‹ Monseigneur Déziel [microforme]Chapitre 29 sur 44 · CES · texte numérisé non relu

CES

une franche gaîté, C'était le type du vrai gentilhomme.

Veut-on juger de sa délicatesse ? Le soir de l’avantveille de sa mort, il fit remarquer à la sœur Marie de Bonsecours, alors garde-malade auprès de lui, un fort joli bouquet de fleurs qu’une protestante lui avait envoyé. On lui dit de qui ii venait. Personne, à ce que je sache, n’a remercié cette dame, ajouta-t-il, il faudrait pourtant le faire.

Le curé Déziel a donné l’idéal du prêtre tel que l’a défini Lacordaire : “Fort comme le diamant et tendre comme une mère.”

Mgr Cazeau qui le connaissait depuis Nicolet, lui a donné pour devise: Fortiler et suaviter.

Ce sont là des traits qui finissent tout un tableau.

Maladie du curé Déziel.—Sa dernière messe.—Son testament.— Ses derniers momeonts.—Funérailles.—

La célébration des Noces d’or avait épuisé la santé du vénérable vieillard. A la demande de Mgr Taschereau, il fit un voyage au Saguenay, pour se rétablir, La mort du grand vicaire Cazeau arrivée le 26 février 1881, l’affecta péniblement. Cet ami de : cœur, comme il l’appelait, depuis 5! aus, il avait. véen avec lui, il avait joui de son précieux concours. Chaque mort de ses vieux citoyens le rendait songenr. Au mois de décembre 1881, il convie ses paroissiens à une grande retraite prêchée par les pères. rédemptoristes Fiévez et Hendrickx, et qui dura 25 jours.

Durant les longs exercices de ce dernier jubilé, comme un vaillant soldat du Christ qu'il était, il ne

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ant- voulut pas se laisser surpasser en dévouement par CO 2e ses confrères. Comme dans ses jeunes années, on fl > MR le vit de grand matin se rendre le premier au confes- 4 Lui sional, pour y exercer le ministère si pénible de ni A juge, de médecin et de père. | 4 4h Aux pressantes sollicitations qui lui étaient faites N el'a de laisser travailler les vicaires et les prêtres étran- ph Y gers venus pour prêter leur concours, le curé an repondait : Je ne consentirai jamais à me croiser les il fui bras et à vous regarder faire ma besogne. N’avait-il ki) pas ses vieux pénitents à entendre, à confesser. à " din. consoler ? Comment le pasteur pouvait-il se séparer | de brebis qu’il gardait au bercail depuis un demisiècle ? Qui sait si son abstention n'aurait pas été la cause de la perte d’nne âme ? | Cette assiduité à une fonction qui fait appel à : ve toute la charité du prêtre, et qui épuise graduellement ses énergies physiques, devait porter une rude atteinte à la'santé de Mgr Déziel, déjà ébran- = 6 la lée par la vieillesse et les faigues d’un long. 4 Mgr apostolat. D ar se Il ne voulut pas avouer sa fatigue et continua . | rivée comme d'habitude l’exercice du ministère. Les ci- F. ni de : toyens se souviendront longtemps de la touchante 4 avait. allocution qu'il fit le premier de l'an 1882. Ilfit ee ours. verser des pleurs et lui-même descendit de la chaire de ndait tout en larmes. C'était comme un chant du cygne, Fa e ses un cantique du vieillard Siméon à la veille de voir È ir les le Sauveur promis. 4 , qui La neuvaine annuelle de St.-François-Xavier le |

trouva fidèle à son poste du confessionnal. Les vi-

caires alarmés le pressèrent si vivement qu'il dut abandonner le tribunal de pénitence au père Fiévez. On m'a fait déguerpir de la sacristie, disait it d’un ton aimable, on me croit plus mal que je ne suis.” El continua à confesser les sœurs du couvent et de l'hospice.

Vers le commencement du carème, son état de santé devient de plus en plus inquiétant. Les for: ces diminuent, Les imsomnies commencent. Son médecin lai interdit l'abstinence.

En mai, on lui propose de faire un voyage. Il goûte ce projet. Depuis longtemps il désirait sc rendre au Détroit, état du Michigan, pour y voir sa famille. Les médecins du Détroit consultés lui conseillent de ne pas aller respirer l’air humide de cette contrée. Des citoyens géréreux lui proposent une nouvelle saison de bains à Vichy : ‘“‘Je-suis pauvre, dit-il, pour entreprendre un voyage d'outre-mer, et je ne veux plus abuser de la générosité de mes enfants. ”

Le dimanche avant l’Ascension, le 14 mai, Mgr Déziel montait à l’autel pour la dernière fois. Pendant 51 ans 84 mois, ce prêtre vénérab'e s'était fait un devoir d'offrir tous les jours le saint sacrifice de la messe, Il sentait toutes les responsabilités dé cette auguste fonction celui qui disait après sou jubilé sacerdotal : * Je suis monté à l’autel plus de 18,200 fois : quel compte à rendre à Dieu pour lous ces sacrifices que je lui ai offerts pendant ma vie!”

Le jour de l’Ascension 18 inai, malade et pouvant à peine marcher, il eut encore le courage de se trainer derrière le maitre-autel de son église bien- aimée,et là plongé dans l’adoration de Gelui qui s’est immolé pour le monde, il entendit la sainte messe avec la fc:veur d’un séraphin. Ge fut la dernière.

s'inquiète du trouble qu'il cause. C’est avec peine

| Ce,jour là, après avoir passé une nuit d’insomnie, é il s'était levé à cinq heures pour se préparer à dire «1 il la messe comme d'habitude. Ses forces le trahirent. fl + Il revint épuisé au presbytère, qu'il devait quit- 1 ter bientôt pour aller dormir de son dernier som: Fi

'k meil dans la crypte du sanctuaire élevé par ses 4 L mains à la gloire de Dieu. je ë Le 16 mai, il fait un temps superbe de printemps, 44 il se rend à Saint-David régler quelques affaires ‘#

1l paroiïssiales. Ge fut sa dernière sortie dans la ville "M . qu’il avait fondée. di à Le 26 mai, les Sœurs de la Charité commencèrent ni L au presbytère leur rôle de gardes malades qu'elles $ e remplirent d’une façon si touchante jour et nuit ; 1e jusqu’à la mort du vieux curé !, Celui-ci se plaignait " 1, agréablement qu'après l'avoir expulsé de son église, & e on vints’imposer dans son presbytère. 7 ’ Au milieu de ses cruelles souffrances, monsei- # " gueur Déziel manifeste une patience inaltérable. IL 1] t qu'on peut le faire consentir à garder auprès de lui, : e la nuit, un garde malade. ‘Pourquoi vous fatiguer, rl e disait-il ?” 148 8 ‘€ IL fut durant sa maladie ce qu’il avait toujours Le été : un type accompli de vertu sacerdotale, un mo- |

é dèle de résignation à la sainte volonté de Dieu. |A “Comme les plus grands saints,il redoutait la mort, |

t il redoutait l’œil scrutateur du juge qui trouble les ii

* anges. Mais sa crainte n’était pas servile ; c'était au É contraire cette crainte fidèle qui fait éviter à l’âme t ce qui peut attrister le cœur du meilleur des Pères. + Cette crainte salutaire se change en confiance et en

à Comment ne pas se souvenir aussi du dévouemnt des vicaires de la cure? MM. Hudon, Blouin et Anselme Déziel.

amour alors que le combat touche à sa fin. C’est alors que l’ange de l'espérance vient relever le courage du lutteur qui a persisté jusqu'à la fin; il panse les blessures de son âme et lui verse au cœur une force qu'il n'avait jamais devinée, Il est tout étonné de vuir qu’il aborde avec tant de calme le tribunal du Dieu vivant, et il s'écrie, comme Suarez à la veille d’expirer : Je n'aurais jamais cru qu’il fût si doux de mourir. !”

Vers la mi-juin, M. le curé de Québac, étant venu voir son confrère malade, ne lui dissimula pas qu'il le trouvait extrèmement amaigri; ‘ Mais, ajouta t-il, Mgr, quand on a à présenter au bon Dieu vos belles œuvres : deux églises, un collège, un couvent, un hospice..... ça ne doit pas coûter d’arriver devant lui.” & Ah ! Monsieur, nous devons tloujours nous rappeler que nous sommes des serviteurs inutiles,” répond le curé Déziel. Il était loin d’avoir une vaine complaisance dans le bien qu’il avait fait pendant sa carrière si bien remplie, *‘ Personne ne sait, répétaitil souvent, s’il est digne d'amour ou de haiïne ;” et encore :‘‘ Le compte que je rendraiï au bon Dieu sera terrible .…. Je réponds de l’âme de chacun de mes paroissiens ; qui n'a dit que quelques uns d’entre eux n’ont pas été perdu par ma faute ? 7...

Parfois le vieil athlète se permettait q > eSpoir d’un rétablissement 2.

Pourquoi sa courageuse énergie ne le ferait-elle pas triompher encore de la maladie ? Cet homme qui avait surmonté tant d’obsatcles, qui avait résisté

I Annales de la Bonne Sainte Anne—1882—p. 101.

2. M. l’abbé Blouia, partant un jour pour Québec, il lui dit : Emportez donc mon porte-manteau pour le faire réparer afin qu’il soit prêt pour mon voyage . Il s'occupa jusqu’à la dernière semaine de la régie intérieure de son presbytère

à tant de luttes, croyait pouvoir faire reculer la

mort, En 1865, lors de son voyage d'Europe, le curé

Déziel avait réglé ses dispositions testamentaires, mais, depuis tantôt vingt ans, bien des choses s'étaient passées. Un des exécuteurs de ses dernières volontés, Mgr Cazeau, l'avait précédé dans la tombe. A diverses reprises, on lui avait demandé de dresser son testament. ‘ Je n’ai rien, repondait-il toujours, et on me pousse,on me pousse à faire mon testament, comme si j'avais à disposer d’une grande fortune.”

Il fallut l'intervention de Mgr l'archevêque pour le faire se décider. Le 6 juin, il appelle son notaire 1 et lui dicte lui-même ses dernières intentions. Le brave curé n'avait pas une fortune à léguer. Les pauvres et ses fondations ne lui avaient rien laissé Il voulut que son humble mobilier acquis de l’église retournât aux communautés religieuses. Le collège de Lévis et l’'Hospice de Saint-Joseph de la délivrance furent ses héritiers. Le collège eut une grande partie de sa bibliothèque en partage. Il n’oublia pas à ce moment soiennel le séminaire de Nicolet où il avait puisé son éducation et où il avait été ordonné:prêtre,

S'oubliant lui-même et oubliant les siens pour ne penser qn’à ses œuvres de charité, il allait conclure sans laisser aucun souvenir à sa famille, ‘Mais monseigneur, dit le notaire, est-ce que vous n'avez pas un souvénir à laisser à votre neveu ? ?” “Que voulezvous qne je lui donne ?—Votre montre d’or.—Bien

mettez cela.—A qui léguez vous votre garde-robe,

1 M. Leon Roy.— L'auteur de cet opuscule a signé comme notaire, la testament du curé Dèziel a RE a M. l'abbé Ansèlme Déziel pour qui il avait une grande affection.

reprit le notaire ?—Vaut-elle la peine d’être mentionnée, elle n’est composée que de vieilleries ?—Cependant mettez aux ecclésiastiques pauvres du collège de Lévis.

La séance un peu longue avait fatigué le malade, On lui apporte sur un plateau un peu de glace pilée pour étancher sa soif. Il demande gracieusement au notaire et à ses assistants s’ils veulent partager son diner froid.

Mgr Déziel recevait le saint viatique presque tous les jours, et, afin de manifester son respect pour la présence réelle de Jésus-Christ dans le très saint- Sacrement, il voulait rester à jeun pour communier et se faisait éveiller à onze heures, malgré son grand besoin de sommeil. Il voulait avoir letemps de faire une préparation et une toilette convenables. Jusqu'à ses derniers jours, il se leva de son lit et reçut le viatique agenouillé sur un prie-Dieu.

Deux jours avant sa mort, il reçut l’extrème onction. C'était bien le vieil athlète, des combats du Seigneur qui se faisait oindre pour la luttte supréme. Il reçut ce sacrement avec une foi vive, répondant Ini-même à toutes les prières du rituel que récita M. l’abbé Blouin. Tous les prêtres de la cure et du collège, les sœurs StP-ierre et St-Paul, religieuses de l’Hospice, assistaient pleines d'émotion à cette imposante cérèmonie. C'était un vendredi.

Le dimanche suivant, il survint une complication dans l’état du vénérable malade. La fin approchait rapidement. L'agonie commença peu de temps après les vêpres de la paroisse. L'assistance se mit à réciter les prières des agonisants. Une religieuse, la sœur Marie de Bonsecours, présenta Lu mourant un

1 Ce prie- Dieu est maintenant la propriété de M. Léon Roy, notaire:

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pilée ment ager

tous ir la aintnier rand faire qu’à ut le

OncC-

crucifix indulgencié par Pie IX. Toute la ferveur du saint prêtre se ranima à la vue de l’image de son Sauveur en croix. Il baisa les cinq plaies du divin Crucifié, en disant :

‘ Rendez lui toutes sortes de marques d'amour.”

Ce furent ses dernières paroles. Il mourut en pressant sur ses lèvres son crucifix, gage de resurrection et de vie.

C’est en son presbytère, dans l’après-midi du dimanche du 25 juin 1882, à quatres heures et dix minutes, que Mgr Déziel rendit l’âme à Dieu, au milieu de ses prêtres, des sœurs des pauvres, de ses paroissiens de Lévis, qu’il avait tant aimés, si géné-

reusement servis et si grandement édifiés et qui.

l’entouraient de leur douleur.

Celui qui mena une vie si laborieuse, eut une mort tranquille Il mourut comme on s'endort.

Mgr Déziel était âgé de 76 ans, un mois et quatre jours. 5

Quand la mort fut constatée, M. Sauvageau, vicesupérieur du collège, récita le * De profundis”’ La figure du vieux pasteur était sereine. On aurait dit qu’il sommeillait.

Aussitôt que la triste nouvelle fut répandue dans la ville, la foule se précipita au presbytère et, pendant une heure, plus de deux mille personnes défilèrent devant la couche funèbre. Hommes, femmes, vieillards, enfants en pleurs, venaieut contempler une dernière fois les traits de ce père bien-aimé Et, durant trois jours, l'élan se continua ?.

Le lundi soir, à minuit, le cadavre fut mis dans

1 Paroles rapportées pas la sœur Marie de Boneecours qni donna le crucifi; au mourant, 2 La dépouille funèbre était exposés dans le salon du presbytere.

minette) dors pe ersapgne

sa bière. Le mardi, à cinq heures de relevée, eut Leu la levée du corps. M. le grand-vicaire Cyrille Légaré présidait la cérémonie. Le cortège funèbre défila par les rues Saint-Joseph, Saint-Julien, Wolfe et Guénette. Sur le parcours chaque maison était couverte de deuil.

Toute l’église était tendue de noir. Au dessus du catafalque, d'immenses tentures noires, partant de la voûte, allaient s’accrocher aux colonnes, formant demi-voûte.

Sur quatre de ces tentures on voyait cinquantedeux couronnes d’immortelles représentant les cinquante-deux années de prêtrise de Mgr Déziel.

Deux tentures violettes, aux couleurs de Mgr Déziel, portaient: Pie Jesu, Domine dona ei requiem.

Sur la chaire de vérité que Mgr Déziel fit retentir tant de fois de sa parole ardente on lisait sa devise : Fortiter et suaviter.

Dans le chœur, sur le maitre-autel, on lisait les inscriptions suivantes : Pie Jesu Domine, dona et requiem ; Qui manet in charitate. in Deo manet, I Joan 14, 13. Du côté de l’épiître, le long de la galerie: Virum bonum et benignum, modestum moribus et eloquio decorum. Du côté :. .vangile : In omni ore quasi mel ejus memori: : pars mea Deus in œternum.

Autour des arcades on observait ces autres inscriptions : C’est à vous que le soin du pauvre est laissé; Vous êtes le protecteur de l’orphelin; À monseigneur Déziel nos regrets et nos prières ; Son souvenir sera doux à la bouehe de tousles hommes comme un rayon de miel.

Le 28 juin, à huit heures du matin, le glas des cloches annonçait le service funèbre.

Jée, eut Gyrille unèbre Wolfe on était

sus du partant es, for-

quanteles cinel.

de Mgr

requiem.

retentir devise :

isait les dona el manet, I

Jamais on ne vit une foule aussi compacte envahir les parvis de Notré-Dame.

De toutes les paroisses, chacun était accouru rendre un dernier hommage à cet homme éminent, verser un pleur, donner une prière.

Sa Grâce Mgr E. A. Taschereau officiait avec M. le grand vicaire Légaré, comme prètre-assistant, M. Fraser comme diacre, et M. Lindsay comme sous-diacre.

Autour de la bière étaient les porteurs des coins di. poèle : M. le grand vicaire T.-E. Hamel, le Rev- P. Saché, supérieur des jésuites de Québec, M. Chs. Trudel, supérieur du collège de Ste-Anvé,M. Méthot recteur de l’Université La;al, M. le grand vicaire Poiré, curé de Ste-Anne, M. Boucher, curé de la

| Rivière du Loup (en haut).

Dans le bas chœur, la famille de Mgr Déziel, les marguiliers anciens et nouveaux, l’hon. M. Blanchet, président des Communes, l’hon. M. Couture conseiller législatif et maire de Lévis.

En avant de :a nef: les conseillers de Lévis, les maires des différentes paroisses, le corps de police

| de la ville.

C'est Mgr Taschereau qui fit l’oraison funèbre,

Le cercueil fut transporté en terre par tous les anciens et nouveaux marguilliers.

Le cercueil porte ia plaque commémorative :

MGR J.-D. DÉZIEL

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