Lettre du P.Fernand Hartzer. Port-Léon, 15 novembre
FONDATION DE MOHOU 417
que par des malheureux, languissants, affamés et possédés l. »
A Port-Léon, ce n'étaient point des possédés qui se jetèrent aux pieds du vicaire apostolique, mais de pauvres gens, pales, exsangues, « languissants, affamés ».
Depuis huit mois, une sécheresse implacable avait désolé Rabao et toute la région environnante. Un soleil de plomb et de feu avait consumé tous les fruits et dévoré jusque dans leurs racines les plantations de bananiers. De plus, les indigènes, on ne sait pourquoi, avaient mis le feu aux herbes, et la flamme, poussée par les vents, avait, en même temps que les brousses, allumé les grands arbres, comme des torches. Ce fut un effroyable incendie, suivi d'une désolation profonde.
C'est en ces tristes circonstances qu'arrivait, avec quelques Missionnaires, Mgr Navarre.
Où le cœur du Père fut touché jusqu'aux larmes et ulcéré, ce fut dans la visite des cabanes. Il n'y avait plus que des vieillards, des infirmes, des femmes, des petits enfants.
Lorsqu'on vit les plantations détruites et que la sécheresse persistait de manière à empêcher toute plantation nouvelle, on mangea les dernières provisions ; puis, les hommes valides, les -jeunes gens et les enfants au-dessus de dix ans, s'embarquèrent sur de grandes pirogues pour Motou-Motou, fort village, bien connu de nos lecteurs, à une vingtaine de lieues de Rabao, sur la côte, dans le fond du golfe. Ce pays, situé dans une plaine basse, marécageuse, est toujours humide, en sorte que le sagoutier et le cocotier y croissent en abondance. Là, les naturels de Yule devaient se restaurer, faire du sagou et en rapporter à leurs familles. On était convenu d'une absence de deux mois. Au bout de quatre mois, ils n'étaient pas encore de retour. Dans ce climat malsain, dès l'abord, ils étaient presque tous tombés malades. Plusieurs moururent.