se distinguèrent surtout par leur zèle, en faveur de cette grande œuvre.

Le comité nommé pour la conduire à bonne tin se composait de MM. A. Tulloch, T. Truteau, P. Fiset, M. Nadeau, Leduc, Bourbonnière, Pominville, etc. MM. Denis- Benjamin Vig : et Louis-Joseph Papineau donnèrent le terrain où se trouve l'église actuelle de St. Jacques.

Les souscriptions furent généreuses, et l’entreprise alla si vite que le vingt septembre mil huit cent vingt-cinq, Mgr.

Lartigue et son secrétaire entraient dans le premier évêché de Montréal.

Le jeune secrétaire fut d’un grand secours pour le succès de cette œuvre ; son zèle,

son activité et le dévouement avec lequel il remplissait les devoirs de son ministère lui gagnèrent en peu de temps la confiance de son évêque et l'affection du peuple.

Aussi, lorsqu’en mil huit cent trente-six, Mgr. Lartigue fut définitivement nommé évêque titulaire du diocèse de Montréal, il se hâta de s’adjoindre comme coadjuteur celui qui depuis dix ans partageait ses labeurs. Le vingt-cinq juillet mil huit cent trente-sept, le modeste enfant de Lévis était consacré évêque de Telmesse, dans la nouvelle cathédrale, au milieu d'un concours immense du peuple et du clergé ; ce fut un grand jour, une fête brillante pour le diocèse de Morftréal.

Trois ans plus tard, la population de Montréal se pressait encore dans la même enceinte ; mais cette fois, l'événement qui la réunissait était bien différent; elle venait rendre ses derniers devoirs aux restes mortels du premier évêque de Mont-

réal. Mgr. Lartigue était mort le dixneuf avril mil huit cent quarante.

Son ‘successeur était tout nommé d'a.

vance; Mgr. Bourget prit possession du siége épiscopal de Montréal, le vingt-trois avril mil huit cent quarante, Il annonçait cet événement le trois mai suivant, dans un mandement tout imprégné d’humilité et du sentiment de la responsabilité immense qu’il assumait. Après avoir déploré dans des termes pleins d’amertume là mort de l'illustre défunt, il ajoutait :

“ Le regret que vous cause sa mort est ‘ d'autant plus amer, que vous ne pourrez, ‘ Nos Très-Chers Frères, vous consoler de “ cette perte immense, en voyant le fardeau “ de l'Episcopat passer à un sujet si peu «ualifié pour remplacer auprès de vous ce “ savant et vertueux prélat. Hélas! que “ Nous sommes loin d’avoir les dispositions “ nécessaires pour remplir dignement les “ sublimes fonctions de l'Apostolat: et “# qu'il est à craindre que Dieu n'ait permis

à ' TE + PL En a Pom Dm

“ Notre élévation que pour Nous punir de 4, Nos innombrables péchés et vous châtier ‘ vous-mêmes du mépris que vous auriez 4 fait des grâces que vous avez reçues par 4 le ministère de cet excellent pontife. ”’

Paroles sublimes que la religion catholique seule peut produire dans toute leur candeur !

Le pieux évêque se mit à l’œuvre et se consacra plus que jamais à cette vie de prière et de travail à laquelle il était déjà habitué ; il laissa couler de son cœur cette source intarissable de foi et de piété dont les eaux bienfaisantes fécondent depuis un demi-siècle le diocèse de Montréal,

L'un de ses premiers actes fut l’établissement d'un chapitre. Cette institution, si utile aux évêques et à la religion, avait existé dans les premiers temps de la colonie, mais elle n’avait pas tardé à disparaître: ce fut Mgr. Bourget qui la ressuscita. Les premiers chanoiïnes titulaires de Montréal furent MM. A. G. Manseau, V:-.G. H.

A me De

Hudon, J. C. Prince, H. F. Trudeau, E.

Lavoie et J. O. Paré. |

Il faudrait bien des pages pour raconter tous les bienfaits et les événements glorieux de son épiscopat. Tout ce que son âme ardente a pu lui inspirer pour détruire le vice et l'erreur, augmenter la foi et faciliter le salut des âmes dans son diocèse, il l'a fait. Les yeux toujours ouverts sur tous les dangers qui pouvaient menacer le troupeau confié à ses soins, il a prié, il a veillé sans cesse,

Il a fondé une quinzaine ds communautés, de maisons de charité et d'éducation, et une vingtaine de sociétés, confréries ou pieuses congrégations. C’est à luique nous devons, par exemple, l'établissement dans ce diocèse des membres éminents de la Société de Jésus et des RR. PP. Oblats, si populaires parmi nous ; des dames de la Providence, du Bon-Pasteur, de la Miséri- .

corde, des Frères Joséphites et de St.

Viateur, des Pères et religieuses de Ste.

Croix, l’Institut des Sourds-Muets, l'Association des Dimes de Charité, la Société Ste. Blandine pour les filles de service l'Hospice St. Joseph pour les prêtres vieux et infirmes, plusieurs salles d’asile, etc., ete.

T1 s’est associe à toutes les généreuses aspirations, à tous les dévouements qui avaient pour but de développer la vocation religieuse dans son diocèse. Il serait heureux s’il n’avait qu'à frapper la terrs du pied pour en faire sortir des iégions de prêtres, de missionnaires et .de religieuses qu'il voudrait envoyer dans toutes les parties de l'Amérique porter le flambeau de la Foi.

Il a écrit trois à quatre cents mande:ments et lettres pastorales ; j'ai dit que plusieurs étaient remarquables. Citons en part'culier son mandement sur les Tables Tournantes, qui a reçu, même en France, les plus grandes éloges pour les connaissances théologiques et philosophiques qu'il renferme, celui sur l’Université Laval, l'incendie

MONSEIGNEUR BUURGET 23

de Montréal, l'épidémie de mil huit cent quarante-sept, les orphelins des Irlandais émigrants, les infortunes de Pie IX en mil huit cent quarante-huit, l'usure, l’indépendance et l’inviolabilité des Etats Pontificaux, le Denier de St. Pierre, etc., etc.

Il y a là des pages admirables qui rappellent le langage des premiers Pères de l'Eglise, et dans lesquelles brillent comme des diamants les plus belles qualités du cœur et de l’esprit.

Dans plusieurs de ces mandements, il fait des appels chaleureux au sentiment national de la population en faveur de la colonisation, de l’industrie, et autres choses utiles au bien-être et à la gloire de la patrie. Dès mil huit cent quarente-huit, il déplorait les dangers de l’émigration et suppliait les Canadiens-Français de rester sur le sol de leurs pères et d'en exploiter les ressources. Il a combattu toute sa vie

. avec ardeur l’ivrognerie, par la prédication

et l'établissement de sociétés de tempé-

Page 1