Aujourd'hui curé de Saiut-Vinceut-de-Paul
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seigneur, dans la danse des Canaques, vos diocésains. Ils ne sont pas jolis, vraiment : mal peignés, mal tournés, mal vêtus; mais, sous l'enveloppe, il y a des âmes qui sont belles. En voyant ces groupes d'enfants, je me suis posé une question. Pourquoi appelle-t-on cette école apostolique la « Petite-Œuvre » ? J'ai besoin du professeur de philosophie pour comprendre. Vraiment, on dirait que vous ne savez pas le français dans ce pays-ci. C'est la grande œuvre qu'il faut dire, la grande œuvre du Sacré- Cœur ! — Vous avez été accueillis, mes enfants, dans une maison de miracle, et vous-mêmes, vous y faites des prodiges. Vous êtes des apprentis-missionnaires. Oh ! que êtes heureux ! Chère Petite-Œuvre, au fond je sais pourquoi on vous appelle petite; c'est que votre Père a trouvé sa force dans l'humilité : force et humilité, deux grandes choses qu'il a apprises dans le Cœur de Jésus. On m'a dit que vous êtes plus de deux cents; deux cent cinquante, peut-être. En entendant cela, j'ai pensé aux nombreux enfants du prophète Élie, un grand homme, de forte race, et qui aimait la Vierge. Un jour il vit, du haut du Carmel, du côté de la mer, un tout petit nuage, « pas plus grand que « le pied d'un homme », dit la Bible, et, peu à peu, le nuage grandit, couvrit l'étendue du ciel, et des pluies fécondantes tombèrent. Votre Père, mes enfants, lui aussi, aime la Vierge. Son Carmel a été couronné de fleurs et de fruits... Il peut regarder du côté de la mer : la petite nuée grandit, les Missions se développent... Et tous, vous irez loin, vous accompagnerez Elisée, celui qui est la couronne d'Elie et qui a reçu hier le manteau de son père. Longue vie à la Petite-Œuvre du Sacré-Cœur! Longue vie et triomphe à Mgr Navarre ! Longue vie et triomphe à notre prophète Elie, au T. R. P. Chevalier!... Au surplus, je ne m'inquiète pas, il ne peut mourir. Il ne peut nous être enlevé que sur un char de feu, et, comme le prophète, il nous reviendra ! »
Au 1er janvier 1888, nous trouvons Mgr Navarre à Rome. La Ville Eternelle fêtait son père, le pape Léon XIII, au cinquantième anniversaire de son sacerdoce, et le globe tout entier, pour ainsi dire, tressaillait de joie. Tous les Etals d'Europe et d'Asie et d'Amérique, et jusqu'aux rois africains, et jusqu'aux chefs des îles de l'Océan, avaient envoyé leurs ambassadeurs. Les montagnes elles-mêmes prenaient part à ces acclamations : en Suisse et dans le Tyrol, elles se sont couronnées de feux qui portaient jusqu'aux étoiles l'allégresse, l'enthousiasme et l'amour des âmes. Seul, le gouvernement spoliateur, le gouvernement piémontais, était exclu, excommunié de la fête. 11 y assistait, cependant; mais comme les gardes du sépulcre assistaient au matin triomphal de la Résurrection. Trois cents évèques de tous pays formaient au pape, dans la basilique de Saint-Pierre, une couronne d'honneur. La place de Mgr Navarre y était marquée, comme elle était marquée, six jours plus tard, par le cardinal Siméoni, dans la réunion des cinquante Evêques-Missionnaires qui célébraient, à la Propagande, l'Epiphanie du Sauveur. Mgr Navarre était à Rome; mais il y était malade. Le froid l'avait saisi en France, après son sacre, un froid de dix à quinze degrés, alors qu'il était habitué aux trente et quelques degrés de chaleur des pays tropicaux. Il était en proie à la fièvre. Dans une accalmie, le vénérable prélat se croit guéri, et il court à Rome. Il lui tardait de voir le Pape, qui avait dit de lui : « Cet évêque, pour cadeau de fêle, m'apporte un monde. » La fièvre le reprend. Ses forces l'abandonnent. Il est si bas qu'il réclame les derniers sacrements. Cependant, peu à peu, revient la vigueur. Il entre en convales cence. Le 2 mars, veille de l'anniversaire du couronnemenl de Léon XIII, il reçoit une invitation inattendue à se rendre au Vatican. Le Souverain Pontife l'accueille avec bonté et lui donne rendez-vous, pour le 6, en audience particulière.
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Cette audience, Mgr Navarre l'a racontée lui-même dans sa première lettre pastorale à tous les Missionnaires du Sacré-Cœur sous sa juridiction *. Dès qu'il entra : « Ah ! dit Léon XIII, vous êtes l'évêque de la Nouvelle-Guinée. Je sais tout ce qui vous est arrivé depuis le commencement. Le bon P. Jouet m'a tenu au courant... » Et, pendant vingt minutes, le Saint-Père, comme s'il n'avait eu qu'à s'occuper de cette Mission, rappela les principaux faits en les accompagnant de réflexions consolantes et encourageantes. Ensuite, je répondis à ses questions sur vous, sur vos besoins, les dispositions des indigènes, nos espérances pour l'avenir. Sa Sainteté a été particulièrement touchée de ce que nous avions donné le nom de Port-Léon à la baie où le P. Verjus aborda en Nouvelle- Guinée pour la première fois, et le nom de Saint-Joseph au premier fleuve que nous découvrîmes dans ces parages. Ensuite Léon XIII nous a encouragés à persévérer dans notre rude tâche, a félicité tous mes pieux et fidèles collaborateurs, béni nos néophytes, toute la Mission et ceux qui contribuent à son support, enfin noire vénéré Supérieur général. »
A l'occasion du jubilé sacerdotal du Souverain Pontife, les dons affluèrent, de toutes les parties du monde, au Vatican. On en fît, dans les jardins du Pape, une exposition indescriptible. Or, parmi tant de merveilles, la Nouvelle-Guinée avait sa place. C'était un tableau en relief de la grande île, exécuté par un artiste de talent, M. Bartolini. Nous le décrivons d'après les Annales de Notre-Dame du Sacré-Cœur'1 : En face des rivages de la Papouasic, se détache sur la mer bleue une île verte, Rabao, laquelle offre aux navigateurs son port large et tranquille. Le nom de Port-Léon, surmonté des armes du Pape, rayonne en lettres d'or. Dans l'intérieur de la Nouvelle-Guinée un fleuve serpente, le Saint-Joseph. Çà et là, des villages ; sur la mer, des pirogues ; à l'entrée du port, la barque apostolique,