RARE ANNEE RAS
que les curés seraient désignés pai le Séminaire et nommés par l’évêque.
De nouvelles difficultés surgirent alors au sujet de l'interprétation de ce décret, les messieurs du Séminaire prétendant qu'il ne. donnaït pas à l’évêque le droit d'établir des paroisses purement canoniques, mais des paroisses ordinaires.
Monseigneur, cependant, procéda à ériger des paroisses oanoniques suivant le sens qu'il donnait au décret. Mais lorsque les curés des nouvelles paroisses voulurent avoir des registres, les autorités judiciaires refusèrent de leur en donner en disant que la loi ne reconnaissant pas les paroisses canoniques, le curé seul de la paroisse civile pouvait tenir des registres. Pendant ce temps-là, le Séminaire appelait à Rome de la décision de l’évêque.
Il y a quelques mois, l’archevêque de Québec était chargé par les autorités romaines de faire une enquête sur certains faits se rapportant aux questions débattues
et de faire rapport. La cause est donc en appel, et, avouons-le, il faut qu’elle présente des difficultés pour que les autorités romaines chargées de la décider y consacrent autant de peine et un temps si considérable. Il est malheureux que cette affaire ait été portée devant le public sous des formes plus ou moins dangereuses, qu’elle soit tombée dans le domaine politique où elle a créé beaucoup de malaise.
Il est aisé de saisir la pensée qui inspire Monseigneur dans ces questions, comme dans tous les autres actes de la vie : c'est de mettre complètement l'Eglise du Canada sous le contrôle et la direction des doctrines et de la discipline romaines, de faire prévaloir le principe de l'autorité ecclésiastique dans toute sa plénitude vis-à-vis des fidèles et du pouvoir civil. C’est le principe que le Séminaire et l’évêque ont cherché à faire triompher en commun dans l'affaire Guibord et que les tribunaux ont consacré. En vue des complica-
tions que l’avenir peut nous réserver, nous avons tout l'intérêt du monde à assurer, à couronner, pendant que nous le pouvons, l'édifice de nos libertés religieuses et nationales, à le mettre à l’abri des orages et des tempêtes. Réaliser cet objet est une bonne œuvre ; mais cela doit se faire avec prudence, par les efforts réunis de l’autorité civile et religieuse ; leur division serait fatale à l'une et à l’autre et un malheur pour notre nationalité.
En politique, Mgr. Bourget a toujours fait preuve d’un grande prudence; il s’est appliqué à garder la neutralité entre les partis qui se disputaient les faveurs de l’opinion publique.
Il croit sans doute que sous un gouvernement constitutionnel, les partis doivent avoir la plus grande liberté d'action dans la sphère de leurs attributions ; qu’entraver le libre exercice des convictions serait porter atteinte au principe même qui constitue le fondement de ce régime politique.
Il est difficile de resserrer dans le c1dre que je me suis fait une vie si bien remplie ; aussi, loin de moi la prétention d’avoir fait un tableau parfait. S'il est des traits dont le pinceau le plus habile ne peut rendre toute la délicatesse, de même il est certaines existences dont Dieu seul peut apprécier le mérite et les bienfaits. Ce qui paraît des nuages à nos regards troublés, peut n'être que des effets de lumière aux yeux de Dieu. Qui sait ce que nous devons aux puissantes prières des hommes aimés du Ciel ? Qui connaît les biens dont elles nous comblent, les maux qu’elles nous épargnent ?
Vaincu par la maladie, Monseigneur Bourget a compté souvent les heures qui lui restaient à vivre. Maïs la Providence finit toujours par forcer la mort à respecter cette précieuse existence ; le spectacle de cet homme de bien au milieu des tristes choses de la terre doit être si agréable à Dieu !