‹ Monseigneur Dominique Racine, premier évêque de Chicoutimi [microforme]Chapitre 4 sur 14 · MAR · texte numérisé non relu

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des fois ses regards n'étaient portés sur ce sombre rivage du Nord qui, au delà des flots bleus du Ssint-Laurent, sépare brusquement, à l'horizon, la plaine liquide et mouvante de la voûte immobile des cieux. Des hauteurs de Fraserville, quand le temps est clair, on aperçoit cette gorge ténébreuse par où, les montagnes s'étant écartées, semble-t-il, tout juste pour leur livrer passage, arrivent les eaux de la rivière Saguenay, gigantesque canal qui conduit le trop-plein de cent lacs et rivières d’un immense territoire. Tourné vers cette embouchure de la rivière étiange, porte mystérieuse qui donne accès dans le Royaume du Saguenay, M. Racine a-t-il pressenti parfois qei rôle Dieu lui réservait dans cette contrée «lors presque inconnue ? Nous l'ignorons. Miais ce que nous savons bien, c’est que la vo'onté de ses supérieurs étant pour lui l’expression manifeste de la volonté de Dieu, il crut n’avoir qu’une chose à faire : se rendre au poste qui lui était assigné, quelque pénible que fût pour lui ce départ inattendu d’une paroisse déjà chère à son cœur.

Du reste, au point de vue purement naturel, n'est-ce pas |à la vie: une série de séparations qui parfois déchirent.le cœur d’une manière bien douloureuse !

Ce fut donc en 1862 que M. Racine fut

nommé curé de Chicoutimi et vicaire-forain.

Il n’y avait encore qu'une vingtaine d’années que le Saguenay était ouvert à la colonisation. (*) Il n’y a pes de doute que sous la domination française, grâce à l'esprit aventurier des coureurs de bois, et surtout au zèle des anciens missionnaires pour la diffusion des lumières de la foi, on connaissait assez bien cette partie du pays. Après la cession, les tenèbres se firent peu à peu, sur le Saguenay, dans l'esprit du public, et les renseignements fournis sur cette région par du Lact, Champlain et Charlevoix, constituerent pendant longtemps tout ce que l’on savait du Saguenay, et encore ces notions étaient peu exactes. Un peu après 1820, l’Assemblée Législative entendit avec surprise Pascal Taché lui décrire cette région inconnue comme un pays d’un bel avenir. Enfin en 1828, une triple exploration, ordonnée par l’Assemblée, firent connaître parfaitement cet immense territoire.

Jusqu’an 1842, le Saguenay fut affermé, d’abord à la Compagnie des Portes du Roi, qui fut remplacée, à l’époque de la session du

(*) Les renseignements historiques que nous donnons ici sur le Saguenay et au sujet de Chicoutimi en particulier, sont pour la plupurt extraits de l’ouvrage de M. Buies, sur Le Saguenay.

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Canada à l'Angleterre, par la Compagnie du Nord-Ouest ; à celle-ci, succéda la Compagnie de la Baie d'Hudson, dont le dernier bail expira en 1842. L'exploitation des bois, le commerce des fourrures et surtont l’agriculture ne devinrent libres sur ce territoire qu'à cette époque de cessation des privilèges de la puissante Compagnie. Comme on le voit, il n’y a pas un demi-siècle que la colonisation a ses coudées franches au Saguenay ; et quels développements prodigi:ux elle y a dejà produits !

Chicoutimi, qui devait en si peu de temps devenir le centre le plus important du Sa guenay, ne fut d’abord pour ainsi dire qu'une succursale de la mission de Tadoussac, dont elle ne fut séparée que vers la fin du dix-septième siècle. La première chapelle y fut construite vers 1670; elle fut remplacée, en 1726, par une nouvelle chapelle, qu’y fit construire le Père Laure, près de la chute de la rivière Chicoutimi, et dans le voisinage du poste de la Compagnie de la Baie d'Hudson. L'édifice servit au culte divin jusqu’en

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1849, et fut démoli quelques années avant | l’arrivée de M. Racine à Chicoutimi. (*) |

Les Jésuites desservirent la mission de | Chicoutimi jasqu'en 1782; ce fut à cette époque que mourut le Père de La Brosse, | dernier missionnaire de la Compagnie de Jésus qui en fut chargé. De 1782 à 1845, la mission recevait chaque année la visite d’un prêtre séculier qui y demeurait pendant quelques semaines, pour instruire les indiens

(*) On conserve au Séminaire Ge Chicoutimi une aquarelle représentant cette ehapelle et peinte par Lady Head. Nous reproduisons ici une inscription tracée sur le dos de la gravure, par

° feu l'honorable D.-E. Price : ‘*Old Indian Chapel of Chicoutimi

5 from a sketch taken by Lady Head in 1856 just before it fell st in—Prosented by D.-E. Price—to remain in possession of the ‘4 resident Priest at Chicoutimi—

David E. Price.’?

Cette inscription est fort intéressante, puisqu’elle fixe l’année—

, 1856—où la vieille chapelle cessa d’exister. ’

Rendons hommage à la mémoire de M. D.-E. Price, qui a voulu ’

assurer au Saguenay la possession et la conservation de ce pré- £ 1

cieux souvenir de la vieille Chapelle du Poste de Chicoutimi. Il y À

a déjà trop de reliques histuriaues qui sont sorties de ce territoire pour n’y plus revenir.

—Ïl n’est pas absolument certain qu’il n’y ait eu que deux cha-.

elles construites à Chic utimi par les Jésuites. Etil est probable

que l’on ne pourra pas résoudre cette question, avec preuves à

l'appui, tant que l’on n’aura pas retrouvé le Régistre commen-

gant en 1686. C’est le seul qui manque, parmi les régistres de

Chicoutimi ; tout ce que l’on en connait, c’est une analyse d’en-

viron trente pages, que le Séminaire de Chicoutimi possède dans

ges archives. Quant au régistre lui-même, il fut découvert eu 1836

dans une mission du bas du fleuve St-Laurent, par le Rév. M.

Boucher, qui fut depuis curé de St-Ambroise. M. Boucher apporta

avec lui le régistre, mais on ignore malhéureusement où se trouve

aujourd’hui ce précieux manuscrit.

qui s'y trouvaient et leur administrer les sacrements. En 1844, les Oblats se chargèrent des missious du Saguenay, et fixèrent leur résidence à la Grande Baiïe. (*)

La première chapelle construite pour les Canadiens fut bénite le 17 janvier 1845 ; elle était située sur les bords de la Rivière-du-

(*) Les premiers Oblats résidant auSaguenay, furent les Révérends Pères J.-B. Honorat, F1. Durocher, M. Bourassa et P. Kisette. De ces quatre missionnaires, le seul survivant est M. Bourassa, frère de l’artiste et littératenr, N. Bourassa, de Montréal ; il a quitté, depuis une vingtaine d’années, la Congrégation des Oblats et réside maintenant à Longueil. Dans l’été de 1888, M. l'abbé Bourassa à parcouru une partie du Saguenay et du Lac St-Jean, qu’il n’avait pas revus depuis plus de quarante ans: on peut imaginer s’il a été étonné des progrès considérables accomplis dans ce tsrritoire pendant cet espace de temps.—Comme souvenir de cette visite, il a laissé au Séminaire de Chieoutimi les portraits, d'assez grand format, des quatre premiers Oblats qui ont desservi le Saguenay.

M. Faucher de St-Maurice racontant, dans une intéressante correspondance publiée sur Lu Presse du 15 mai 1889, la visite qu’il fit en 1888 à la Trappe de Staouëli, en Algérie, rapporte ces mots que, lui adressa le père prieur en lui montrant le cimetière de la maison :

‘* Tenez, me dit-il en m’indiquant une croix, il y a là un de vos compatriotes, nn Canadien-Français, qui a été l’ami tout is a lior du mâréchal de MacMahon. C’est un suint, et je suis heureux d'avoir été et d’être encore aimé de lui. Ilest né à Contrecœur ; il s’apelait Pierre Fiset. Il a été prêtre chez nous et prieur de la Trappe. Il est mort ici, le 3 septembre 1878, à l’âge de 57 ans, après avoir été 32 ans en religion.

‘< Et pendant que le prieur disait le de pr1fundis, je lus sur la modeste croix du trappiste :

‘ Nonnus Edmundus monachus sacerdos. 3 sept, 1878.°”

Ce père Edmond est, sans aucun doute, le P. Fisette, l’un des quatre premiers Oblats du Saguenay.

Quant aux PP. Honorat et Durocher, ils moururent, le premie: à Paris, et le second à Québec.

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Moulin, et a subsisté jusqu’à une couple d'années après l’arrivée de M. Racine. Au mois de mars de la même année, le père F1.

Durocher se fixa à Chicoutimi. En février 1847, le Rév. J.-B. Gagnon fut nommé curé de Chicoutimi, où 1l résidait déjà depuis quelque temps, comme aide des Oblats. Il fit bâtir une nouvelle église, près du site de la cathédrale actuelle. Ce temple, construit en bois, servit au culte divin jusqu’au mois d'août 1878, et fut démoli en l'automne de cette même année. M. Gagnon demeura à Chicoutimi jusqu’en 1854, et fut remplacé par M. F.-A. Blouin; mais en 1856, il fut de nouveau chargé de cette cure, jusqu’en 1862, et eut pour successeur M. Racine, qui fut ainsi le troisième curé de cette paroisse.

Raconter en détail l’histoire de Mgr Racine, a cette époque importante de sa vie, exigerait des développements très considérables: ce serait faire l’histoire complète du Saguenay, dont les plus grands progrès se sont aecomplis pendant ces vingt-six années. Et auquel de ces progrès n'a-t-il pas contribué, d'une manière ou d’une autre? Il a présidé à l'établissement d’un grand nombre des paroisses et des missions de ce territoire; toutes les fondations religieuses sont son œuvre; il

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s'est intéressé aussi, souvent d’une façon très prochaine, à l'avancement purement matériel de cette partie du pays.—S$Si nous ne pouvons donner à notre travail les proportions qu’un tel sujet semble exiger, du moins énumérons les principales de ces œuvres que le prélat défunt laisse après lui et qui feront à jamais bénir sa mémoire; 1nentionnons aussi les événements les plus remarquables de sa vie pendant cette dernière période.

Le nouveau curé dut faire en goëlette le trajet de la Rivière-du-Loup à Chicoutimi ; car les bateaux à vapeur, qui mettaient le Saguenay en communication avec le reste du pays, ne se rendaient alors qu’à la Baie des Ha! Ha! (#)

En 1862, Chicoutimi était loin d’être la jolie petite ville que nous voyons aujourd’hui: une église de chétive apparence, des habita-

(*) Le premier bateau à vapeur qui entreprit de tenir une ligne régulière entre Québec et le Saguenay, fut l’Unicorne (1840- 42) ; plusieurs autres vaisseaux le remplacèrent successivement, ne faisant que peu de voyages chaque année. Depuis 1861, ces voyages furent beaucoup plus nombreux, de 21 à 77 chaque été. En 1870, La Compagnie du St-Laurent fit rendre ses navires jusqu’à Chicoutimi, qui n’a pas cessé depuis cette époque d’être le terme de cette navigation entre Québec et le Saguénuy ; et même, depuis que la Compagnie du Richelieu a remplacé la Cie du St. Laurent (1886), Chicoutimi est à la tête, comme Toronto l’est dans Ontario, d’un des plus beaux parcours de navtgation fluviale qui existe (791 milles).

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tions isolées et peu nombreuses, un simple village, en un mot, comme on en voit dans les cantons nouveaux. Il a suffi d’un quart de siècle pour remplacer cette installation primitive. Et pendant que jes magasins, les boutiques et les résidences privées se multipliaient, pendant que l’on ouvrait des rues nouvelles et que l’on faisait de toutes parts ces plantations d'arbres qui donnent à la jeune cité un air si coquet pendant la belle saison, nous Voyons surgir un à un, sous l’énergique impulsion du nouveau curé, tous ces édifices religieux, aux proportions déjà remarquables, que le voyageur est sur-

pris de contempler dans un pays si récemment colonisé.

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COUVENT DE CHICOUTIMI — INFLUENCE DE M. RACINE SUR LES PROGRÈS DU SAGUE- NAY-—L'INCENDIE DE 1870—LE SÉMI- NAIRE DE CHICOUTIMI — UNE

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