‹ Monseigneur Henry VerjusChapitre 18 sur 226 · Philip., i · texte numérisé non relu

Philip., i

2. Je fais pour trois ans les vœux de pauvreté, de chasteté et d'obéissance.

naires, je veux m'offrir à vous, ô mon Jésus ! comme victime pour toutes les fautes grandes et petites que le démon, ennemi de tout bien, pourra faire commettre dans cette Société si chère à mon cœur. Je désire par là lui prouver ma reconnaissance, indigne que je suis d'être un de ses membres, moi qui vous contriste si souvent...

« O mon Jésus, écoutez mon humble prière. Ne m'épargnez pas. Frappez! Frappez sur moi; mais, je vous en conjure, épargnez tous mes frères et n'en disgraciez aucun. Je serai trop heureux, ô mon Jésus, d'être ainsi le serviteur de cette Société que j'aime tant.

« De mon côté, je veux m'efforcer jusqu'à mon dernier soupir de me rendre de moins en moins indigne du beau titre que j'ai reçu, le 15 février 1878, de Missionnaire du Sacré-Cœur... »

« O Marie, ô ma bonne Mère, présentez cette supplique au Sacré Cœur. Bénissez-moi ! »

Ce pacte, écrit de sa main au mois de mai de cette même année, est signé de son sang. On peut dire qu'il y a été fidèle jusqu'à la mort et que la providence du Cœur de Jésus ne lui a pas ménagé les souffrances.

Dans ce même mois de mai, il fit et signa un pacte avec l'Enfant Jésus pour obtenir aux enfants, par les mérites et l'intercession de Notre-Dame du Sacré-Cœur, de saint Joseph, de saint Stanislas, de saint Louis de Gonzague et du bienheureux Berchmans, la belle vertu de pureté. Il y a plusieurs textes, je transcris le moins long : « Bon Jésus, qui êtes la pureté même, prenez en pitié, je vous en conjure, ces pauvres petits enfants qui, en ce temps de corruption, sont si souvent victimes du démon de l'impureté. Sauvez-en un grand nombre, ô bon Jésus! afin que vos yeux si purs trouvent où se reposer avec délices en cette vallée de larmes. » Plus tard, quand il sera prêtre, il dira à cette intention, le premier jeudi de chaque mois, la sainte messe ; il récitera les litanies du saint Nom de Jésus et fera une visite au Saint Sacrement.

En ce temps-là aussi, le frère Verjus eut l'idée de faire des pactes avec les anges gardiens des tabernacles qu'il visitait. En voici la teneur :

« O vous tous, anges de tous les chœurs qui êtes continuellement en adoration devant mon Jésus-Hostie, écoutez la voix d'un pauvre pécheur qui, bien des fois, a offensé l'objet de votre amour, mais qui désire faire réparation pour ses propres outrages et ceux que le bon Jésus reçoit de tous les pécheurs du monde.

« Je voudrais faire avec vous, saints anges, un pacte qui puisse procurer beaucoup de joie à notre Jésus. Si vous voulez me le permettre, je ferai ce que vous ne pouvez faire : je ferai pénitence, et vous ferez ce que je ne puis faire : continuellement vous adorerez le Sacré Cœur vivant dans l'Eucharistie, pour moi, aux intentions mentionnées dans cette prière.

« O anges de pureté, je vous en conjure, acceptez ce pacte que je fais avec vous, malgré mon indignité, s'il doit être à la plus grande gloire du Sacré Cœur de Jésus délaissé par les hommes dans sa prison d'amour.

« Moi, Stanislas-Henry Verjus, je promets aux saints an^es o-ardiens de ce tabernacle de communier une fois la semaine en leur honneur, s'ils veulent bien adorer pour moi Jésus-Eucharistie, quand je ne pourrai pas être en sa divine présence pour l'adorer moi-môme. Je leur promets, en outre, d'entendre souvent la messe en leur honneur. Je les saluerai en entrant et en sortant de l'église. Je leur offrirai souvent le Cœur de Jésus pour augmenter leur gloire et leur bonheur. »

Cette fois encore, jusqu'à la dernière heure, le pieux Missionnaire fut fidèle à son pacte. Nous lisons, en effet, dans une note écrite de la main de l'évêque : « Depuis mon noviciat jusqu'au 3 mai 1891, jour où je renouvelle la copie de mon pacte, pour le mieux adaptera ma nouvelle position, j'ai eu le bonheur de faire ce petit contrat avec les anges gardiens de cent quarante-sept tabernacles. Les derniers sont ceux que j'ai élevés au bon Jésus en

Nouvelle-Guinée, à Port- Léon, à Mohou et Inawi. » La piété du Frère le portait à répandre ces pratiques parmi ses amis. Dès qu'il en avait gagné un, il lui remettait la formule qu'il avait pris la peine de copier à l'avance, afin, sans doute, de ne laisser aucun retard à l'exécution. Le contractant n'avait plus qu'à se faire une piqûre et à signer de son sang.

Avec le frère Mayer, dont le nom s'est trouvé déjà deux ou trois fois sous notre plume, le frère Verjus fit un pacte spécial.

Georges Mayer était un enfant presque angélique. Né à Baume-les-Dames, au diocèse de Besançon, merveilleusement docile aux leçons d'une pieuse mère, élève distingué de l'école des Frères, il attendit pendant seize années le secours providentiel qui devait lui ouvrir les portes du sanctuaire. Ce secours fut la Petite-Œuvre. Georges y entra en 1875. Nous l'avons entrevu dans ces pages, à l'infirmerie où il partageait le dévouement du frère Verjus ; en promenade, où il partageait ses lectures, en attendant l'heure où tous les deux s'en iraient dans les Missions lointaines. Le 21 novembre 1877, il faisait ses premiers vœux. Huit mois plus tard, il tombait malade. La maladie, cependant, n'inspirait d'inquiétudes sérieuses à personne. Lui seul disait qu'il allait mourir. Le mal, en effet, s'aggrava-. On adressa d'instantes prières à Notre-Dame du Sacré-Cœur. Un instant, on put se croire exaucé. Le 15 août, au matin de la grande fête de Marie, un mieux soudain se déclare. « Le pieux malade peut se lever. Il revêt sa chère grande soutane qui avait longtemps appartenu au P. Vandel et qu'il conserve comme une relique. Il se sent guéri, et, pour la première fois, cesse de croire à sa mort. ..Et nous aussi, racontent les témoins, nous triomphons l... »

1. Annales belges de Noire-Dame du Sacré-Cœur, 1er avril 1891. Les morts de la Petite-Œuvre.

Le lendemain, le mal reprenait avec une nouvelle violence.

« Le frère Georges, écrit le frère Verjus, est à l'extrémité. O mon Dieu, sauvez-le ! Prenez-moi plutôt. Je ne pourrai rien faire pour la Société, tandis que lui vous servira avec grand fruit... » Au moment où il. écrit ses lignes, le frère Verjus est lui-même indisposé. Il a depuis plusieurs jours la fièvre, et l'on a résolu de l'envoyer en villégiature à Issoudun.

Il va faire ses adieux au cher moribond. «. Le jour de mon départ, raconte-t-il, je vais embrasser le frère Georges. Il pleure. Je l'embrasse deux ou trois fois, je lui rappelle les conditions de notre pacte... Ce bon Frère meurt victime de son dévouement aux malades... Je veux être martyr!.. Le frère Georges disait hier : « Oh! qu'il « fait bon mourir quand on a bien aimé la sainte Vierge ! » O Marie, ô Mère, vous savez que je veux vous aimer ! »

Quel pacte ces deux jeunes profès avaient-ils fait ensemble? Nous ne le savons pas complètement; mais, voici ce que nous lisons dans les notes du vicaire apostolique : « Pacte pour la Vocation, fait avec le frère Georges Mayer. Ce bon Frère, ayant été emmené au Paradis par la sainte Vierge, j'ai tenu mes conditions. Il lui reste à m'obtenir l'amour de Jésus et de Marie, l'humilité, la charité, la pureté, (la grâce) de bien parler du Cœur de Jésus et de Marie, notre Mère... Je renouvellerai mes douze messes à lui promises, pour qu'il soit excité à vite m'obtenir ces grandes grâces. »

Le frère Mayer mourut le 31 août 1878. C'était un samedi, aux premières vêpres de l'octave du très saint et immaculé Cœur de Marie1.

On a pu voir déjà que le frère Verjus avait un choix d'amis et de patrons parmi les saints. Au jour de sa profes-

1. Voyez les Annales de Notre-Dame du Sacré-Cœur, octobre 1878.

sion religieuse, il ajouta à son nom de baptême le nom de Stanislas. Au cours du noviciat, on s'en souvient, il s'était épris d'un culte fervent pour ce chérubin de la terre que visitaient les anges du ciel et que la sainte Vierge ellemême vint chercher à l'heure de la mort, si c'est mourir que de fermer les yeux aux ombres d'ici-bas pour aussitôt les rouvrir à la belle lumière de l'éternité.

Stanislas-Henry Verjus avait d'autres saints de prédilection : saint Jean, le disciple bien-aimé du Cœur de Jésus, saint François d'Assise, le vivant crucifix, dont il avait ceint le cordon aux premiers jours du noviciat, saint François de Sales, apparition délicieuse de la bénignité et douceur du Christ, saint François Xavier, le grand Missionnaire des Indes, sainte Agnès, la virginale martyre de treize ans, sainte Gertrude et sainte Thérèse, saint Louis de Gonzague, saint Jean Berchmans, ange et vierge à la fois, doux scolastique mort dans sa cellule en pressant sur son cœur le crucifix, le chapelet et le livre de sa règle, les trois grands amours de sa vie, enfin et surtout saint Tharcisius.

Le nom de ce gracieux adolescent, acolyte et martyr de l'Eucharistie, revient à chaque page de son Journal. Tous les jours, à la visite au Saint Sacrement, le frère Verjus récitait des invocations en forme de litanies qu'il avait luimême composées, et où il demandait au défenseur de l'Hostie, avec une grande dévotion au Saint Sacrement, la grâce de mourir, comme lui, martyr.

L'évêque les redira dans les pauvres chapelles de la Mélanésie :

Par la douleur que vous avez ressentie lorsque les bourreaux vous frappaient cruellement, obtenez-moi d'aimer la souffrance.

Par la douleur que vous avez ressentie à cause des blasphèmes de vos bourreaux, obtenez-moi le martyre.

Par la joie que vous avez éprouvée en expirant en compagnie de votre bon Jésus, obtenez-moi la joie du martyre et l'amour du Sacré Cœur.

Par votre dernier soupir, obtenez-moi le martyre!

A son passage à Rome, quelques semaines avant sa mort,

l'Evêque-Missionnaire, fidèle aux dévotions de sa jeunesse cléricale, demandera à la librairie de la Propagande la messe et l'office du cher saint Tharcisius, pour les emporter en Nouvelle-Guinée.

Encore bien que nous devancions un peu les dates, c'est maintenant le lieu de dire un mot des amitiés du frère Verjus. Si nous effacions ce trait de la pure physionomie du jeune profès, la ressemblance ne serait pas complète. De plus, nous craindrions de faire un larcin à la grâce divine : les amitiés du Frère la glorifient.

Assurément, et au pied de la lettre, le bon religieux s'était fait tout à tous. Point d'inégalité dans son affectueux dévouement, et d'exception moins encore : « Je veux aimer tous mes frères, tous et chacun en particulier, plus que moi-même, plus que ma vie, plus que mon temps, plus que mon honneur, et Jésus par-dessus tous, plus qu'eux tous, et eux tous à cause de Lui ' ! »

Une autre fois, après un commentaire que venait de faire le Père directeur de la Petite-Œuvre du passage de nos Constitutions qui traite de l'affection mutuelle, le Frère écrit : « Je me suis senti enflammé d'un amour presque sans bornes pour tous mes Pères et Frères. Il me semble que, sans hésiter une seconde, je leur sacrifierais de grand cœur tout ce que j'ai de plus cher. Oh ! oui, je les aime bien, tous et chacun en particulier. Je sens toute l'affection que leur porte le Cœur de Jésus... Je ne veux jamais leur faire la moindre peine... Je veux leur faire plaisir toujours... Le Sacré Cœur m'a fait la grâce de bien comprendre que je suis ici par un miracle de sa bonté. J'aurais dû être chassé cent fois. Et on me souffre, on me supporte, on a soin de moi, on prie pour moi, on me respecte ! 0 mon Dieu, quand je n'aurais pas d'autre preuve de la vertu de mes frères, celle-là me suffirait2. »

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