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l'ordinaire adresser à ses fidèles collaborateuts les vœux qui formait pour eux son cœur paternel, et leur donner sa bénédiction ! Tous étaient malheureusement si convaincus que jamais plus semblable occasion ne les verraic rassemblés autour du Pasteur aimé, et qu'ils entendaient presque l+s dernières recommandations d’un mourant !
Quand les visiteurs se retiraient, Mgr Racine, toujours fidèle à l'extrême bienveillance et à la courtoisie exquise que tous ceux qui l'ont connu ont pu apprécier si souvent, domptait sa aéfaillance, et, sans écouter leurs protestations, les accompagnait d’un pas chancelant non seulement jusqu’à la porte de son appartement, mais presque jusqu’à la porte extérieure de l'Hôtel-Dieu. — Alors, si les exigences de la règle et du service de l'hôpital leur en laissaient le loisir, les bonnes religieuses accougaient à leur tour pour tenir compagnie à l’auguste malade. Quels utiles conseils pour la régie de cette communauté encore jeune, quels précieux avis pour leur sanctification personnelle, quels encouragements à marcher courageusement dans les voies parfois difficiles de leur vocation, elles recueillirent chaque jour de ces entretiens dont elles connaissaient tout le prix!
Elles en conserveront toujours le souvenir,
et ces traditions saintes, regardées comme le: testament du pieux fondateur de la maison, demeureront à travers les années, continuant toujours de produire des fruits de bénédiction dans le monastere.
Ainsi s’écoulèrent les jours et les semaines, jusqu’au vendredi, 27 janvier 1888 L'état du malace demeurait à peu près le même; et, s’il n’était plus guère possible d'espérer qu’il reviendrait à la santé, il était au moins permis d'espérer que durant encore un temps assez long le bon Père resterait au milieu de ses enfants. C'était une de ces journées où il se disait mieux, malgré sa faiblesse. Comme à l'ordinaire, 1l reçut les personnes qui se présentèrent pour lui faire visite. Enfin, rien ne pouvait faire prévoir un dénouement fatal et prochain, lorsque, sur les cinq heures du soir, survint une hémorrhagie considérable, accompagnée de syncopes. Les forces ne répondant plus à son courage, il lui fallut alors garder le lit. Mais son état de faiblesse extrême ne lui permettant pas le moindre mouvement sans qu'il y eût danger de nouvelles hémorrhagies, qui se renouvelèrent en effet à plusieurs reprises, il conserva ses vêtements ordinaires, et la mort le surprit revêtu de sa robe épiscopale.
On peut imaginer quel émoi produisit par-
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tout la nouvelle de l’aggravation soudaine survenue dans l’état du malade. Tout espoir était désormais perdu, et tous redoutaient le retour de la lumière, après cette nuit qui commençait, dans la crainte qu'il ne coincidât avec l’annonce de l'événement douloureux que l’on prévoyait.
Les révérends Messieurs A. Fafard, curé d'office de la Cathédrale, et T. Roberge, secrétaire de l'Evêché, voulurent passer la nuit auprès du malade. Le saint évêque ne consentit qu'avec peine à ascepter leur dévouement, tant il lui répugnait toujours de causer au prochain le moindre dérangement. A la fin, il se rendit à leur prière, mais non sans avoir demandé à la Supérieure de l'Hôtel-Dieu, pour ces Messieurs et pour le Dr Beauchamp, son médecin ordinaire, l'autorisation de passer la nuit dans l'établissement: touchant exemple de respect et de soumission envers l'autorité, que le prélat mourant donnait à la picuse communan té.
Dans la soirée, M. le curé Fafard, voyant que le danger, sans être imminent, ne laissait pas d’être inquiétant, proposa au malade de recevoir les derniers sacrements de l'Eglise. Mgr Racine, bien qu'il ne pensât pas son état aussi grave qu'il l’était, se rendit à cette proposition ; et il reçut la Sainte Eucharistie
et l'Extrême-Onction avec les sentiments de la plus grande piété, répondant exactement aux prières qui accomagnent ces cérémonies touchantes.
Pendant le reste de la nuit, il fit ses dernières recommandations aux révérends MM.
Fafard et Roberge qui l’assistaient, entrant dans tous les détails, accordant un souvenir à tous ceux qu'il avait aimés ; et 1] disposait ainsi toutes choses et parlait de tout, avec un calme si grand, qu'il semblait plutôt régler les affaires d'une autre personne.
Quand il en vint à parler de son diocèse et de son séminaire, les sentiments Les plus affectueux débordèrent de son cœur d’apôtre. ‘Mes prêtres et mes diocésains, s’écrlia-t-1l, comme “je les ai aimés! Quel plaisir c'était pour moi, lorsque je voyais chacun d’entre eux !
‘ Vous aurez un évêque plus savant que moi, ‘ administrateur plus habile, mais il ne vous ‘ aimera pas plus que moi !...….…. Mon sémi- * Haro Mon séminaire, comme je l’ai- ‘“ mais! je puis dire de lui, comme Adam de “la compagne que Dieu lui avait donnée :
‘# C'est l’os de mes os, la chair de ma chair! ‘* J'aurais voulu faire pour lui beaucoup plus ‘ que je n'ai fait: Dieu ne l’a pas permis!”
Dans la matinée du 28 janvier, le vénéré prélat donna ses dernières bénédictions à ses
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| prêtres, aux religieuses de l'Hôtel-Dieu et du Couvent du Bon Pasteur, et à de fidèles parents et amis accourus auprès de lui. Vers dix heures, ses souffrances devinrent très L| grandes ; à dix heures et trois quarts il | | tomba en agonie, et M. le curé Fafard récita les prières des agonisants, au milieu des larmes de tous les assistants. Quelques minutes | avant onze heures, il rendait son àme à Dieu, | Aussitôt, les cloches de la Cathédrale, du Séminaire, du Couvent et de l’Hôtel-Dieu, | sonnant à toute volée, firent connaître à toute | la population la lugubre nouvelle. La jeune | Eglise de Chicoutimi venait de perdre déjà
son premier pasteur; le Saguenay, son meil-
| leur ami, son plus ferme soutien, celui qui | était à la fois son orgueil, sa force, son espé- !
rance.