RÉSOLUTIONS PRATIQUES
« Voici les résolutions que je veux faire entrer désormais dans le cours ordinaire de ma vie :
« I. — La première résolution que je devrai observer tous les jours de ma vie, c'est de faire scrupuleusement, sans y manquer jamais, les additions que inarque saint Ignace pour bien réussir dans l'oraison l. Car, il me semble que j'ai compris de quelle importance il était pour moi de bien faire oraison.
« Tous les jours, de même, je ferai et marquerai mon examen particulier et mon examen général.
« II. — Je veux désormais rejeter, abhorrer, repousser vivement, mais sans trouble, tout ce qui peut, même de très loin, avoir la moindre ombre de péché, afin de réjouir le Cœur de Jésus et Notre-Dame, afin d'être prêt à mourir à toutes les secondes.
« III. — Je veux mener une vie d'oraison, c'est-à-dire avoir la présence de Dieu continuelle. Sans contention d'esprit, je me tiendrai toujours auprès du Sacré Cœur. En tous mes moments libres, j'irai faire oraison devant le Saint Sacrement, méditant sur la vie et la passion de Notre- Seigneur, selon les besoins du moment, m'efïorçant de trouver le Sacré Cœur partout.
« IV. — Je veux être obéissant jusqu'à la mort, m'efibrçant de l'être non seulement dans les grandes occasions, mais aussi et surtout dans les plus petits détails;
« Essayant de tout faire, tout, absolument tout, par obéissance ;
« Obéissant à mes inférieurs en tout ce qui ne contrevient pas à la loi et aux conseils de Notre-Seigneur, essayant de leur rendre le plus de services possible, mais
1. On appelle additions les avis ajoutés par saint Ignace à sa méthode d'oraison pour l'éclairer et la compléter.
sans donner du reste la moindre attention à leur appréciation de mes actions, lorsque f aurai fait mon devoir '} ;
« Obéissant surtout à mes supérieurs.
« Oui, il faut que j'acquière cette vertu à un degré sublime.
« V. — Je veux mener une vie pure, prenant pour modèle le Sacré Cœur de Jésus. J'aurai recours pour cela au jeûne et à la prière. Vigilate et orate. Je réprimerai mon imagination, en ayant une vie toute d'union à Dieu. Je combattrai ma chair. En un mot, je n'épargnerai rien pour acquérir une pureté angélique. Le Cœur de Jésus me veut pur comme saint Stanislas. Il faut absolument que j'y arrive.
« VI. — L'humilité ! Voici une vertu que le Sacré Cœur me veut voir pratiquer parfaitement. Il le veut et je le puis avec sa grâce.
« Donc, je ne parlerai pas de moi. Je serai heureux de me voir méprisé. Je tâcherai d'être toujours caché. Je ferai quelquefois des sottises innocentes pour me faire mépriser. Mais, surtout, et toujours, je serai strict observateur de la règle et des moindres volontés ou désirs de mes supérieurs, au risque de paraître singulier et ridicule. J'appuierai tout particulièrement sur ce dernier point : Je me donnerai toujours tous les torts.
« J'excuserai toujours mes frères. Je leur demanderai pardon quand je les aurai offensés. Je baiserai, quand je serai seul, la trace de leurs pieds.
« Je me dirai souvent : Je ne suis que le rebut de la maison.
« VIL — Amour ! Ama et fac quod vis. Mon cœur est naturellement porté à l'amour.
« Je ferai tout par amour, et je tâcherai d'exciter ce sentiment en mon cœur par de fréquentes aspirations.
« En tout ce qui m'arrivera, je verrai une marque de V amour du Sacré Cœur.
1. Tous les mots soulignés dans ces pages l'ont été par le Frère luimême.
« Je veux tout faire par amour. »
« Voilà sept résolutions. Je les confie de tout mon cœur à ma bonne Mère. Car, de moi-même, je ne pourrai pas les tenir. Mais, avec son secours, j'y parviendrai certainement.
« Il faut que je sois un saint!... 0 ma Mère ! Il le faut absolument. Avez-vous entendu ? Il le faut. Aidez-moi donc et donnez-moi la persévérance.
« Merci, mon Jésus, de toutes les grâces que vous m'avez accordées pendant cette retraite. Elle fera date dans ma vie.
« Vous m'avez fait éprouver la consolation la plus douce et la désolation la plus amère, autant du moins que je puis en juger.
« Que votre saint Nom en soit béni et que votre Sacré Cœur en soit glorifié!
« Vive le Sacré Cœur de Jésus !
« Vive Notre-Dame du Sacré-Cœur !
« Vive saint Tharcisius ! »
Au bas de ces pages, le Père-Maître a écrit de sa main : « Qui se humiliât, exaltabitur : Qui s'humilie, sera exalté. »
Comment Henry Verjus a été fidèle à ses résolutions, les quinze années qui lui restent à vivre vont nous l'apprendre.
Il y a dans l'Eglise une petite société qui a voulu être fondée, baptisée, et, pour ainsi parler, consacrée dans le sang et dans le feu du Cœur de Jésus. La fin générale de cet Institut, sa mission officielle, est de glorifier le Sacré Cœur, de manifester au monde les trésors de grâces dont il est rempli et de réparer les injures qui lui sont faites.
Sur la poitrine du Missionnaire, un Cœur rayonne avec cette devise triomphante : « Aimé soit partout lje Sacré Cœur de Jésus ! » Du sein de flammes qui s'élancent comme pour un embrasement, la Croix victorieuse apparaît. Les épines s'entrelacent et s'enfoncent ; le sang coule : symbolisme admirable de l'amour immolé. La blessure s'entr'ouvre comme pour abriter dans un sanctuaire une vie d'action, de contemplation, de charité. Pour le Missionnaire du Sacré-Cœur, toute science consiste à connaître le Cœur de l'Homme-Dieu, toute piété à l'adorer, toute vertu à l'imiter, tout bonheur à l'aimer. Partout et toujours, auprès, au loin, jusqu'aux dernières limites du globe, dans l'intime rencontre des âmes ou, du haut de la chaire, devant les foules, il sera son héraut et son prophète. Son consolateur aussi : des ingrats le délaissent ; des impies le méprisent; des méchants l'outragent. D'office, il sera réparateur. Les deux traits, pour ainsi dire caractéristiques de la physionomie du divin Maître, l'humilité et la bonté, distingueront le disciple. La douceur en sera l'exquise floraison et le fruit savoureux. Ce n'est donc pas une vaine et creuse religion que celle-là. Par la blessure du Cœur, elle pénètre jusqu'aux profondeurs mêmes du Christ et se résume en ces trois mots : infusion
dans la prière; effusion dans l'apostolat; consomption dans le sacrifice et dans l'amour. C'est toute la vie du Sauveur. Mihi vivere, Christus est '.
Or, la joie était grande au noviciat de Saint-Gérand, le 15 février 1878, « la joie la plus sainte ». En ce matin inoubliable, la chapelle rappelait vraiment le Cénacle. Ils étaient douze à la profession religieuse, tous de la Petite- Œuvre. « Quel bonheur est le mien ! écrit le frère Verjus. Que le Sacré Cœur est doux à ceux qui veulent se donner à lui ! Je suis hors de moi-môme. Il me semble que je suis prêt à tout. Je n'aime que le Cœur de Jésus et ce qui se rattache à sa gloire. »
L'émission des premiers vœux en usage dans la Société des Missionnaires du Sacré-Cœur se fit à la messe. « L'émotion était profonde. On pleurait de bonheur. Enfin le moment arrive. C'est moi qui commence. Quelle joie ! quelle allégresse! Voveo ad triennium paupertatem, castitatem et obedientiam2. C'est fait. On s'embrasse en pleurant. Je suis Missionnaire du Sacré-Cœur ! »
Le profès resta sous la vive impression de son indignité et de l'immense miséricorde de Notre-Seigneur à son égard, longtemps, pour ne pas dire toujours.
En ce temps-là, à diverses intentions, il conclut des pactes avec Notre-Seigneur, Notre-Dame et les saints qu'il aimait plus particulièrement. Voici la formule de son pacte avec le Sacré Cœur :
« 0 Cœur sacré de Jésus, puisque vous avez tant souffert pour moi, je veux aussi souffrir pour vous.
« En conséquence, voyant avec un étonnoment mêlé de stupeur mon admission dans la Société de vos Mission-