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de ce malin m'a fait de bien ! Il a mis la paix dans mon âme. Les désirs de faire comme le vénéré P. Jean m'ont toujours tourmenté.
« Je ne me suis donc pas trompé en voulant témoigner de cette sorte mon amour au bon Jésus déchiré et crucifié ! Merci! Merci à vous et à toutes vos chères filles!
« Je m'offrirai au bon Jésus, en union avec vous, comme sa victime, le 22 de ce mois, jour (anniversaire) de mon sacre en Nouvelle-Guinée... »
Dans la visite qu'il avait faite, le 10 juillet, à peine débarqué, au pieux monastère, Mgr Verjus avait produit — qui s'en étonnera? — l'impression la plus profonde sur les Victimes du Sacré-Cœur. La religieuse historiographe de la Maison voulut enregistrer cet événement et elle le fit en termes enthousiastes : « A peine Monseigneur eut-il paru sur le seuil qu'un frisson heureux circula dans tous nos membres. Un saint des plus aimables venait de nous apparaître et le parfum de sa sainteté nous embauma. Non, jamais nous n'avions éprouvé rien de pareil. Il nous sembla voir Notre-Seigneur en personne, et' cette vue nous remplit de joie et de bonheur. » L'allocution de l'apôtre ne fit qu'embraser tous les cœurs.
Le 19 septembre, le nouvel affilié célébra la messe au monastère, comme pour sceller dans le sang de l'hostie l'alliance mystique qu'il avait contractée avec les vierges immolées. Après la messe, toute la communauté se rendit au parloir. La Révérende Mère abbesse demanda à une ancienne, dont la vue était affaiblie, si elle voyait Monseigneur. La vénérable Sœur répondit : « Ma Mère, je ne vois qu'une ombre. — Vous y voyez bien, ma bonne Sœur, reprit l'évêque en souriant; car je ne suis qu'une ombre, une ombre d'évêque. »
Cependant, le mal semblait enrayé et le médecin permit à son cher client d'aller visiter ses frères, les Missionnaires du Sacré-Cœur de Belgique et de Hollande. A Anvers, il conféra les ordres mineurs à quelques scolastiques. A Tilbourg, il donna la confirmation à quelques enfants de la
Petite-Œuvre. A Malines, il sort d'un entretien avec le cardinal Goossens, en disant : « Quel amour des âmes dans cet évêque! » Sur son passage à lui, c'était comme un souffle de Dieu. Nous avons entendu des âmes troublées qui lui appliquaient ce beau mot de la Bible : Loqu.ebatur pacein. Parlant de l'abondance de son cœur, cet homme parlait la paix.
Le temps est venu d'aller voir Pierre. .Nous le trouvons à Rome le 4 octobre. Malgré son état d'extrême fatigue, il multiplie les visites aux couvents (partout il quête des prières), surtout à la maison-mère des Sœurs de la Charité, où la propre nièce du vénéré P. Vandel est supérieure générale et d'où est parti le premier drapeau du Sacré- Cœur qui ait flotté en Nouvelle-Guinée. Très ému, il revoit le Colisée. A contempler la colonne de la Flagellation, il s'attarde longuement. Il n'en peut plus et il monte à genoux la Scala Santa. Il sollicite et obtient des reliques de trois martyrs qui lui sont particulièrement chers : le bienheureux Perboyre, le bienheureux Chanel et saint Tharcisius. A trois reprises, il s'entretient des Missions avec le cardinal Ledochowski, préfet de la Sacrée Propagande et de la Société d'Issoudun avec le cardinal-protecteur, Monaco La Valetta. De la bouche du cardinal-vicaire, l'Em. Parrochi, il recueille, sur la jeunesse impatiente du joug, ce mot pittoresque : « Cette jeunesse-là, c'est un vin fumeux et qui se croit trop fumeux pour tenir en de vieilles outres. »
Le 18 octobre, il est reçu en audience par le Souverain Pontife. Le P. Jouet et le frère Claudius Allera l'accompagnent. Le Père porte sur un coussin une tiare d'un nouveau genre. « Quelle belle tiare vous apportez là, Père Jouet ! dit tout d'abord Léon XIII. — Très Saint Père, répond Mgr Verjus, cette tiare est faite avec les couronnes que les chefs convertis de Port-Léon nous ont chargés de déposer aux pieds de Votre Sainteté pour reconnaître en votre per-
sonne le Chef de tous les chefs et lui exprimer leur vénération. Ces couronnes sont toute leur richesse. — Très bien! très bien! dit le Saint-Père. Je suis touché de leur bon cœur... Avec quoi sont faites ces couronnes? — Avec des plumes d'oiseaux, Très Saint Père. — Il y a donc de beaux oiseaux dans ces pays ? — Oui, de très beaux, surtout ceux qu'on appelle oiseaux de paradis. » Léon XIII regarde encore ces plumes aux riches couleurs, et, de la main, les caresse. Mgr Verjus lui présente alors une carte qu'il venait de faire de Port-Léon et de la vallée de Saint-Joseph. Sa Sainteté l'examina curieusement, puis adressa mille questions sur les mœurs et coutumes des indigènes, leur langue, leurs dispositions à l'endroit des Missionnaires. A la nouvelle que tout Port-Léon était converti, la figure du Pape s'illumina. Mgr Verjus lui indique alors les stations qu'il venait de fonder. Elles étaient marquées d'une croix rouge. Le Pape les bénit. « Et, celles-ci, dit Léon XIII, qui n'ont pas de croix? — Très Saint Père, ce sont les villages occupés déjà par les protestants. — Hélas ! Vous avez donc aussi, près de vous, des protestants ? » Et le visage du Souverain Pontife se voila de tristesse. « Sans doute, disait après l'audience, Mgr Verjus, le vicaire de Jésus-Christ se souvenait des horreurs toutes récentes et des massacres de l'Ouganda. Mgr Verjus fit ensuite remarquer au Saint-Père l'immense étendue de la Nouvelle-Guinée et le petit nombre des Missionnaires pour un vicariat pareil. « Combien avez-vous de Pères? demanda le Pape. — Oh! bien peu : quelques Frères et quelques Sœurs; mais tous animés de bonne volonté et pleins de courage. » Le Pape soupira profondément : « Si peu de Missionnaires pour tant de inonde! » Puis, tout à coup, avec un grand air d'autorité et l'accent du maître souverain : « Diles-moi, votre Société vous aide-t-elle bien? » Et, se tournant vers le R. P. procureur général : « Il faut que votre congrégation aide davantage ce pauvre évêque. Dites au supérieur qu'il faut lui donner trente Missionnaires. L'heure de la grâce est venue pour ces peuples. Ne la laissez point passer. »
Après avoir roulé la carte, Mgr Verjus déploya le drapeau de la Mission : « Voici, Très Saint Père, le drapeau du Sacré-Cœur. Il est, en Nouvelle-Guinée, l'emblème officiel de la paix. Anglais et naturels, d'un commun accord, l'ont accepté. Quand il flotte sur un village, la police n'a rien à y voir. Si, au contraire, nous le retirions, le village serait aux mains du pouvoir civil. » Et le Pape émerveillé bénit le drapeau du Sacré-Cœur comme il avait bénit, à l'origine de la Mission, le premier drapeau qu'emportaient avec eux les premiers Missionnaires d'Océanie.
« Voici, maintenant, Très Saint Père, les armes de guerre de nos sauvages : des haches et des casse-têtes. Nos baptisés ont tenu à vous faire présent de ces armes dont ils se servaient naguère pour s'entre-tuer. Leur intention est de vous assurer qu'ils veulent vivre désormais dans la paix de l'Evangile. »
Enfin, l'évêque présente au Pape les manuscrits d'ouvrages qu'il a lui-même composés en langue de Roro : dictionnaire, grammaire, histoire sainte, catéchisme, sermonnaire, et, pour lui donner une idée de cet idiome, Mgr Verjus lit au Souverain Pontife, en canaque d'abord, puis en français, l'adresse suivante :