ET À QUÉBEC
Notre travail serait incomplet, si nous omettions de donner quelques détails sur les honneurs funèbres qu'un peuple aflisé rendit aux restes mortels de Mgr Racine.
Pendant six jours, le corps du prélat resta exposé dans une chapelle ardente, à l'évêché provisoire de Chicoutimi, sous la garde filiale des Messieurs du Séminaire et de leurs élèves. Et pendant tout ce temps, un grand nombre de personnes sont venues prier auprès du lit funèbre. Nous y avons vu les manifestations les plus touchantes de regrets
et de douleur sincères, Plus d’un protestant est venu aussi s’y agenouiller et mêler ses
pleurs aux nôtres. Plusieurs de ces pionniers du Saguenay, qui ont pris part aux premiers travaux de colonisation exécutés en ce terri-
toire, se montraient inconsolables à la pensée qu’il ne le reverraient plus, cet apôtre dévoué, qui tant de fois avait relevé leur courage défaillant, Enfin, c'était le deuil de tout un peuple qui comprenait l'étendue de son malheuï. Comme il était aimé, Mgr Racine !
Il était aussi vénéré comme un grand serviteur de Dicu. On ne saurait imaginer quel nombre d'objets de piété il a fallu faire toucher aux mains du prélat, pendant l’exposition ; il n’a pas été possible d'empêcher que des parties cousidérablés de la soutane, et même de l'aube dont il était revêtu, ne fussent enlevées et partagées. Pour satisfaire la piété des fidèles, il a fallu rechercher et partager de la même façon d’autres soutanes du défunt; et l’on croit que bien plus de deux mille petits morceaux de drap ont été ainsi distribués. Chacun aurait voulu conserver un souvenir du saint évêque. On est allé jusqu'à emporter des restes de cierges qui avaient servi à l’exposition ou à la messe des funérailles ; on a même enlevé quelques-
uns des clous d'argent et des autres ornements du cercueil.
Tant de piété et de confiance ont reçu leur récompense. En effet, des personnes dignes de la plus grande confiance, tant de Chicoutimi que d’autres endroits du diocèse, ont raconté plusieurs guérisons obtenues par l’intercession du vénérable défunt: car ils ne sont pas rares, ceux qui se sentaient portés à lui adresser leurs prières, au lieu de les offrir pour le repos de son âme. Et ce qui nous porte à croire davantage à la réalité de ces faveurs, c’est la connaissance personnelle que nous avons, bien qu'il ne nous paraisse pas opportun de donner ici aucun détail là-dessus, des changements extraordinaires qui se sont opérés, depuis la mort de Mgr Racine dans la situation du Séminaire et du Couvent de Chicoutimi, les deux œuvres qui ont été les plus chères à son cœur. Sans doute le dévoué fondateur, qui avait entouré ces deux institutions de tant de sollicitude pendant sa vie mortelle, met à leur service le crédit dont il jouit maintenant, comme nous l’espérons, auprès de Dieu.
Beaucoup de couronnes et de souvenirs mortuaires furent déposés auprès du lit funèbre. Il n’y a pas de doute que le nombre de ces pieux témoignages d" regret et de
riconnaissance aurait été très considérable, s’il avait été possible d'en recevoir assez tôt de Québec.
Pendant ce temps, la ville épiscopale avait revêtu ses habits de deuil, a l’on peut s’exprimer ainsi. Durant cette semaine, des ingignes funèbres étaient fixées à la porte de chaque habitation et donnaient nn aspect lugubre à la jeune cité: spectacle impressionnant pour l'étranger qui arrivait à Chicou:timi pendant ces jours de tristesse. On'anrait dit que chaque famille pleurait la perte de l’un de ses membres. Et, pourtant, qu'était ce deuil extérieur, en; comparaison de celui que ressentaient tous les cœurs !-Assurément, ces manifestations de douleur étaient bien légitimes : connaissant mieux les précieuses qualités de celui qui fut si longtemps son pastèur; édifiée tous les jours du spectacle de ses vertus; sachant quelle part privilégiée il lui avait toujours donnée dans ses affections ; habituée à compter, en toute occasion, sur son dévouement, la capitale du Saguenay avait raison d’éprouver une douleur plus grande et d'en donner des témoighages non équivoques.
Le 2 février, eut lieu la translation des restes mortels du regretté prélat à la Cathédrale, au milieu d’un cortège funèbre des
plus imposants. Puis le clergé récita l'office des morts, qui fut présidé par Sa Grandeur Mgr l’évêque de Sherbrooke.
Cette vaste Cathédrale de Chicoutimi, entièrement tendue de draneries funèbres, offrait un aspect saisissant. Des inscriptions bien choisies, empruntées aux Saintes Ecritures et redisant en abrégé les œuvres et les vertus du défunt, frappaient les regards de tous côtés.
Ls lendemain, vendrédi, était le jour fixé pour les funérailles. La Cathédrale écait réemplie, autant uu’elle pouvait l'être, par une multitude de fidèles venus de tous les parties du diocèse, mais surtout du Saguenay.
Au bas-chœur et dans la partie antérieure de la nef, étaient les représentai:4 de la magistrature et du barreau, ceux des autres professions, les deux députés du comté, les membres du conseil de ville et des conseils municipaux, la soc’été Saint-Jean-Baptiste, &c. |
On avait disposé sur le catafalque, et autour du cercueil, les couronnes et les croix en cire et en fleurs qui avaient orné d’äbord la chapelle ardente de l'évêché: derniers hommages de parents et d'amis afligés.
Mgr À. Racine, évêque de Sherbrooke, célébra l'office funèbre, qui fut très solennel.
| Après la messe, Mgr T.-E. Hamel, protono- | taire apostolique, et confrère de classe de Mgr D. Racine, mouta en chaire,et prononça l’orai- | son funèbre du regretté défunt, Il prit pour | texte ces belles paroles du livre de l’Ecclé- | siastique: Heureux l'homme qui a été trouvé | sans tache, qui n'a pas recherché l'or, et qui n’a | pas mis son espérance dans l'argent, ni dans les | trésors. Quel est-il, et nous le louerons ? Car il à fait des œuvres admirables dans sa vie. Comme | on le voit, il était difficile de choisir un texte qui résumât plus exactement la vie du saint évèque. En développant ce magnifique pas- | sage de l’Ecriture et en l’appliquant à l’illus- | tre défunt, Mgr Hamel sut rappeler les grandes œuvres accomplies par Mgr Racine pour | le progrès spirituel et temporel de son dio- | cèse ; il s’appliqua à mettre en relief les belles. | qualités et les grandes vertus du saint évêque, parlant surtout de son désintéressement héroïque et de sa grande charité. Les paroles émues de l’orateur trouvèrent un écho dans | tous les cœurs, et firent couler bien des lar-
mes.
Ensuite eurent lieu les cinq absoutes qui sont de règle pour l'enterrement d'un évêque. Elles furent présidées : la première, par Mgr Hamel ; la deuxième, par Mgr Marois; la troisième, par le Rév. M. L.-N. Bégin; la
quatrième, par ie Rév. M. C.-D. Bacon ; et la cinquième, par Mgr l'évêque de Sherbrooke.
Après ces cérémonies, on retira ‘es couronnes déposées autour du cercueil, et l’on enleva la mitre et les habits pontifftaux qui revêtaient le corps du vénérable défunt ; om recouvrit sa figure de l’amict, et l’on ferma la bière. Quelle scène émouvante ! et comme tous les assistants étaient émus à ce triste spectacle !
On descendit alors le cercueil dans le caveau préparé sous le chœur de la Cathédrale, vis-à-vis le marchepied du mattre-autel, du côté de l'Evangile.
À la suite des dernières prières de l'Eglise, la fanfare du Séminaire exécuta l’émouvante Marche de Saül, Handel, dont les notes semblent antant de sanglots..…… Tous les assistant voulurent jeter un dernier regard sur ce tombeau de leur évêque regretté; et ce défilé, qui dura longtemps, donna lieu à des scènes vraiment attendrissantes.
Ces solennités imposantes, ces décorations magnifiques qui ont signalé les funérailles de Mgr Racine, étaient dues à la dignité du pontife ; mais ce qui touchait bien davantage, c'était ce deuil général, ces larmes sincères de tout un peuple : c'était ce concours d’une si grande multitude pour honorer la mémoire
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