Journal, 4 mars
Maître portant sa croix. » On se met au bateau. Faute de
ressources, il fallut laisser la construction inachevée. «J'ai
fait tout mon possible, dit à Notre-Dame du Sacré-Cœur le
supérieur de la Mission, le R. P. Navarre. Je n'ai pas
réussi; c'est votre affaire, je n'y pense plus. — Tout est
désespéré, dit le P. Verjus; c'est maintenant que le bon
Maître va agir1 et que Notre-Dame du Sacré-Cœur fera des
siennes. »
Le dimanche 19 avril, les deux Missionnaires — ils n'étaient plus que deux prêtres, le P. Hartzer étant retourné à Sydney pour aider le P. Couppé dans la fondation de la procure — les deux Missionnaires avaient dit la messe pour conjurer Notre-Seigneur d'enlever enfin tous les obstacles qui s'opposaient à leur départ. En descendant de l'autel, le supérieur eut comme un pressentiment que leur prière avait été entendue.
La grand'messe à peine chantée, en effet, M. Mac'Nulty demande le P. Navarre et lui présente un homme d'assez mauvaise mine : pieds nus, en bras de chemise et la barbe fort négligée. Cet homme est un émigrant américain, depuis plus de vingt ans dans ces parages, une sorte d'écumeur de mer, pas même protestant, plutôt idolâtre, un homme généralement méprisé. Il pêche dans le détroit, à l'île d'York, la bêche-de-mer. Il a exploré la côte sud-est de la Nouvelle-Guinée. On l'appelle Yankee Ned; mais son nom est Edouard Mosby2.
Le capitaine Mosby, étant tombé malade à Cooktown, entra à l'hôpital. L'évêque, Mgr Hutchison, le visita souvent et lui fit du bien. Une fois guéri, Yankee Ned voulut témoigner sa gratitude à l'évêque. « Que pourrais-je faire, Monseigneur, pour vous être agréable? » L'évêque répondit : « Je n'ai besoin de rien; mais, si vous voulez me faire plaisir, voici ce que vous ferez : Il y a depuis quelque