‹ Monseigneur Déziel [microforme]Chapitre 3 sur 44 · ET A · texte numérisé non relu

ET A

Lt dit ‘une lettre charmante écrite à sa fille Agnès, raconte qu’il trouva, un jour, en wagon un dominicain de guel, Lyon. Ce bon père avait un frère prêtre et quatre qu'il sœurs religieuses. ‘II faut, dit l’éminent polémiste, rtaine qu’il y ait eu autrefois dans cette famille de grands actes de vertu pour mériter une telle couronne . j lguel,. Note que par sa mère il descend de source protes- : ais de tante, mais le bon Dieu a bien clarifié cette eau là.” a pré- On peut repéter ce mot charmant à propos de Mgr subal- . Déziel. Si, par sa mère, il descend de source hugueés de ncte, le bon Dieu a bien clarifié cette eau là. çues et Par ses ancêtres, madame Déziel se rattache aussi: aux de Launay de Saint-Per dont ies armes sont tenant inscrites à l’armorial de France :

Trois- Cette famille de paysans, aux mœurs simples et le s’est douces, n'avait pas besoin d’une illustre généalogie pour faire son bonheur. Dans un temps où les resque services rendus par les ancêtres ne sont plus comptés, , que ces détails n’ajouteront rien à la gloire de celui dont nous esquissons la vie. Les parchemins ne donnent . Marie pas la probité et la droiture, il faut le mérite réel. huguc- Au reste, quand toute une nation peut retrouver ses Fe vières, bisaïenls sur les champs de bataille de Carillon et de dk Sainte-Foye, elle n’a pas besoin de remonter aux croi- ii sades. Ce patrimoine vaut bien les seize quartiers. Là Sorti de cette vieille race de colons canadiens, qui a $

fourni au pays tant d'hommes distingués, dans tous. les dégrés et à tous les rangs, Monseigneur Déziel en garda toutes les qualités laborieuses, le caractère franc et plein d'honneur.

Le père Gabriel Déziel, comme tous les braves

cultivateurs du temps, avait plus de probité que de fortune. Habitué aux rudes travaux des champs,

1 Elles sont d'azur à trois fusées d'or, posées en fasce l'une sur l'autre.

MANGE RerS

il voulnt que ses fils ne connnssent pas la molesse. La mère, douce et pieuse, eut une ambition, celle de donner un-prètre .à l’église, Et:ces braves gens firent de leurs enfants deux parts. Les uns furent destinés à l’école, les autres à la. culture du -patrimoine légué par les ancêtres. Pour atteindre:ce but ardemment désiré, ni les soins ni les labeurs constant: ne furent épargnés.

Au commencement du siècle, les écoles primaires étaient rares dans nos campagnes. Des écrivains malveillants en ont profité pour dire que le peuple

Canadien avait l'instruction en horreur. Ceux-là

sont plus exigeants : pour nous que pour: les pays avancés d'Europe. En France, la loi Guizot, qui porte création d’une école-primaire dans chaque paroisse, ne date que de 1833, et l’on sait qu’en Angleterre il. n’y a pas plus de vingt ans que l’on songe à donner sérieusement l'instruction aux classes agricoles.

Pendant que dans les villes de Montréal et de Québec, les ordres religieux avaient donné abondamment l'instruction, la campagne était négligée. En 1722, quand la population comptait 25,000 âmes, il y avaiten tont seize maitres d'écoles dans le pays. Un arrêt de M. de Vaudreuil alloua aux instituteurs 375 livres de salaire et ils devaient tenir des écoles gratuites. Batiscan, Trois-Rivières, Boucherville, Longueil et la Pointe-aux-Trembles, furent des paroisses privilégiées.

Ailleurs, les parents durent donner eux-mêmes

les premiers rudiments à leurs enfants. Quelquefois, à l'exemple des récollets, un instituteur passait successivement d’une maison à l’autre, distribuant les faveurs de l’abécé et gagnant en retour le pain de

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chaque jour. Dans ces temps d’exquise urbanité où chaque paroisse formait comme une grande communauté, l’instituteur n'avait pas de peine à crouver où s'héberger. Chaque habitant le logeait à tour de rôle.

Les parents n'avaient pas toujours le temps et aptitude pour suppléer aux rares visites du magister ambulant et l'enfant perdait vite les notions acquises à la hâte. D’ordinaire, quand un élève manifestait aussi de remarquables dispositions, le curé se chargeait lui-mème de son instruction et c’est ainsi que nous devons au clergé des campagnes la plupart des : hommes distingués qui combattirent pour nos libertés dans le temps d’oligarchie.

Après la conquête, les gouverneurs firent sans succès diverses tentatives pour établir des écoles élé. mentaires dans les campagnes. Ces écoles, sous le contrôle exclusif des protestants, furent repoussées avec énergie par le clergé. En 1801, il fut résolu de tenter un grand coup et l’Institution Royale fut fondée. On voulait à tont de reste angliriser les Cana. diens. Des instituteurs reçurent mission d'aller fonder des écoles anglaises dans des paraisses qui contenaïent à peine dix protestants.

Maskinongé reçut ‘les faveurs gouvernementales et uns école de l’Institution Royale y fut ouverte, C'était la seule qu existât dans cette paruisse pendant l'enfance de Mgr Déziel. On comprend que ses parents profondément catholiques se gardèrent bien de l’v envoyer.

Encouragé par les bonnes dispositions que montrait son fils Joseph, Île père Gabriel Déziel résolut de faire un sacrifice, et, au mois de septembre 1819, il prenait avec lui le chemin de la grande métropole pour solliciter son admission au séminaire de Mont-

dis: Of mu | réal. Il lui faudrait travailler plus fort, mais n’im- j porte, se confiant à la Providence et la vigueur de po ses bras, il partit alerte, se repétant la phrase de pot tous ceux qui ont du cœur : Aide-toi, le ciel l'aidera. élo L'entrée au collège, l’abandon de la famille, c’est de la première angoisse qui étreint un cœur d’enfant, aut Qui ne se souvient du jour où il a fallu pour la pre- àd + mière fois laisser la maison paternelle ? Qui ne se mé il rappelle les solennelles émotions qui accompagnent gui il re départ ? Que d’adieux touchants ! Que de larmes I i versées ! La mère est là sur la marge du chemin. cet il Longtemps, longtemps, elle suit de ses yeux rougis, mis {1 la voiture qui emporte son fils. Et quand au détour l'or | | de la route poudreuse tout est disparu, elle écoute Lar (AE encore les derniers roulements. L jl Que d’inquiétudes viennent l’assaillir au logis de- du 11) -sert où n’habitent plus que des souvenirs? Quel tés fl avenir le ciel réserve à cet enfant ? Pourra-t-il trou- lab ver jamais pour l’aimer un cœur comme le sien? , de « que Pauvre mère ! ce premier départ n'est que le prélu- que {ll de d’une suite de longues séparations. nem ï Maskinongé n’est séparé de Montréal que par une les distance de vingt-cinq lieues, mais, au commence- C | ment du siècle, c'était presque une aventure à tenter dan ! qu’un pareil voyage. On prenait la poste à Maski- et L: | nongé chez un nommé Blair et après avoir côêtoyé entr ji New-York, Berthier, Dautray, la Valtrie, St-Sulpice, et u fi Repentigny, le bout de l'ile et la Pointe aux Trem- gati (fi bles, faisant relai à chacun de ces endroits, on arri- des Li vait à Montréal, fatigué, harrassé, comme on peut ima, jt l'être à la suite d’une longue expédition à travers attes ll des routes défoncées, sous un soleil brûlant, dans la ss l une voiture mal fermée :, le cc 1 il x De Maskinongé à Montréal, il y avait huît relais sur la route postale, On trac ness.

versait la rivière à Repentigny. Le voyage coûtait $5.00 : un chelin par lieue-

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La célèbre maison de SaintSulpice avait alors pour supérieur le vénérable M. Roux, qui passait pour l’un des hommes les plus instruits et des plus éloquents de son temps. A la suite des persécutions de 93, un groupe de sulpiciens émigrés s'était réuni autour de cet homme éminent, et avait contribué à donner au séminaire de Montréal un prestige bien mérité. C’est sous la direction de ces prêtres distingués que M. Déziel commença son éducation.

Il entrait à Saint-Sulpice, au moment même où cette maison venait de traverser une crise qui l'avait mise aux portes de la ruine, et il devait en sortir à l’origine de la lutte qui signala la nomination de M. Lartigue comme évêque de Telmesse,

Le gouverneur Craig, mis en appétit par ia mort du dernier jésuite canadien, convoitait les propriétés des sulpiciens et il avait fallu toute l’habilité de l'abbé Roux pour déjouer les plans machiavéliques de ce satrape. La tourmente était à peine traversée que déjà se soulevait l’importante question du gouvernement ecclésiastique du district de Montréal sur lequel les disciples de M. Olier réclamaient la haute main,

Ces luttes mémorables, qui firent tant de bruit dans leur temps, ne dûrent point troubler le calme et la sénérité du jeune élève. Il se signala, dès son entrée au séminaire, par un grand amour de l'étude et une piété exemplaire. Les cahiers de la congrégation de Notre-Dame constatent qu'il s’empressa de s’enrôler dans les rangs des congréganistes, Une image, retrouvée après sa mort dans un de ses livres, atteste qu’il s'était dès lors consacré au service de la sainte Vierge. Une belle vie n’est elle pas souvent le couronnement d’un premier acte pieux de la jeunesse ?

ne) Me Le 20 février 1821, l’évêque de Québec lançait le

* mandement relatif à l'établissement de Monseigneur

de Telmesse sur le clergé et les fidèles du district

-de Montréal, et dans l’automne, M. Déziel prenait le

chemin du séminaire de Nicolet, après deux ans de séjour dans la maison de Saint-Sulpice.

L’'humble école ouverte, en 1801, parle curé Brassard, sur les bords enchanteurs de la rivière Nicolet, avait grandi. Après vingt ans d'existence, elle tenait déjà la troisième place parmi les institutions du pays. Au moment où M. Déziel y fait son entrée en méthode, en 1821, le gouvernement britannique, à la demande de Mgr Plessis, vient de lui octroyer des lettres patentes d’incorporation. Ces faveurs royales—-premier privilège accordé à une maison d’éducation catholique en Canada-—ont donné à l’institution un nouvel essor. Son influence rayonne sur tout le district des Trois-Rivières. De toutes parts des élèves nouveaux accourent. Le jeune Déziel, enfant des Trois-Rivières, suit le courant.

Les hommes de ce temps sont maintenant disparus et.il est difficile d’avoir des renseignements complets sur les premières années collégiales de Mgr Déziel. Tout ce que l’on sait, c'est que ‘pendant ses études, il se distingua par ses talents. Les palmare font foi qu’il occupe un des premiers rangs dans sa classe x.

2ette simple mention suffit lorsqu'on sait qu’il eût pourconfrères des hommes comme Mgr Cazeau, MM. Luc Aubry, curé de St-Léon, Joachim Boucher, curé de Louiseville, Léandre Brassard.

L'intime amitié d'enfance qui unit alors M. Dézie

à ï Le collège de Lévis possède plusieurs de ses prix, parmi lesquels un prix oquence.

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Bras- ’olet, enait s du ée en ne, à r des roya- ’édustitue sur

‘évêque du Nord-Ouest, fit un assez long séjour à

au regretté Mgr Cazeau devait se continuer durant cinquante-huit ans.

M. Déziel termine ses études à Nicolet en 1827 et il prend l’habit ecclésiastique la même année, dans cette maison, où il demeure pendant trois ans comme professeur ou régent.

Parmi les condisciples et les élèves de M. Déziel, ‘a on trouve des juges, des hommes politiques, on des écrivains distingués. Les juges Drummond, Monk, Olivier, l'honorable Joseph-Edouard Turcotte, Gérin-Lajoie, l’antenr de Jean Rivard, J.- G. Barthe, l’auteur du Canada reconquis, Philippe Aubert de Gaspé, l’auteur du Chercheur de trésors, étaient de son temps à Nicolet. L'abbé Routhier, qui devait succéder à M. Déziel comme curé de St- Joseph de Lévis, fut un de ses élèves en 1829.

C'est pendant le professorat de M. Déziel, que l'honorable D.-B. Viger, de retour d'Angleterre où il avait plaidé la cause des Canadiens, fit une visite au collège de Nicolet. Les élèves firent une ovation à l’homme d'état patriote. On l’accueillit aux cris de Vive Viger ! Vive Papineau!

Cette ovation toute spontanée, dans une salle d'étude de collège, fit assez de bruit dans le temps, paraît-il, et faillit mettre les directeurs dans une impasse vis-à-vis du gouvernement toujours soupçonneux. :

Vers la même époque, Mgr Provancher, premier

Nicolet et il donna à plusieurs l’idée de le suivre dans ses pénibles missions :.

1. Le cullège de Lévis possède un volume qui a appartenu à cet évêque. Ce

livre, retrouvé'daus Ja bibliothèque de Mgr Dézie}, lo f ut probablement donné pendant la visite du prélat à Nicolet.

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Le 5 septembre 1830, dans l’église de Saint-Jean- Baptiste de Nicolet, Mgr Déziel reçoit l’ordre sacré de la prêtrise des mains de Mgr Signaïi!, et il commence de suite sa carrière sacerdotale comme vicaire à la Rivière-du-Loup (comté de Maskinongé).

Son départ de Nicolet ne se fit pas sans émotions. C’est là que pendant neuf ans, il avait joui d’une vie douce, contente et retirée. C’est là qu'il avait goûté les premières joies du prètre. Quel avenir incertain l’attendait après ce séjour de paix qu’il allait quitter? Qu'est-ce qui pourrait remplacer les charmes de cette vie commune où l’on espère et où l’on travaille ensemble ? Aux luttes pacifiques dé la vie de collège devaient succéder les combats de la vraie vie.

Mgr Déziel garda de son Alma Mater ce souvenir ineffaçable qu’emportent tous ceux qui sortent de Nicolet, Il ne pouvait, au delà de la jeunesse éteinte, jeter un regard vers les jours purs et heureux passés dans ce collège, s’en se sentir ému. Il recherchaiït ceux qui avaient été ses condisciples. IL s’intéressait à leur sort, et plusieurs vinrent s'établir auprès de lui à Lévis.

Nicolet, qui n'oublie jamais ses élèves et les suit avec intérêt dans leur course à travers la vie, estimait et vénérait M Déziel d’une manière spéciale.

Dans les pénibles commencements de la paroisse de Notre-Dame de la Victoire, cette institution répondit généreusement à l'appel de son ancien élève. En apprenant sa mort, le supérieur de Nicolet, M. Bellemare, écrivait : Mgr Déziel est du nombre de ces hommes qui font l’orgueil des institutions où ils puisent leur éducation.

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1 Avec lui se présentait M. Léandre Brassard, son confrère de classe.

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>an- Du vicariat de la Rivière-du-Loup, M. Déziel ‘dre passe en 1831 à celui de Gentilly, et l’année suivante, etil le curé Louis Marcoux l'appelle dans sa paroisse ime natale de Saint-Joseph de Maskinongé où il demeure k gé). trois ans, édifiant par son zèle et son dévouement 14

constant, ceux qui l'avaient connu pendant son | enfance. Ce fut la fin de sa carrière de vicaire.

l’on La Rivière-du-Loup.—Saint-Pierre-les-Becquets. ea vie. (1535-1848.)

En juillet 1835, M; Déziel laissait le vicariat de Maskinongé pour prendre la direction de la paroisse de Saint-Patrice de la Rivière-du-Loup. Il était appelé à succéder à M. le curé Chartier, prêtre éminernment remarquable par ses taleuts oratoires et ses EAN connaissances en littérature.

| Il y a un demi-siècle, la Rivière-du-Loup n'était pas cette charmante petite ville que l’on voit aujoursuit d’hui, souriant à l'avenir, pleine de promesses. Qui esti- aurait cru alors que cette paroiss: de campagne, ‘43 ale. située aux extrémités du dictrict de Québec :, de- # isse viendrait un centre prospère, unissant aux agré- ii ré- ments d’une station balnéaire tout le mouvement s ève. d’une tête de ligne de chemin de fer et d’un chef-lieu M. . . de district judiciaire ?

» de Où s'élèvent maintenant les somptueuses maisons i du commerce et les villas élégantes, s’étendaient à

} x Les dernières paroisses du district de Québec, sur la côte sud, étaient la Lee te et Cacouna, les Trois-Pistoles, l’Isle Verte, Rimouski et atane. : N

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